LE BEAU ET LA BÊTE ou LE DERNIER MATCH

beau

 
Il faut quand même regarder les choses en face. Gomes a bien manœuvré et il capté, comme Macron, tout et son contraire : du faux et de vrai, du riche et du pauvre, du kanaky et du loyaliste, du cal et du zor, du citadin et du broussard, du patronat et de l’ouvrier, des intellectuels et des manuels. Il a embobiné Néaoutyine et Goa, Hollande et Frogier, et même les Républicains et l’UDI. Bien joué.
 
Autant dire que son projet, qui n’est pas plus clair que celui de Macron, mais qui semble bien se résumer aussi à libéralisme sauvage et social-kanaky, a un tapis rouge tout déroulé devant lui. Car ce n’est pas les petites marionnettes de l’UCF qui font font font peur à Gomes et à son puissant amalgame, car elles feront trois petits tours et puis s’en iront.
 
Le seul élément qui se pose réellement en contraste à Philippe Gomes et qui pourrait s’opposer à lui et fédérer, coaliser, cristalliser quelque chose contre lui c’est Harold Matin. Les affaires ? Pas plus important ni grave que celles de Fillon et Marine Le Pen, surtout quand on se souvient du niveau de virginité de Philippe Gomes dans ce domaine. La sincérité d’un Harold ? À mettre également en comparaison avec celle des trois précédents leaders et avec celle de tous les politiques en général.
 
L’important c’est ce qu’est et ce que représente Harold Martin pour les Calédoniens, depuis longtemps et encore aujourd’hui, sa volonté de démolir Gomes en le déclarant indépendantiste et en s’affirmant patriote et sa capacité à faire adhérer la population à ce programme simplissime et fort.
 
Je trouve à cet égard ces deux photos édifiantes et révélatrices des atouts et handicaps de ces deux candidats qui vont s’affronter en brousse et dans le Grand Nouméa.
 
Sur la première photo Gomes est décontracté, distant, sûr de lui, satisfait, presque avachi, alangui, ramolli, supérieur, maîtrisé, froid, visage inexpressif, démonstratif. Il expose les choses comme d’habitude, il fait l’intellectuel, le professeur, il déroule les « Petit un, petit deux, petit trois ». Il compte les arguments avec ses doigts. Il fait un exposé. Il est fort, il fait le beau, le beau parleur. Il fait la leçon, il calcule, il réfléchit. Les Calédoniens ne sont pas dans ces plans, dans ces habitudes, dans ces démarches, dans ces relations, dans ces démonstrations. Il préféraient déjà l’animal brutal Lafleur aux instituteurs et aux prêcheurs venus d’ailleurs. Pas sûr qu’ils aient changé là-dessus.
 
Sur l’autre image, Martin est dressé, redressé, penché en avant, épaules haussées et bras et mains agités, projetés, prêts à l’affrontement. Traits crispés, corps et visage mobilisés, dynamisés. Trapu, ramassé, robuste. Il crie le refus et lance l’appel au combat. Il ne fait pas de dissertations, pas de discours savants, pas d’interventions interminables qui noient le poisson. il fait claquer des phrases simples et des formules chocs. C’est l’énergie et l’instinct. C’est l’affectif et l’émotion. C’est la bête politique. C’est le chef de meute. C’est le taureau. C’est la force de l’essentiel, l’essentiel de la force. Il dit « La France ou la mort » et « Nous les Calédoniens », et pas sûr que cette clarté carrée soient désormais indifférente à la population.
 
Entre les beaux bobos beaux parleurs Gomes et Macron et les puissantes bêtes politiques Martin et Le Pen, de quel côté le cœur calédonien penchera-t-il ?