SOCIO-PHILIPPOLOGIE ou LE DESTIN DES QUATRE PHILIPPE SERA-T-IL COMMUN ?

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Chambéry a sa fontaine des quatre sans culs où des pachydermes sans arrière-train s’opposent par les fesses et visent les quatre points cardinaux. Nouméa a son parti des quatre Philippe, quatre éléphants de la politique dont on peut se demander si chacun d’eux est prêt aux quatre cents coups pour imposer son cap et l’emporter sur les trois autres.
 
En Nouvelle-Calédonie, deux ans avant les grands changements, deux ans avant les grands départs, qui a-t-on sur la ligne de départ, sur cette ligne où les détenteurs des pole positions le jour du grand départ seront les détenteurs du pouvoir pour toujours en Calédonie-Kanaky quelle que soit la forme du nouveau régime ? Sur la ligne de départ, on a le RUMP de Frogier, le FLNKS et le CE de Gomès.
 
Le RUMP est en décomposition complète, il va d’échec en échec, incapable de renouvellement et de rénovation, le leader de Calédonie Ensemble soutenant même le leader historique du RUMP, naguère adversaire, pour mieux entretenir la décrépitude du vieux parti et pour dévitaliser complètement ce concurrent au départ de la course. Au RUMP il n’y a plus personne.
 
Le FLNKS est toujours le FLNKS et n’a que ça à être, à dire et à faire. Peu importe s’il va de faillites en gaspillages, sans progrès ni rééquilibrage, il est le FLNKS et il doit être le premier et gagner la course. Il n’a rien à faire, il ne fait rien, il n’a même pas à courir, à concourir, c’est écrit, c’est inscrit, c’est son destin, la victoire lui revient. Et personne ne le conteste réellement. Et quand il aura gagné il n’aura rien d’autre à faire que d’être encore le FLNKS. C’est comme ça. Peu importe les hommes et les leaders, au FLNKS il n’y a personne mais il y a tout le monde.
 
Calédonie Ensemble est le patron depuis des années, sans conteste, premier en grandes opérations, premier en gesticulations, premier en communication, premier en péroraisons, premier en élections, premier en coalitions. Donc il peut être premier, aussi, comme le FLNKS, avec le FLNKS, une sorte de FLNKS, mais un FLNKS « qui fait », qui fait les choses à la place du FLNKS, premier en tout, bon à tout faire, bonne à tout faire. Donc c’est à peu près calé, les choses sont en place.
 
À un détail près cependant… Trop de premier peut tuer le premier. Car ils sont quatre à être premiers à Calédonie Ensemble, les quatre Philippe, brillamment premiers, peut-être trop brillamment, parce qu’on ne voit qu’eux, parce qu’ils écrasent ou annulent les autres, tous les autres. Les premiers de la classe, les belles formules et l’ironie d’un Dunoyer ou d’un Gomès ça peut lasser, ça peut saouler. Ça peut lasser et saouler les autres du parti d’abord, les laissés pour compte, et engendrer des défections. Ça peut aussi lasser et saouler les autres du pays, les catéchisés, les snobés, les évangélisés, humiliés par trop de beaux discours supérieurs et engendrer des défaites aux élections de terrain, municipales dans le Grand Nouméa par exemple. Ça peut même lasser et saouler des Philippe, un peu moins premiers que d’autres, et engendrer des scissions, comme il s’en est déjà produit avec Leroux, Martin etc…
 
En effet, puisque qu’il ne se passera plus rien politiquement du côté du RUMP, cliniquement mort, ni du côté du FLNKS, en hibernation politique depuis 30 ans, voire 300 ans ou même 3000 ans, c’est du côté de Calédonie Ensemble, organisme encore politiquement vivant, qu’on peut encore espérer observer l’apparition de nouveaux phénomènes au ciel socio-politique, ou plutôt socio-philippique, puisque tout se passe entre ces quatre Philippe.
 
Philippe Germain a un potentiel de résistance et une force d’inertie et de pesanteur qui ont fait merveille lors du mouvement des rouleurs-mineurs et quand il s’est agi d’imposer la TGC-Compétitivité au Rump et au MEDEF. Il a pour lui une constellation d’entreprises protégées qu’il a clientélisées dans ses précédentes fonctions. C’est un atout et des soutiens. Cependant ce lourd paquebot ne semble pas avoir un moteur propre et tient plutôt de la barge. La politique serait une transition et cet homme d’affaire et d’entreprise, loin du blues du businessman de Starmania, ne rêve pas plus d’être un artiste que de devenir premier des premiers, regrettant sans doute souvent son autonomie d’entrepreneur.
 
Philippe Dunoyer c’est l’aristocratie calédonienne, un lignage pur depuis des générations, depuis le premier maire Porcheron, la crème, la classe des colons sans compromissions, peu de bagne, peu de brousse, peu de métissage, les chiffres, le droit, la fiscalité les affaires, la fonction publique, la facilité des choses, la gestuelle aisée, l’esprit délié, la parole recherchée, les intonations distinguées, l’ascension ininterrompue, élégance et charme, une cuillère en argent dans la bouche au départ, le sceptre de grand argentier aujourd’hui : quelle place sur le podium pour demain ? Quelle transformation après tous ces essais, avec tous ces atouts, avec cette réussite et ce sourire inoxydables, avec ce pedigree de Calédonien impeccable ? Il y pense en se rasant le matin ? De quoi rassurer une large marge de la population, enracinée, citadine, bourgeoise, fonctionnaire, éduquée, et une large frange des acteurs économiques orphelins du RUMP.
 
Philippe Michel c’est un peu l’inverse du précédent, plus cash, plus populaire, plus calédonien, moins « notaire », la voix cassée, le discours carré, les blagues lourdes, les rires enrouées, les colères orageuses, la mise négligée, la proximité, la spontanéité, l’efficacité. Engagé dans les questions agricoles, longtemps proche et collaborateur d’Harold Martin, il partage avec lui ce côté tribun au franc parler, sans manières mais avec du cœur. La direction et la gestion de LA province lui va parfaitement, lui suffit, le comble, comme la direction et la gestion de la ville convient et suffit à Sonia Lagarde. Le rêve d’une vie et le bâton de maréchal. Sauf que l’ami du chef, le copain de jeunesse du président, n’aimerait pas se faire doubler par un bleu, par un gommeux, à coup sûr. Susceptible et irritable, il ne le supporterait pas, surtout si l’offense venait d’un arriviste de la high society en embuscade, qui n’aurait pas, lui, trempé ses mains dans le cambouis du lafleurisme et dans la terre grasse du monde rural. Piqué au vif et provoqué, il pourrait compter sur l’adhésion de « l’autre Calédonie », celle de la brousse, des petites gens et des classes moyennes.
 
Philippe Gomès, le boss, n’en est pas moins un des quatre Philippe. Il est au sommet du tétraèdre dont les trois pans sont Germain, Dunoyer et Michel, et les populations qu’ils représentent. Son autorité repose sur l’équilibre entre ses trois homonymes et leurs troupes respectives, et sur l’équité dans les attentions et les bienfaits qu’il leur accorde. Sa surface sociale à lui, de par ses origines exogènes, est relativement réduite et faible. Il doit attirer les PME de Germain, l’électorat classieux de Dunoyer et la base populaire de Michel. L’exercice est délicat et l’équilibre instable. Comme tout pouvoir fort, la crainte, la haine et l’amour se conjuguent dans les relations entre les trois Philippe et la pointe Gomès de la pyramide. Les révoltes de Michel et les ruptures avec Gomès sont déjà arrivées. L’ambition et l’impatience de Dunoyer ont généré la crise et la scission à la mairie de Nouméa. Les périodes moins fastes et les moments d’hésitation et de flottement d’un leader sont propices aux manœuvres et aux coups. Qui agira contre qui ? Qui s’alliera avec qui, en interne ou en externe, pour partir finalement seul en premier à l’heure du grand départ ? Une philippologie attentive peut nous fournir quelques indices et quelques pronostics dans les mois à venir.

BLAISE TOUT SEUL SUR RRB : COHÉRENCE TOUTE LA BANDE DES 4 SUR RFO : CONVERGENCES ZÉRO, 100% DIVERGENCES

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Le vendredi midi on est gâté. À la même heure y’a Transparence avec Nouar sur RRB (podcats impeccables une heure après) et Au cœur du débat avec Angélique Souche sur NCradio, cradio ? , que j’aime bien encore appeler RFFaux (postcasts merdiques, épisodiques, un sur trois ou quatre, quand les courageux affectés à ça sont pas en repos, ou quand le sujet est sans intérêt et donc sans risque…)
 
Aujourd’hui c’était Philippe Blaise sur RRB et la bande des quatre sur RFO : Backes et le copain des Républicains Régnier, Dunoyer et le copain de Calédonie Ensemble Djaiwé. Blaise seul là-bas comme son parti et l’UCF ont été isolés et rejetés de tout par cette bande des 4, la bande des quatre bien ensemble et bien sympa au Mont-Coffyn, genre « Salut Philippe, bise Sonia, mon camarade Jean-Pierre, bonjour Gérard » toujours aussi copains et sympas qu’ils l’ont été aux comités institutionnels pendant un an…
 
Sauf que… Sauf qu’on a bien vu qu’en parlant de citoyenneté les potes de la bande des quatre divergeaient à 100%, Régnier et Djaïwé ne voulant plus entendre parler d’autre chose que de nationalité après la sortie, citoyenneté à la poubelle, et que référendum ou pas la seule hypothèse à travailler c’était la nationalité, parce que Nainville, parce que accords, parce que décolonisation, parce que discours de Brazzaville de De Gaulle !
Djaiwé même discours, même ton, circulez y’a plus de citoyenneté ni de France à voir, « Nous c’est c’qu’on veut, point barre, oleti. »
 
Mais de quoi ont-ils donc parlé alors pendant un an avec Christnacht au Haussariat en nous faisant croire qu’ils faisaient des pas les uns vers les autres ?! Foutaises et enfumage sont les deux mamelles de la bande des quatre ! Ça en fait donc huit !…
 
Sauf que quand on diverge sur ce genre de petit point de détail de l’Histoire, indépendance ou France, ben y’a plus aucune convergences possibles nulle part, ni dans l’institutionnel, ni dans le juridique, ni dans l’économique, ni dans le culturel, rien, zéro, nada. Entre la Kanaky de Régnier et Djaiwé et la Calédonie dans la République française y’a zéro convergence, et la super connerie des 90% de convergences de Gomes et Dunoyer n’engage que les cons qui y croient !
 
Le Dunoyer justement, un peu gêné aux entournure, a laborieusement tenté en fin de parcours de répéter sa litanie et sa leçon sur les convergences qu’il faut continuer à chercher et bla et bla… à l’instant même où les deux indépendantistes lui claquaient la porte de l’ouverture au nez !
 
Blaise, au même instant tout là-bas, bien dans sa peau et dans ses bottes, refaisait le tableau chiffré de la Calédonie actuelle comparée aux confettis indépendants du Pacifique, sans thune, sans protections, sans retraites, sans couverture santé, sans rien… et le tableau chiffré de la Kanaky sans les 150 milliards de la France, s’orientant vers le bonheur vanuatuan, puisque qu’il paraît que c’est le pays où on est le plus heureux au mânde, si on a le temps de vivre ce bonheur cependant, puisque c’est aussi un des états où on meurt le plus tôt, la mortalité précoce y battant des records…
 
Une donnée très intéressante que nous a fournie Philippe Blaise c’est les écarts bien plus grands entre riches et pauvres en provinces Nord et Îles qu’en province Sud. Les écarts géants entre les privilégiés des castes supérieures et les misérables petits sujets qu’on retrouve dans toutes les républiques bananières et dans les états du tiers monde sont déjà à l’œuvre chez Paul Néaoutyine et chez Néko Hnépéune. Ben ouais, sinon ça servirait à quoi de faire de la politique et de devenir indépendant !…

HAVANA, BEYROUTH, NOUMÉA : FIFTIES, SIXTIES, SEVENTIES

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Il n’a pas eu le retentissement et l’hommage des critiques et de la profession qu’ont eus Out of Africa ou Les trois jours du Condor et tant d’autres films de Sydney Pollack, pourtant j’ai adoré Havana, qu’Arte nous a diffusé cette semaine.
 
Pas d’esthétisme prétentieux, de thèses bien pensantes ni de contorsions intellos mais un film simple et fort, un travelling le long de l’Histoire, dérisoire, absurde, comme est toujours l’Histoire et d’une histoire d’amour absolue, passionnée, impossible et tragique, comme sont toutes les histoires d’amour absolu, entre un joueur de poker et une idéaliste révolutionnaire.
 
En plus de ce regard limpide et modeste sur le monde tel qu’il est, j’ai trouvé dans ce Cuba des années 50 les mêmes ingrédients et les mêmes parfums que dans le Liban des années 60 et que dans la Calédonie des années 70.
 
La Havane, Beyrouth et Nouméa de ces années-là, mêmes univers d’argent vite gagné coulant à flots, issu du sucre, du nickel, du commerce, des banques, de capitaux qui vont et viennent, de trafics, de corruption, de dictateurs et de dictatures, de cercles de jeux, de fêtes, de spectacles, d’alcool, de grosses voitures, de fascination des USA, d’insouciance naïve, d’amoralisme innocent, d’étalage et de parade, de vie facile, de mœurs légères, de stars allant se produire dans les Caraïbes, au Levant et en Océanie, de clients fortunés allant s’encanailler au soleil, d’exhibitions obscènes aux yeux des plus démunis, de plus en plus unis, provoqués, frustrés, révoltés.
 
Mêmes univers de rébellion, de montée des antagonismes et de regroupement inexorables de ces populations déshéritées, de ces villageois castristes constituées en armée révolutionnaire à Cuba, de ces musulmans pro-palestiniens organisés en milices arabes au Liban, de ces indépendantistes menant guerre civile et guérilla de plus en plus invasive en Nouvelle-Calédonie, avant la chute des anciens maîtres, avant la répression et les vendettas, avant de livrer et prostituer la révolution et la libération à d’autres maîtres, d’autres dictateurs : une URSS à Cuba, une OLP terroriste et déjà islamiste et une Syrie à Beyrouth, une Chine en Kanaky…
 
Sydney Pollack, pas plus que son héros gambler incarné par Robert Redford, pas plus que moi, ne portons de jugement en faveur ou en défaveur de la révolution castriste ou de l’univers cubain en fin de règne doré qui s’acheva le 31 décembre 1958 à La Havane. C’est comme ça, c’est arrivé, juste regarder l’horizon et les choses de loin, au bord de la mer, comme le personnage de Pollack, Jack Weil, reparti seul à Miami, attendant quelque chose, peut-être, sans savoir trop quoi.
 
Les cinquante ans de solitude congelée de Cuba sous les Castro furent-elles meilleures que les délires festifs du régime de Batista dont s’enivraient Hemingway et les joueurs de rumba, de salsa ou de mambo ? Le matérialisme inculte du business calédonien vaut-il davantage que le panthéisme figé, tyrannique et machiste de la tradition mélanésienne ? C’est comme ça, ça arrivera, juste regarder l’horizon et les choses de loin, au bord de la mer, en attendant quelque chose, peut-être, sans savoir trop quoi.