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LES BOUDAREL DE LA FRANCE AUSTRALE ou LES DÉSERTEURS DE LA RÉPUBLIQUE EN NOUVELLE CALÉDONIE

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Le parcours de Georges Boudarel en Indochine entre 1948 et 1964, militant communiste français et traitre à sa patrie, comme quelques autres déserteurs passés à l’ennemi sous prétexte de défense d’une « cause progressiste », ayant collaboré au Viet-Nam avec le Việt Minh et les ennemis de la France, ayant persécuté des civils Français et des soldats de son pays, n’est pas sans évoquer d’autres déserteurs français de notre république en Nouvelle-Calédonie, de la société civile et du monde politique… Sauf que nos renégats ne sont même plus mis en accusation, sauf que leur coopération avec l’ennemi est même aujourd’hui valorisée et saluée et que l’action des défenseurs de la France est, elle, à l’inverse, dénoncée et même diabolisée.

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Georges Boudarel : Né à Saint-Étienne en 1926 d’un père comptable, il étudie dans un séminaire des pères maristes. Chrétien progressiste et marxiste, il milite au Parti communiste français. Après l’obtention de sa licence de philosophie, sursitaire, il rejoint l’Indochine en avril 1948 et il est nommé professeur de philosophie au lycée Yersin de Dalat. En 1949, il est nommé au lycée Marie-Curie à Saigon. Il anime l’antenne indochinoise du PCF, le groupe culturel marxiste, auquel Jean Chesneaux a appartenu.
Il abandonne son poste le 17 décembre 1950 pour rejoindre le Việt Minh. Il est affecté comme rédacteur créateur de l’émission en langue française de La Voix de Saïgon-Cholon libre, station de radio clandestine du Việt Minh dissimulée dans une boucle de la rivière Song Bé. Il y restera 18 mois. En juin 1952, il est désigné pour rejoindre le Tonkin. Ce voyage à pied durera 6 mois1. Selon une autre source, il n’aurait été désigné qu’en décembre 1951, mis en route début 1952 pour n’arriver au Tonkin qu’en décembre 1952 après un voyage à pied de 9 mois. Pendant ce temps, il est appelé sous les drapeaux en Indochine et, ne se présentant pas, sera considéré comme « insoumis par l’armée française puis déserteur et condamné à mort par contumace ».
Arrivé au Tonkin, il est nommé commissaire politique dans un camp de rééducation de prisonniers, le camp 1133, et est appelé Dai Dong. D’après de nombreux témoignages de rescapés du camp, il se serait rendu coupable de tortures contre des soldats de l’armée française. Durant l’année de son activité au camp 113, Boudarel reconnait lui-même un taux de mortalité de 50 %. Les survivants eux assurent qu’il y eut 278 morts sur 320 prisonniers.
Georges Boudarel se marie à Hanoi en 1962 (il divorcera en 1974), puis quitte le pays en 1964 et se rend en URSS, puis travaille en Tchécoslovaquie pour la Fédération syndicale mondiale (FSM) sous domination de l’URSS.
Il rentre en France en 1966, profitant de la loi d’amnistie votée en juin 1966 : devenu l’assistant de Jean Chesneaux — professeur et fondateur, avec Emmanuel Le Roy Ladurie, de la section Histoire du département de « Géographie – Histoire et Sciences de la société » et membre du PCF —, il est ensuite promu maître de conférences à l’Université Paris VII et chercheur au CNRS, se spécialisant dans l’histoire du Viêt Nam.

Photo de Losservatore Caledo.

SAINT-LOUIS, DES CAILLOUX ET DES FLEURS, LA GRANDE IMPOSTURE : QUARANTE ANS D’HYPOCRISIE ET DE LÂCHETÉ

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1) 1855 : Saint-Louis une vaste terre vierge avec juste un vague et supposé rattachement à un chef Kuindo lointain .

2) 1856 : Un projet de mission, ou réduction, ou village, par les curés pour des indigènes évangélisés d’origines géographiques très diverses, avantageux pour eux.

3) 1857 : Un don de l’État de cette terre aux curés.

4) 1860-1960 : Une mise en œuvre du projet ouvert à diverses communautés, dont les Wallisiens, avec désignations et installation d’une structure, de responsables et d’un mode de gestion plus occidentaux que traditionnels par les curés.

5) 1980 : Une révolte et une volonté d’appropriation exclusive et raciste du lieu par les descendants des mélanésiens évangélisés et déplacés à la faveur du soulèvement indépendantiste des années 80.

6) 1988-1996 : La démission lâche et irresponsable des curés et de l’évêché qui donnent la terre aux seuls kanak et qui se lavent les mains des violences et meurtres qui suivront.

7) 2001 : La sécession haineuse de Saint-Louis, la déportation des non kanak, famille de la ferme et Wallisiens, et la transformation de la route en arme de combat politique multiusage, accompagnées par le silence infini et infiniment lâche des curés et de l’évêché.

8) 2001-2016 : L’attitude aussi lâche et stupide que celle des curés de la part des institutions et autorités : mairie, province, territoire, État et l’enfer sans secours pour les Montdoriens séquestrés par ce Saint-Louis bien plus infernal que chrétien.

L’HISTOIRE DE SAINT-LOUIS SELON SAINT ROCH ou QUAND ROCH NE TOLÈRE QUE 12% D’UN AUTRE GROUPE QUE LE SIEN

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« Le « Seuil de tolérance » généralement admis par un groupe humain accueillant un autre est de l’ordre de 12 % soit pour Saint-Louis environ 200 personnes. La population Wallisienne/Futunienne était depuis plusieurs années près de 1000 soit 5 fois le seul de tolérance. Cette situation entraîna ainsi des conflits de voisinage incessant notamment de la part de la jeunesse. L’action politique autour des années 1984 et 1988 accentua encore l’incompréhension, les malentendus et la rancœur. »

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KANAKY MON PAYS
lundi 21 avril 2008
Eclairage sur le drame autour de l' »Ave Maria »
Au moment où s’ouvre le procès de Laurent Vili, meutrier présumé de Jean marie Goyetta, pour information et pour éclairage sur ce drame, voici une note d’information réalisé au moment du conflit de saint Louis…

DE SAINT-LOUIS (Nouvelle-Calédonie)
A LA MELANESIE

A une heure de grande écoute le dimanche 5 octobre 2003, la chaîne de télévision TF21 diffusait dans l’émission « 7 A 8 » un sujet intitulé « guerre en kanaky ». A partir de l’histoire d’un jeune joueur de rugby de Montpellier le thème de l’épuration ethnique était abordé à partir du conflit de Saint-Louis (Nouvelle-Calédonie). Ce rugbyman wallisien est un des meurtriers présumé de Jean-Marie GOYETTA tué par balles en février 2002 lors d’affrontements armés entre kanak et wallisien. Après un an de prison, Laurent VILI venait d’être libéré.
Ce reportage apparaît très orienté à plus d’un titre. Il n’est question que d’une chefferie celle du Mont-Dore, alors que l’image de la grande case (qui apparaît, en deux fois) est celle de la chefferie de Saint-Louis, chefferie concernée par le problème foncier traité dans l’émission. Seul le porte-parole de la chefferie du Mont-Dore s’exprime. Il est acteur principal du scénario traitant du départ des familles wallisiennes dans la colère et la souffrance. Les jeunes kanak sont montrés comme des combattants (terroristes) de la liberté plantant le drapeau du FLNKS sur « leur prise de guerre » c’est à dire les terres et les maisons dévastées et abandonnées par les familles wallisiennes.
Le film se termine sur des paroles de Laurent VILI concernant la communauté de destin inscrit dans les accords de Nouméa signés le 5 mai 1998. Une interrogation s’impose, les kanak sont-ils capables de respecter leur parole ? Sont-ils des terroristes qu’il convient de combattre et de neutraliser ? Peut-on leur faire confiance ?
Au delà de ce reportage, se profile l’enjeu des élections de Mai 2004 : le renouvellement des Assemblées de Provinces du Congrès et du Gouvernement. Ces élections seront capitales car elles ouvrent la dernière période (10 ans) précédant la sortie du processus de l’Accord de Nouméa avant le référendum d’autodétermination de 2014. Les grandes manœuvres de l’Etat Français constamment opposé à l’indépendance de la Kanaky vont s’intensifier directement ou indirectement via ses alliés locaux les partis anti-indépendantistes. Les coups tordus des experts en déstabilisation seront de plus en plus nombreux, comme a l’accoutumé, à l’approche des échéances importantes.
Ce reportage tombe, comme par miracle, un mois après le passage de Jacques CHIRAC en Océanie. Il est venu louer les îlots de stabilité et de prospérité que sont les Territoires français à côté du marasme des Etats Mélanésiens.
Ce documentaire vient confirmer des thèses de plus en plus à la mode sur les conflits identitaires et ethniques. Ces thèses expliquent en long et en large qu’après la chute du mur de Berlin et la fin de la guerre froide on assiste à une rétribalisation ou une re-balkanisation du monde sur une base ethnico nationaliste. Certains auteurs tel François DOUMENGE s’engouffre dans les brèches ouvertes afin de proposer des solutions pour la Nouvelle-Calédonie par exemple : remplacer le « Pacific Way » par la « conciliation durable » c’est-à-dire l’augmentation des revenus et du niveau de vie. A côté de la balkanisation et du « Trou Noir » Mélanésien, Doumenge propose le nivellement par le métissage pour une stabilité et une prospérité à long terme en Mélanésie « française ». Cette thèse a été largement reprise par un article de l’Express daté du 31 juillet 2003.
A partir d’une grille d’analyse croisée, il convient de se poser la question : le conflit de Saint-Louis est-il un problème isolé et réduit à une revendication foncière ayant engendré des «bagarres, entre kanak et wallisiens ou s’agit-il d’une action provoquée, tendant à utiliser un contentieux foncier engendré par la colonisation et l’évangélisation pour démontrer que l’Etat Français est seul capable d’assurer la stabilité dans un océan de désordre ?
Au-delà de l’analyse seront proposées des orientations au niveau local et régional pour prévenir ces actions de déstabilisation dans le cadre de la construction du Pacifique. Vu sous cet angle , le conflit de Saint Louis s’ouvre alors sur des perspectives nouvelles.
I) Historique du contentieux
1. Le conflit de Saint-Louis n’a pas commencé avec l’explosion de violence des 7 et 8 décembre 2001. Il s’agit d’une conséquence de la colonisation et de l’évangélisation. La colonisation française fût violente et répréhensive, dans cette région du Sud de la grande terre, dés la prise de possession. Suite aux révoltes Kanak de 1855, les opérations de représailles se sont succédées à un rythme effréné. Elles ont été suivies, après la reddition et l’exécution des chefs du Sud (Mont-dore, Païta et Dumbéa), de la spoliation des terres.
Celles de la région de Saint-Louis sont attribuées à la Mission Catholique. De grandes espaces servirent de « zone de sécurité » pour protéger le nouveau chef lieu Nouméa, anciennement Port de France, des incursions des tribus du Sud. La mission catholique devient propriétaire de plus de 10000 hectares. Elle y installe des catéchumènes du Nord-Est de la grande terre pour l’évangélisation des kanaks du Sud qui ont survécu aux massacres, à la déportation et à l’exil.
La mission catholique de Saint-Louis pris une telle ampleur qu’elle était appelée « le Petit Vatican ». Autour d’elle s’installèrent les catéchumènes de Touho. Vinrent s’ajouter les clans du Sud chassés de leurs terres puis des réfugiés de La Foa, Boulouparis expulsés de leur région pour avoir participé aux révoltes du Grand Chef ATAÏ en 1878.
2. Installation des familles wallisiennes
Dans les débuts des années 1960, le Père Paul CROS, missionnaire mariste, récemment nommé curé de Saint-Louis s’installe à la Mission. Il est accompagné de cinq familles wallisiennes venant de Thio son ancienne paroisse. De bonne foi pensant rendre service à ces familles qui avaient perdu leur emploi minier à Thio, Il leur loua des parcelles de terre près de l’Eglise au lieu dit « Val de l’ave maria », un ancien centre de repos des Sœurs de Saint Joseph de Cluny. Commença alors l’installation de très nombreuses familles Wallisiens et Futuniennes. Elles passèrent de cinq au début 1960 à 171 familles au moment du déclenchement du conflit en décembre 2001, ce qui représentait une population d’un millier de personnes à proximité d’une communauté kanak avoisinant les 1500 personnes.
3. Tentatives de résolution
Au vu de l’augmentation du nombre des familles Wallisiennes/Futuniennes, les responsables coutumiers kanak interpellent, sans succès, les missionnaires et les responsables coutumiers de cette communauté.
Un accord tacite existait, depuis longtemps, entre la mission Catholique et le village kanak. Au fur et à mesure de l’accroissement de la population Kanak, la Mission devait transférer des parcelles à la « réserve tribale ».
La dernière en date est intervenue en 1978 et portait sur les parcelles du bord de la « Thy » une rivière devenue « la frontière » entre les deux communautés. La pression démographique kanak nécessitait l’attribution des terres au de là de la « Thy » c’est-à-dire celles ou étaient installées à titre transitoire et révocable les familles Wallisiennes/Futuniennes.
Lors des revendications foncières des années 1980, toutes les terres de la mission catholique furent revendiquées par les chefferies de Saint-Louis et du Mont-dore. Elles coïncidaient avec la montée de la revendication nationaliste Kanak, provoquant de plus en plus de malentendus entre les deux communautés. Essentiellement d’obédience RPCR donc anti-indépendantiste, la population Wallisienne/Futunienne s’entendait de moins en moins avec le village kanak indépendantiste à majorité Union calédonienne – FLNKS.
Le « Seuil de tolérance » généralement admis par un groupe humain accueillant un autre est de l’ordre de 12 % soit pour Saint-Louis environ 200 personnes. La population Wallisienne/Futunienne était depuis plusieurs années près de 1000 soit 5 fois le seul de tolérance. Cette situation entraîna ainsi des conflits de voisinage incessant notamment de la part de la jeunesse. L’action politique autour des années 1984 et 1988 accentua encore l’incompréhension, les malentendus et la rancœur.
Depuis leur installation en Nouvelle-Calédonie à la fin des années 1940, les Wallisiens/Futuniens ont souvent servi de bras armés et de boucliers à la population européenne face aux kanak. Ces immigrés océaniens dont les ancêtres avaient déjà foulés le pays kanak bien avant la colonisation européenne, ont été instrumentalisés. Les Européens, en bon colonisateur, avaient su, à merveille, flatter leur « supériorité» sur les kanaks avec qui ils étaient pourtant liés par des relations familiales ancestrales.
Face à la problématique de l’Indépendance Kanak, le nombre des Wallisiens/Futuniens présents en Nouvelle-Calédonie devenait un enjeu de taille. Ils représentent près de 20 000 personnes contre 15 000 sur leurs îles d’origine. Le camp anti-indépendantiste a su au mieux exploiter leur nombre, et leur dépendance alimentaire par les emplois fournis. La situation des Wallisiens/Futuniens constituait ainsi une proie facile pour les prédateurs politiques défendant la Nouvelle-Calédonie française.
4. Les solutions préconisées
Dès la signature des Accords de Matignon en 1988 commencèrent les négociations foncières. A l’époque les familles Wallisiennes/Futuniennes occupaient un espace d’environ 20 hectares, mais il continuait à s’étendre. Les conflits de voisinage se multipliaient. Après plusieurs années de discussions entre les chefferies kanak, les coutumiers Wallisiens/Futuniens, la Mairie du Mont-dore, la Province Sud, l’Etat Français et l’ADRAF un accord est intervenu.
Cet accord portait sur la rétrocession de l’ensemble des terres appartenant à la Mission catholique (en fait à la Congrégation des Pères maristes) à un GDPL Kanak qui porterait les titres de propriété pour le compte de la tribu de Saint-Louis. Le GDPL Ko Laé Vé laissait 23 hectares à la disposition de la communauté Wallisienne/Futunienne. L’ADRAF qui avait racheté l’ensemble des terres, rétrocédait près de 500 hectares au GDPL et les 23 hectares où étaient installés les familles Wallisiennes/Futuniennes à la Province Sud chargée de procéder à l’aménagement de cette zone pour en faire un lotissement. A l’issue des travaux, 120 lots seraient attribués à titre privé aux 120 familles clarement identifiées contre paiement d’une somme de 300 000 FCFP par famille.
Afin d’éviter la spéculation sur ces terres que la tribu considérait toujours comme sienne, une condition était posée à l’attribution des lots. Pendant 30 ans le bénéficiaire du lot n’aurait pas le droit de vendre son lot sauf à l’ADRAF qui le rétrocéderait au GDPL.
Ce montage accepté par l’ensemble des parties fut présenté aux coutumiers des Royaumes de Wallis et Futuna en 1996 lors d’une visite officielle en Nouvelle-Calédonie. La parole coutumière laissée par ces dignitaires aux habitants du Val de l’Ave Maria était basée sur le « respect » du aux kanak pour leur hospitalité. Parallèlement un travail de rapprochement fut mené à travers des actions communes initiées à la paroisse catholique. Au niveau politique, l’irruption des partis Wallisiens Futuniens dénommés U.O. (Union Océanienne) puis R.D.0 (Rassemblement Démocratique, Océanien) membre du FLNKS dès 1998, favorisa le dialogue dans un esprit de compréhension et de tolérance entre les deux communautés. Dès qu’un conflit de voisinage, essentiellement entre les jeunes, surgissait les responsables se réunissaient aussitôt pour régler le problème. Peu à peu une cohésion d’ensemble émergeait donnant corps à la « communauté de destin ».
5. Les signes avant coureur de la catastrophe
Du fait de son appartenance politique au FLNKS, la tribu de Saint-Louis a toujours été l’enfant pauvre de la Commune du Mont-Dore gérée depuis 1977 par une majorité anti-indépendantiste. Les acquis en matière d’infrastructures primaires, aide à l’habitat, emplois communaux aide aux défavorisés ou aux scolaires, ont été obtenus à la force du poignet. A plusieurs reprises des blocages de la R.T.1 ou de la Mairie ont du être effectués pour que la tribu soit entendue et prise en compte dans ses revendications légitimes.
A maintes reprises, les responsables coutumier kanak ont précisé aux collectivités (Mairie et Province Sud) qu’il serait lourd de conséquence si la Val de l’Ave Maria était avantagé par rapport à la tribu. Compte tenu des difficultés rencontrées par les chefferies pour faire accepter l’idée aux habitants de Saint-Louis de se dessaisir des 23 hectares, il était urgent au préalable d’aider les projets tribaux et notamment l’assainissement général avant l’aménagement du nouveau lotissement Wallisien/Futunien. Dans le cas contraire, une opposition serait prévisible de la part de la population tribale.Malgré les recommandations de prudence, l’assemblée de la Province Sud votait un budget de 300 millions de FCFP pour l’aménagement du nouveau lotissement. Bien avant que des crédits soient débloqués pour la tribu, les travaux débutaient au Val de l’Ave Maria. Le prétexte évoqué était qu’au niveau tribal les projets n’avançaient pas: les deux chefferies ne s’entendaient pas pour la réalisation des projets tribaux.
Parallèlement des luttes intestines éclataient au sein de la communauté Wallisienne/Futunienne. D’une par entre partisans du RPCR et ceux du FLNKS sur les questions politiques et la conduite à tenir vis-à-vis des kanak, d’autre part entre les originaires des différents districts coutumiers de Wallis. La communauté était loin d’être homogène. Cette situation se compliqua encore par l’arrivée de nouvelles familles malgré l’accord passé avec les chefferies qui avaient interdit l’installation de personnes supplémentaires.
De surcroît on assista à une spéculation sur les terrains. Des familles quittaient la Val de l’Ave Maria, d’autres s’y installaient contre paiement à des intermédiaires. Ces derniers empochaient des « loyers » illégaux. Il convient d’ailleurs de noter que sur l’ensemble des familles de l’Ave Maria à peine 20 % s’acquittaient du loyer de 1000 FCFP / mois demandé par la mission catholique. Des familles entières ont vécu plus d’une vingtaine d’années à l’Ave Maria sans avoir jamais rien versé à la mission catholique au titre de ce loyer plus que modeste et cela malgré les nombreux rappels du conseil pastoral.
Certains, fort de leur droit et bien conseillées prétextaient le fait que les terrains avaient été mis gracieusement à leur disposition par le RPCR et que la terre appartenait à la France non à la Mission catholique et encore moins aux kanak. On leur rapportait que les Wallisiens/Futuniens du Val de l’Ave Maria étaient au même niveau que les kanak, tous avaient été installés à Saint-Louis par les Missionnaires : les kanak en 1859 et les wallisiens/Futuniens en 1960. En conséquence ils avaient les mêmes droits que les kanak de Saint-Louis sur les terres.
a. L’explosion
Cette situation malsaine et insidieusement entretenue multiplia les conflits de voisinage entre jeunes des deux communautés. Des rumeurs commencèrent à courir sur la trahison des responsables coutumiers kanak qui ont vendu la terre kanak aux Wallisiens/Futuniens. Le mécontentement s’amplifia sur les différences de traitement de la part des collectivités. Malgré l’incessant travail de concertation des coutumiers kanak et Wallisiens/Futuniens, la 1er semonce annonçant l’imminence d’une explosion éclata le 13 novembre 2001 avec le barrage érigé sur la R.T.1 par les Wallisiens/Futuniens suite à des caillassages de voitures opérés par des jeunes kanak.
L’érection de ce barrage fut considérée par la tribu comme une véritable déclaration de guerre. Le barrage de la RT1 est en effet le moyen traditionnel de la tribu pour se faire entendre. Les barrages sont toujours érigés au même endroit, au carrefour du lieu dit « quatre chemins » c’est-à-dire exactement celui choisi par les Wallisiens/Futuniens en ce 13 novembre 2001.
Les discussions qui se dérouleront après la levée des barrages sous l’égide du curé de la paroisse portèrent essentiellement, de la part des jeunes de Saint-Louis, sur le manque de respect des Wallisiens/Futuniens alors que les kanak leur avait cédé du foncier. Malgré une volonté commune de régler ce nouveau problème par la concertation avec la mise en place d’un groupe de travail, les évènements se précipitèrent. Le 7 décembre 2001 une altercation éclata, à la sortie du collège de Boulari, entre un jeune kanak et un groupe de Wallisien accompagné d’un Kanak habitant le Val de l’Ave Maria. Ce fut le détonateur qui enclencha une réaction presque irraisonnée des jeunes kanak qui se mirent à incendier des maisons et tirer sur les familles. Dans la nuit un barrage fut érigé au lieu dit « quatre chemins », une seule revendication était exprimée : levée du barrage contre l’évacuation totale des 171 familles pour le 8 décembre 2001 à 18 heures. Après discussion avec les autorités un délai était fixé au 8 mars 2002.
6. – Les acteurs et les stratégies dans le conflit
a. La Chefferie de Saint-Louis
Composée essentiellement des clans originaires de la région Drubéa-Kapume, la chefferie de Saint-Louis se concerta pour préciser sa démarche. S’agissant avant tout d’un problème de terre (les 23 hectares) il fallait régler le problème avant tout à ce niveau. La province Sud devait, en toute logique restituer les 23 hectares au GDPL. Une discussion avec les familles Wallisiennes/Futuniennes devait suivre pour les convaincre à se reloger dans les lotissements voisins avec l’aide des collectivités. In fine, si les anciennes familles une vingtaine souhaitaient rester vivre sur des terres redevenues terres coutumières (GDPL), les modalités de leur installation seraient fixées avec les chefferies. Parallèlement il convenait de solliciter l’intervention des collectivités pour relancer les projets tribaux (assainissement tribal, insertion et formation de la jeunesse, amélioration des conditions de vie des populations aide au développement économique etc…). Cette solution à « l’océanienne » respectait le droit de chacun et s’inscrivait dans la démarche de l’Accord de Nouméa.
b. La Chefferie du Mont-Dore
Elle est composée d’un grand chef originaire du Mont-Dore et majoritairement d’un ensemble de clans extérieurs à la région Djubéa-Kapune auquel s’est joint le Grand Chef de l’Ile Ouen et sa famille. Cette chefferie, poussée par une jeunesse qui s’est radicalisée n’avait qu’un seul objectif, l’expulsion des familles Wallisiennes / Futuniennes sans condition avant le 8 mars 2002. Une autre revendication s’ajoutait à celle-ci : l’amnistie générale des faits commis les 7 et 8 décembre 2001.
c. La jeunesse de Saint-Louis
La tribu de Saint-Louis composée d’environ 1500 personnes est à l’image de la Nouvelle-Calédonie, sa jeunesse est largement majoritaire. Malgré la proximité d’une école primaire et d’un collège de la direction de l’enseignement catholique, peu de jeunes parviennent jusqu’au BAC, le taux d’échec scolaire est important. En fin 2002 seules trois jeunes filles ont réussi le BAC. Dès 1994, la chefferie de Saint-Louis a mis en place des cycles d’études accompagnées pour combattre l’échec scolaire, cette initiative commence à porter des fruits. Une perte de repères culturels, une forte délinquance, une violence intrinsèque caractérisent une bonne partie de cette jeunesse qui fait des Wallisiens/Futuniens les boucs émissaires de leurs problèmes. Au-delà des conflits de chefferie cette jeunesse souhaite avant tout qu’on s’occupe de leurs revendications.
d. Les Wallisiens –Futuniens
Deux groupes émergent de cette communauté en apparence homogène :
– Un groupe RPCR mené par des responsables locaux du parti anti-indépendantiste avec pour seule stratégie : la résistance face aux kanak et s’il faut sortir du Val de l’Ave Maria, la communauté doit être indemnisée et relogée sur un terrain de 23 hectares, avec les mêmes conditions d’installation 120 lots à un coût d’acquisition à 300 000 F CFP.le lot, à charge pour l’Etat ou la Province Sud de trouver le terrain et le financement.
– Un groupe R.D.O. (FLNKS) soit le 1/3 de la communauté qui partage la même démarche que la chefferie de Saint-Louis.
e. L’Union Calédonienne (FLNKS)
– Ce parti est très présent dans le conflit puisque la tribu de Saint-Louis est Union Calédonienne à près de 90 %. Les deux courants de l’Union Calédonienne s’y trouvent représentés.
– Le courant UC/FLNKS représenté par la chefferie de Saint-Louis soutenu par le bureau politique du FLNKS. L’idée défendue par ce courant est que l’UC doit restée partie intégrante du FLNKS afin de continuer à jouer un rôle de locomotive de la lutte de libération kanak.
Le second courant défend une UC revendiquant une identité propre par rapport au FLNKS, ce courant est représenté par le grand chef de l’Ile Ouen, Emmanuel Tein et sa famille avec ses partisans au sein de la chefferie du Mont Dore. Il a par ailleurs le soutien du bureau de l’Union Calédonienne et reste animé d’un certain activisme pour « bousculer » l’Etat ou le RPCR.
f. Le RPCR.
Ce parti est impliqué dans ce conflit via la mairie du Mont-Dore, la province Sud le grand chef du Mont Dore, Robert Moyatea et ses responsables ainsi que les coutumiers Wallisiens et Futuniens. Le RPCR a largement soutenu et favorisé l’installation des familles à l’Ave Maria dans un but électoral face aux kanak indépendantiste.
Jusqu’en 1977, l’Union Calédonienne détenait la majorité au conseil municipal, la tendance s’est inversée suite à la politique du peuplement du Mont-Dore qui a vu sa population multipliée par 5 entre 1969 et 2002. Cette immigration a largement profité au RPCR qui règne depuis 25 ans sur un conseil municipal largement acquis à sa cause.
Suite au conflit, le RPCR présentait deux positions contradictoires :
Il se dit prêt d’une part à aider les familles Wallisienne et Futunienne à se réinstaller en dehors de Saint-Louis et d’autre part à soutenir les projets tribaux.Il refuse pourtant de rétrocéder les 23 hectares au GDPL.
g. Le Sénat et le conseil coutumier Drubéa Kaponé.
Ces deux instances de la coutume ont été sollicitées pour aider au règlement du conflit. Elles ont dès le départ adopté une position de médiateur.
h. L’Eglise Catholique.
Grande absente du conflit, alors qu’elle est à l’origine du contentieux l’Archevêché ne s’est jamais exprimé sur le sujet laissant ses prêtres vivre dans un climat d’insécurité permanente et se débrouiller seuls face aux parties concernées.
i. L’Etat Français
Comme à son habitude le principal responsable de la situation s’est présenté sous ses plus beaux atouts de garant de la paix de la sécurité et de la stabilité. Le contentieux de Saint Louis est né avec la colonisation française qui a spolié ces terres aux chefferies du sud en 1855 avant de les leur rendre officiellement en 2003 soit 148 ans après sous la pression des évènements.
Garant et compétent en matière d’ordre public et de sécurité, l’Etat s’est contenté du minimum, ne pouvant éviter d’ailleurs les morts et les blessés du conflit. Durant deux ans la zone de Saint Louis était marquée par une insécurité chronique.
Les chefs étaient souvent interpellés, mais ils n’avaient en fait à offrir que leur autorité morale face aux troubles et fusillades. Dès la fin du régime de l’indigénat en 1946, l’Etat colonial a retiré aux chefferies une partie de la compétence en matière d’ordre public dans les tribus. En retour les chefferies ont du assumer seules et à leur risque et péril le désordre. Aux demandes maintes fois réitérées pour retrouver en partie cette compétence au travers de la mise en place d’une police coutumière il est précisé que la loi organique de 1999 ne le permet pas sauf si : « la Nouvelle-Calédonie entre dans le cadre des nouvelles dispositions de la révision constitutionnelle du 13 mars 2003 » (Ministre de l’Outre-Mer 17 septembre 2003)
En terme de stratégie, deux positions différentes de l’Etat se sont ainsi exprimées :
Le Gouvernement Socialiste par le biais du Délégué de Gouvernement LATHASTE abordait le problème dans sa globalité en mettant en place des groupes de travail pour « rattraper » les projets en retard (insertion des Jeunes, aide à l’habitat, soutien au développement économique etc.)
S’agissant de la réinstallation des familles Wallisiennes et Futuniennes, la préférence se ferait sur la base du volontariat. L’Etat ne forcerait personne à partir. La solution au conflit se déterminerait à la fin. Sur cette base, le Haut-commissaire organisait chaque mois une réunion destinée à faire le point sur l’état d’avancement des dossiers. Toutes les parties concernées étaient invitées. Un comité de médiation, mis en place et présidé par le Vicaire Général du diocèse de Nouvelle-Calédonie (le Père APIKAWA), préparait ces réunions de travail.
Le Gouvernement RPR part le biais du nouveau Haut-Commissaire Daniel CONSTANTIN en juillet 2002 s’est quant à lui attaché à deux préalables : la sécurité de la zone et le départ des familles Wallisiennes/Futuniennes. Les fondements du contentieux seront traités une fois les préalables résolus. Le Haut-Commissaire a donc cherché dès son arrivée à trouver un accord global sur le départ de la communauté. Cet accord s’est formalisé en novembre 2002 lorsque les représentants Wallisiens/Futuniens ont accepté de quitter le Val de l’Avé Maria.
La mort de J.M.GOYETTA et G.MOTUKU ainsi que les nombreux blessés, avaient rendu caduque toute tentative de cohabitation future.
j. Issue du conflit après l’accord de novembre 2002.
Après cet accord formel, le Haut-Commissaire allégeait le dispositif de sécurité et s’attachait avec les collectivités concernées à réinstaller les familles à l’extérieur du Val de l’Ave Maria.
Suite à des évènements internes à la tribu, une case était incendiée le 25 juin 2003. La faute fut attribuée à des Jeunes Wallisiens/Futuniens et la tension remonta d’un cran, le dispositif de sécurité maximale fut repositionné à la Mission de Saint- Louis. Le 25 août suivant une opération de perquisition à la tribu dégénérait et un groupe de jeunes occupe la Mission exigeant le départ sans condition des 30 dernières familles de l’Ave Maria. Le 17 septembre 2003 c’est chose faite après plus de 40 ans d’occupation des lieux les familles Wallisiennes/Futuniennes quittent définitivement le Val de l’Ave Maria.
3- Le lieu – les enjeux.
Il est clair que Saint-Louis n’est que le début d’un puzzle qui se met en place. Ce qui n’était qu’un problème de terres a été présenté comme une opération « d’épuration ethnique » afin de conforter l’idée que sans la France la Nouvelle-Calédonie ne serait que chaos à l’image du « Trou Noir » Mélanésien.
Dans la tête des nombreux stratèges présents en Nouvelle-Calédonie le choix de Saint-Louis n’est pas neutre dans les stratégies de la tension ethnique mise en œuvre pour conforter le rôle et la présence de la France en Nouvelle-Calédonie et au-delà en Mélanésie.
3.1 Saint-Louis comme lieu stratégique
Saint-Louis est situé en Province Sud majoritairement dominé par un parti de droite anti-indépendantiste. Les kanaks largement colonisés marginalisés et exclus des circuits de prise de décision représentent désormais une minorité et dans leur commune (le Mont-Dore) et dans la Province (Province Sud).
Le choix de Saint-Louis comme lieu TEST de déstabilisation pensée et organisée a été arrêté de par la situation particulière de cette tribu. Saint-Louis contient en elle-même tous les ingrédients et les traumatismes de la colonisation. Deux chefferies (Saint-Louis – Mont-Dore) qui se disputent un même espace, une même population et donc la légitimité des lieux, des clans regroupés par les Missionnaires Maristes ou ayant trouvé refuge là après avoir été expulsés de leurs terres, une jeunesse sous éduquée et sous qualifiée qui plus est en perte de repère , un fort taux de chômage, la présence d’une communauté d’océaniens Wallisiens/Futuniens etc… Un mélange explosif qui n’a pas manqué d’attirer l’attention des experts en déstabilisation par le moyen des conflits identitaires et ethniques qu’il convient d’attiser à dose homéopathique.
Dans quel but ?
a) Démontrer que le projet d’indépendance porté et revendiqué par le FLNKS est une utopie, une illusion. Etre Indépendant c’est voir se multiplier à l’infini des conflits de type Saint-Louis, donc le scénario du chaos programmé à l’image de la Mélanésie. Seule la France est garante de l’ordre et de la prospérité. Saint-Louis devient l’épouvantail le repoussoir des anti-indépendantistes. Les images de TF1 du 05 octobre 2003 montrent un jeune kanak avec le drapeau du FLNKS planté sur les ruines d’une maison d’une famille wallisienne. Ces images parlent d’elles-mêmes : pour ceux qui se laisseraient tentés par l’aventure de l’Indépendance voilà ce qui vous attend, venez donc vous réfugier sous les ailes de la Mère Patrie.
b) Saint-Louis de par sa position géographique est située dans une zone immensément riche en Nickel, cobalt, gaz, pétrole. INCO lance un immense projet à Goro (Yaté) au Sud de Saint-Louis. Demain les Multinationales viendront se partager le pactole du gaz et pétrole du plateau continental déjà des contrats en sous-marin sont passés à l’issu des kanak et de leur représentation politique (le FLNKS).
La mise en place des grands projets industriels nécessite des négociations avec les interlocuteurs locaux. Les Multinationales ont choisi les leurs ; ce seront les Institutionnels de la Province Sud, en fait le RPCR. Ils ont donc ensemble tout intérêt que du côté kanak la représentation soit satellisée et diluée c’est-à-dire comme le préconisait Henry KISSINGER mieux vaut négocier avec des petits chefs de guerre clanique qu’avec un groupe organisé. Pour les grandes sociétés la multiplication des « Trous Noirs » est la solution la plus rentable.
c) Le spectre de la partition.
La partition est une solution préconisée pour garder une Nouvelle-Calédonie Française. De droite comme de gauche les gouvernements successifs envisagent un tel scénario au cas ou…..Les stratégies misent en œuvre intègrent donc cette « possible » solution. A partir de Saint-Louis comme test de ce scénario des cas similaires émergeront dans les mois et les années à venir essentiellement en Province Sud où l’immigration Européenne est toujours la plus importante.
3.2 Saint-Louis comme laboratoire d’essai
Le thème récurrent de l’épuration ethnique a été constamment utilisé durant ces deux dernières années pour contrer la revendication d’Indépendance et la Communauté de destin. Depuis le 17 septembre 2003, les Wallisiens/Futuniens ont quitté le Val de l’Ave Maria, quelle est désormais la seconde étape ? Le film de TF1 du 05 octobre 2003 l’a clairement annoncé à la fin de l’émission : « les coups de feu entre clans riveaux ont éclaté »Du thème de l’épuration ethnique on glisse vers les conflits identitaires et claniques. Ce qui signifie en clair que les conflits entre les deux chefferies vont s’accentuer pour déboucher si possible sur quelques morts programmés qui viendront complètement ruiner la crédibilité du projet d’indépendance. Les stratégies poussent la chefferie du Mont-Dore à multiplier les pressions sur la chefferie de Saint-Louis et vice versa pour alimenter un conflit de légitimité qui perdure comme résultante de la colonisation.
L’épisode du MWA KA du 24 septembre 2003 rentre dans cette stratégie de provocation. Comme si, dans la multitude des contentieux à résoudre il était nécessaire de s’alourdir d’un problème qui en n’était pas un au début. L’ initiateur du projet propose qu’à l’occasion du 150ème anniversaire de la perte de la souveraineté kanak (1853-2003) un poteau sculpté par les huit aires coutumières soit transporté et planté dans Nouméa la « ville blanche ». Ce poteau de 8 mètres et 3 tonnes sera coupé à la vallée de la Thy à Saint-Louis et les deux chefferies seront impliquées dans l’organisation de la journée du 24 septembre à Nouméa. Dès le départ des malentendus surgissent entre l’initiateur du projet et les chefferies, et c’est dans un beau désordre coutumier que le MWA KA arrive à Nouméa en ce 24 septembre 2003. Malgré la ferveur populaire autour de ce symbole fort (après 150 ans de colonisation il faut construire l’indépendance dans une Communauté de destin), les responsables politiques et coutumiers restent divisés sur le lieu où sera planté ce poteau : place des cocotiers lieu symbolique fort ou place de la Moselle lieu d’implantation du Musée et des Institutions. Finalement se sera la place de la Moselle sur proposition du Président dela Province Sud qui récupère à son profit cette journée du 150ème
De l’intention louable d’un rassemblement de Saint-Louis autour de ce projet, le résultat est atteint pour les experts en déstabilisation, la désunion de la tribu de Saint-Louis une fois encore confirmée. Cet exemple à valeur de test il inaugure encore d’autres coups tordus de ce genre dans la perspective des élections de mai 2004.
II) La Mélanésie, cas d’école les Salomons
Saint-Louis, comme indiqué précédemment n’est pas un cas isolé sur l’échiquier du monde mélanésien. La déstabilisation de cette tribu est à mettre en relation avec les mêmes stratégies initiées aux Iles Fidji, à Vanuatu, en Papouasie-Nouvelle Guinée et aux Salomon. Il s’agit des mêmes commanditaires de l’ombre qui agitent les ficelles toujours dans le même but : la théorie du « Trou Noir » qui vient renforcer l’indispensable présence de la Francecomme facteur de stabilité et de prospérité dans cette région du monde.
1- Le trou noir
Dans le « Pacifique nouveau centre du monde » les fondateurs de l’institut du Pacifique en 1983 définissent ainsi la théorie des trous noirs : « astres de très petites dimensions qui engendrent en raison de leur densité, des forces de gravité considérables. Ces forces attirent dans un tourbillon toute matière située dans une région relativement étendue aux alentours, et empêchent l’énergie lumineuse émise de s’échapper vers l’extérieur. Voici des objets qui produisent des perturbations considérables sans produire le moindre rayonnement. Transposé au plan géopolitique tel est bien l’effet que produisent certaines espaces de forte instabilité de la zone du Pacifique ». Et les auteurs précisent les causes de cette instabilité : un développement incohérent ou trop brutal synonyme de ruptures des structures sociales, d’inégalité, de concussion. Dans le même ordre d’idée certains auteurs parleront de l’arc Mélanésien comme l’arc de l’incohérence où disparaît peu à peu le « Pacific Way of life » cher au Premier ministre Sir Ratu kamisese MARA le « père » de l’indépendance des Iles Fidji.
Enfourchant la théorie du trou noir mélanésien François DOUMENGE s’empresse de tirer une conséquence positive pour la Nouvelle-Calédonie française. La conclusion de son article « la France confrontée au trou noir du Pacifique, la face inconnue de la question calédonienne » est très significative : « Quant à la France si elle sait continuer à maintenir la loi et l’ordre républicain, elle évitera bien des ennuis. Elle pourra de plus servir de référence à une autre forme de Pacific Way où la substitution de la négociation aux violences se réalise par la promotion d’un haut niveau de vie partagée par le plus grand nombre : c’est le fondement de la « conciliation durable » des communautés ethno culturelles et à terme de l’unification de la société par métissage généralisé des hommes et des valeurs de convivialité… »
Il s’agit là de tout un programme dont s’est largement inspiré J.CHIRAC Président de la République lors de son déplacement en Océanie en juillet 2003. Mais ce programme n’est crédible qu’à la condition qu’il soit le seul recours dans un environnement chaotique ou « apocalyptique » empêtré dans des conflits identitaires et ethniques. Puisque c’est ainsi par exemple que François THUAL, le spécialiste de l’étude des conflits identitaires décrit la situation aux Iles Fidji. En parlant des Mélanésiens lors du coup d’Etat de 1987 il note : qu’ « au nom d’une conception pratiquement raciste, une sorte de déchaînement des partis anti-hindou s’opère sur fond d’apocalypse, en tout cas en termes d’atmosphère de fin du monde ».
Face au « Trou noir » mélanésien l’ultime recours reste la France en Nouvelle-Calédonie, il s’agit de l’objectif à atteindre permettant d’arrimer définitivement la Nouvelle-Calédonie à la France. Le moyen d’atteindre cet objectif est d’accentuer la pression sur les causes de l’instabilité dans l’arc mélanésien pour rendre crédible le programme du couple Doumenge / Chirac.

Fin provisoire de la note qui sera complétée ultérieurement (31 mars 2004)
Roch WAMYTAN
Grand chef de Saint Louis depuis 1987
Président du FLNKS (1995 – 2001)
Président du Groupe du Fer de Lance Mélanésien (2001 -2003)