REGARDS SUR UN PAYS-HISTOIRE (2010)

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Nous bénéficions ici, et c’est au moins ça, d’une situation sociologique et politique exceptionnellement et historiquement riche et passionnante.

Dans tout autre pays occidentalisé et démocratique on aurait une pléiade de discours journalistiques et scientifiques, d’observations objectives, d’analyses distanciées, d’extrapolations et de prévisions, visant la lucidité et le constat.
 Or, en guise de publications, d’observateurs, d’analystes et de prévisionnistes, nous n’avons, encore une fois, qu’une juxtaposition et un empilement d’affirmations péremptoires, myopes et nombrilistes sur le mode « C’est nous les meilleurs ! », « C’est eux les traitres ! », « C’est nous le sens de l’Histoire », « C’est eux les poubelles de l’Histoire », « De toute façon, c’est fait , c’est plié, c’est acté, c’est signé, c’est en route, rompez ! », « C’est eux les fachos ! ». Réflexions médiatiques fast-food, plus ou moins arrangées et assaisonnées à l’incontournable sauce barbecue industrielle du « destin-commun », destin spalmodié comm’un … seul homme, et saupoudrées de la bien-pensance zaccordiste, le prêt-à-penser partagé, le bien dire ensemble, La Bonne Pensée pour les nuls.

Même les quelques articles un peu intellectuellement audacieux, même les éditoriaux d’un peu plus de hauteur, même les expressions électroniques citoyennes un peu plus libres, n’échappent pas aux contraintes partisanes infantilisantes et menaçantes et, pour violentes qu’elles puissant paraître, elles ne font finalement que répéter prudemment les catéchismes convenus des clans partisans, ne touchant pas, ne soulevant pas, ne creusant pas les blocs calcifiés et sacralisés issus du non-dit, de la fausseté et du mensonge zaccordistes : telle la légitimité supérieure du peuple premier, telles la validité et l’intangibilité d’accords arrachés sous la menace et par le sang, telle l’absence de réels idéaux au sein de cette toute petite population, tels les violents antagonismes animant les fractions bien étanches, voire les factions, de ce petit peuple, tels les conséquences concrètes et inéluctables, à très court terme, du largage du pays par la puissance souveraine, tels les réelles stratégies des authentiques et discrets acteurs économiques et politiques du jeu d’échec calédonien, telles les manipulations éhontées d’un électorat captif, pressuré et clientélisé, telle une corruption qui n’a rien à envier aux républiques bananières de la zone et dont les magouilles à la défisc ne sont que la partie émergée de l’iceberg pourri, telles les vraies carences et la criante pauvreté culturelle, économique et technologique du pays, que les piscines, les bagnoles et les indigentes manifestations et productions artistiques ne suffisent pas à masquer.

L’État? L’État dit tout et son contraire, et dit amen à tous et aux adversaires de tous.

Mais merde ! n’y a-t-il pas des hommes dans l’avion ?! N’y a-t-il pas des cerveaux et du libre-arbitre dans le bateau, où nous sommes tous embarqués ?! Pour voir et dire autre chose que du bien-pensant politiquement correct prédécoupé et à détacher selon les pointillés ! N’y a-t-il rien d’autres à penser et à dire que la défense et illustration de ces multiples clans débiles, ces cul-cul klans…  Ces kanakystes qui disent « Kanaky ! » Ces caldoniens qui disent « Caldonie ! ». Ces zoreilles qui disent « Nous en France… ! ». Ces autres qui disent « C’est comme ça ! ». Ces gomézistes qui disent « Gomézie ! ». Ces frogiéristes qui disent « Frogiérie ! ». Ces Palika qui disent « Pas niquer nous ! ». Ces UC qui disent « UC’est fort ! ».  Ces PT qui disent rien mais savent tout.

Et après ? Et après ?!!! Ils ont tous raison, tous ! à leur niveau, dans leur peau. Mais faut aussi regarder autrement ! Intelligemment, librement, en s’approchant, en s’écartant, en tournant autour d’eux. Faut imaginer, faut se mettre dans leurs peaux, dans leurs logiques. Faut anticiper leurs réactions, leurs interactions, leurs attentes, leurs espoirs, leurs haines, leurs illusions, leurs plans, leurs rapports de force, leurs coups de force !

Non… rien… ou presque rien. Que de l’affirmation ou de la dénonciation partisanes et claniques, des juristes affidés, des journalistes encartés, des blogueurs achetés, des sociologues « adoptés », des philosophes autoproclamés, des historiens encarriérisés, des artistes et des écrivains subventionnés.

Pas un historien digne de ce nom pour décrire l’ancestral rapport à la violence des canaques et leur gestion du conflit par l’utilisation fine mais toujours provisoire du « tampon tiers » entre les deux belligérants, tampons importés et exploités de tout temps pour modérer les massacres, bloquer l’impérialisme et éviter les génocides : clans importés à Unia, polynésiens tampons aux Loyauté, religion catholique et protestante instrumentalisée au Nord…

C’est sans doute politiquement incorrect.

Pas un sociologue digne de ce nom pour décrire les délicates subtilités de l’âme calédonienne, les diverses sensibilités des composantes de cette population co-héritières du bagne et de la colonisation, leurs relations internes et leurs rapports avec les mélanésiens, avec la métropole et avec les métropolitains, leur mentalité complexe et complexée.

C’est sans doute politiquement incorrect.

Pas un psychologue digne de ce nom pour présenter l’esprit d’un peuple, partagé entre un visage de façade soumis et discipliné et un cœur rebelle, hostile et tacticien, attendant l’occasion du bon coup, mené à l’insu des autorités craintes mais mal supportées ou honnies, comme toujours dans les milieux fermés.

C’est sans doute politiquement incorrect.

Pas un politologue pour rendre compte des choix, des doubles langages, des stratégies, des revirements apparents ou réels des partis et des leaders et pour traduire les évolutions des électorats.

C’est sans doute politiquement incorrect.

Pas un économiste pour dire où est réellement l’argent en Nouvelle-Calédonie, d’où il vient, où il va, où il apparaît, où il disparaît, qu’est-ce qu’il achète, qu’est-ce qu’il construit, qu’est-ce qu’il démolit.

C’est sans doute politiquement incorrect.

Non… Le pays est vide. Intellectuellement vide. Nickellement plein. La garniérite tient lieu de matière grise.
 Albert Londres, Pulitzer… où êtes-vous ?! Ils sont devenus cons.

Les spécialistes, les professeurs et les chercheurs ont pourtant la chance de pouvoir travailler ici en direct sur du vivant et de l’actuel et non sur des archives et des cadavres ! Les jeunes ont pourtant l’opportunité de pouvoir appréhender et toucher du doigt ici en direct l’ambition, l’insurrection, l’agression, la traîtrise, la collaboration, la corruption, l’opportunisme, la démission, la reddition, la peur, la lâcheté, l’intimidation, les menaces, la propagande, l’intoxication… autrement que dans des livres d’histoire ou qu’au cinéma !

La Calédonie est un musée vivant, un laboratoire ouvert ! Profitons-en ! Non ?

2010

AUX HOMMES DE BONNE VOLONTÉ (2010)

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« Être un homme, c’est bien. Mais il y a encore mieux : être humain. »
Jules Romains

Ce qui est désolant dans cette fausse « Terre-de-Paroles-Terre-de-Partage » qu’on veut nous imposer, c’est qu’entre les deux cent cinquante mille habitants de cette terre, il y a vraiment du partage libre et il y a vraiment de la parole spontanée mais que quelques dizaines, à peine quelques centaines, d’ahuris et de tordus font tout pour dénaturer, dévoyer et exploiter cette parole et ce partage, pour les enfermer dans des structures et des schémas collectifs et communautaires artificiels, hypocrites et faux à leur profit privé et pour leurs intérêts de pouvoir et d’argent.

Qui n’a pas été enchanté au moins une fois par une rencontre impromptue et par un échange libre et confiant, au détour d’une situation imprévue, d’une invitation, d’une fête, d’un travail, avec un « autre », si lointain par l’Histoire, si proche par l’humanité. Là est la sincérité, là est l’émerveillement, là est le bonheur. Pas dans les cérémonies préfabriquées, pas dans les palabres convenus et obligés et les levers de drapeaux dictés.

Les hommes parlent aux hommes dans cette terre, les hommes partagent avec les hommes, quotidiennement, pas les groupes, pas les communautés, pas les clans. Mais les groupes et les clans sont bien plus faciles à manœuvrer que les hommes et les ahuris et les tordus s’acharnent donc à enfermer les hommes dans des clans, dans des partis, dans des cultures, dans des coutumes, dans des Histoires.

L’homme a toujours été plus dur à gérer que les masses par les despotes…

Foin du discours victimaires des descendants de déportés et de colonisés, foin des postures collectives d’assiégés des « autres » ! Les filles et les garçons se mêlent et se sont toujours mêlés sur cette terre. Des hommes arrivent, des hommes partent, et sont toujours arrivés et sont toujours partis. Le pays inspire et respire comme tous les pays et mourra s’il cesse de le faire.

Ce qui est désolant dans cette « Terre-de-Paroles-Terre-de-Partage » c’est qu’entre ces deux cent cinquante mille habitants il y a vraiment du partage inter-individuel et il y a vraiment de la parole inter-personnelle mais que les despotes, les partis, les partisans et les meneurs de bandes veulent le formater, l’assécher, le scléroser et le capturer au profit d’un cloisonnement du peuple et de l’aisance à le manipuler ainsi communautarisé.

Qui a pratiqué cet odieux électoralisme communautaire depuis des décennies ? Tous ! Tous les partis. Tous sans exception, au mépris des valeurs les plus élémentaires de l’humanisme. Tous ! Tous les leaders, tous les chefs, pour assurer leur leaderchip et leur chefferie.

Et pourtant les hommes, les individus, en cachette de leurs caïds, se parlent et partagent dans cette terre, depuis toujours, et ils pourraient le faire pour longtemps encore, « pour des millions d’années » comme disait ce cher Nino, « et toujours en été »…

Je lève mon verre dominical aux hommes de cette terre, aux individus et aux personnes, à leurs libres paroles et à leurs libres partages, si éloignés du catéchisme des faux pasteurs.

Puissent-ils se comporter en hommes et non en troupeaux obligés de ces mauvais bergers qui ne songent qu’à les tondre et à les consommer.

2010

RELIGION, ART ET POLITIQUE : LIAISONS DANGEREUSES (2013)

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Religion et politique ont toujours entretenu des liaisons dangereuses. Guerres, massacres, dictatures, censures sont inévitablement à la clé d’un tel mariage contre nature. La France a mis trois siècles pour gagner la laïcité et pour se libérer des chapes de plomb de l’hypocrisie et des morales superficielles, insincères et opportunistes de la religion d’état. Quelle mouche a piqué Faberon de nous resservir le couvert et les plats périmés de ces temps obscurs ?! Son étrange colloque sur « religion et société » injurie la religion et à la société, essayant de nous refourguer Dieu dans un monde libre et laïque qui a délivré la cité et la politique du fanatisme et des intolérances et qui a replacé le sacré à sa juste place dans le cœur de chacun. Pourquoi organiser ce séminaire et ces pince-fesses où évêques, généraux, pasteurs et élus se congratulent et se gobergent ? Pour que l’Église évangélique, les églises, décident pour nous, à la place des citoyens, à la place des électeurs, à la place de la démocratie, de nommer notre pays « Kanaky-Nouvelle-Calédonie » ?! Belle avancée ! Pour que Frogier et Wamytan retournent se ridiculiser devant le Pape ? Pour qu’ils caricaturent et ridiculisent à nouveau notre pays ? Quelle honte !

 Religion et politique

 Le religion et la question du sacré, de Dieu, de l’Homme, de la vie, de la mort sont du domaine du personnel, de l’intime, du profond, du mystérieux, de l’absolu, de l’infini, du tragique, du magnifique. C’est une insulte à la religion, qu’on croie ou qu’on ne croie pas, de la mêler à la politique, de la mettre au service de la politique et du pouvoir. La politique et la démocratie sont de l’ordre du collectif, du rationnel, de l’objectif, du relatif, de « l’autre ». C’est une insulte à la démocratie de la mêler au religieux et de mettre la politique au service de la religion. La recherche de bénédiction de la stratégie politique UC-RUMP par le Pape fut grotesque et insupportable. La dénomination « Église évangélique de Kanaky-Nouvelle-Calédonie » alors que le terme « Kanaky » n’est qu’un slogan politique, et qui plus est un slogan d’exclusion, est encore plus odieuse, prémices évident d’une possible « religion d’état ».

Art et politique

Art et politique ont eu également des relations malsaines et déplacées, surtout au cours du siècle passé, les artistes mettant souvent leur art au service du politique et le soumettant même aux pires dictatures. L’art comme le sacré ne sauraient être réduits au rôle utilitaire d’illustration et de faire valoir du pouvoir ou d’une quelconque idéologie. Par le biais des subventions, des commandes, des distinctions honorifiques et des cooptations gratifiantes, l’art s’est aussi mis aux ordres du politique en Nouvelle-Calédonie. Et plus particulièrement la littérature, en raison de la forme explicite de son expression. Une « littérature d’état » et un « art d’état » sont apparus, bien qu’assez tardivement, en Nouvelle-Calédonie, peu après les « événements », et comme pour la religion, à partir des années 80 et 90, l’art a été pénétré et imprégné par l’idéologie, les personnalités et les faits politiques. Le « destin commun », leitmotiv politique des Accords, se devait et se doit encore d’être omniprésent dans toutes les productions artistiques. Les œuvres trop « européennes » ou trop éloignées de cette thématique ne reçoivent pas, en quelque sorte, l’imprimatur, leurs auteurs étant poliment ignorés et discrètement rejetés du cercle des heureux bénéficiaires d’invitations à des salons littéraires, à des colloques, à des débats sur les ondes, à des expositions, à des voyages à Ouessant. Adieu billets d’avions, hôtels et restaurants pour les impudents insoumis n’ayant pas fait allégeance à la ligne politique artistique toutes les deux pages ou toutes les trois vignettes de BD. Un art partisan, un art politique, même un art engagé de rébellion, à fortiori un art engagé d’approbation, est évidemment une insulte à l’art. Ces foires à « l’écriture d’état », pour un art bien pensant et moralisant, donneur de leçons de société pour plateaux de télé, ces réunions instituées et subventionnées, sont une insulte à l’art. Répétitif, sclérosé, convenu, attendu, lassant, agaçant, mécanique, ridicule, froid, mou, fané… cet art est l’antithèse de la beauté, toujours libre, imprévue, insolente, inouïe, comme le surgissement d’une fleur.  Une politique d’image et de com, aux contours « prédécoupés à détacher selon les pointillés », en forme d’images d’Épinal ou de cartes postales sépia patriotiques est crûment une insulte au citoyen, à son intelligence démocratique et à la liberté de ses choix républicains.

Tu m’as ramené quoi de Fukushima ?!

Les limites de cette bien-pensance artistique et intellectuelle ont été atteintes lors du dernier Salon International du Livre Océanien. L’anecdote n’est certes pas tragique mais elle est cependant révélatrice de l’irresponsabilité que peut engendrer un art obéissant et conformiste. Apparemment les trois écrivains invités d’honneur japonais du SILO 2013 ont peu apprécié l’humour de la clownanalyse des Bataclowns chargés, moyennant voyage et finances, de tourner en dérision, après coup, les ateliers et discussions des participants du SILO. Après avoir écouté des échanges en atelier avec la participation des Japonais, les Bataclowns n’ont rien trouvé de mieux que d’imaginer la saynète suivante :

Un voyageur ayant fait du tourisme au Japon ramène un étrange souvenir à son copain :

– Tu m’as ramené quoi de Fukushima ?!

– Ça !!!

Et l’autre de sortir un crane de son sac de voyage…

Colossale finesse !… La chute du sketch ne fut pas du goût des trois ressortissants nippons, et on peut les comprendre, l’incident diplomatique a été frôlé, ambiance plombée, même si l’une des organisatrices, très allumée comme à son habitude, a trouvé cet humour « libre et décapant » ou quelque chose comme ça… Dur dur la littérature… Omerta sur l’incident, no comment général, expression verrouillée : bien pour un Salon de l’Écriture ! Que des intellectuels et artistes soient à ce point étrangers aux règles de l’hospitalité et au respect des souffrances engendrées par un tel drame laisse pantois. Pourtant les tics, les manies caricaturales, le nombrilisme, la fréquente autosatisfaction du milieu, l’entre-soi, la petite bulle pour happy few etc… fournissaient amplement matière à de sains jeux d’autodérision si l’on voulait vraiment donner dans le genre et faire de l’hygiénique clownanalyse, non ? Un tel humour sur les victimes de Maré ou d’Ouvéa aurait-il pu germer dans l’imagination de ces amuseurs ? Nos artistes ont beau ponctuer leurs textes d’ « Avenir Partagé » et « d’Identité » toutes les trois phrases, sous peine de ne pas obtenir l’agrément « écrivains calédoniens », il ne semble pas que nos invités japonais aient eu droit au même traitement, au même partage et à la même reconnaissance identitaire. L’humanisme et le respect du destin commun, tout religieux et artistique soient-ils, ne seraient-ils pas universels et seraient-ils limités à la barrière de récifs ?  Est-ce ainsi que les artistes vivent ? / Et leurs baisers au loin les suivent ? / ou pas ?…

Art, religion et politique, la totale

Mais le mélange des genres ne s’arrête pas là en Nouvelle-Calédonie ! Si les religions d’état et les artistes complaisants envers le pouvoir politique ne sont pas rares à travers les différents pays de la planète, notre archipel a accompli le tour de force de mêler étroitement art, religion et politique, les trois à la fois, dans un étrange retour vers la soupe sociale première de l’humanité initiale, où les peintures des chasseurs de Lascaux, à la fois conjuraient le mauvais sort, s’appropriaient magiquement la puissance et déterminaient des hiérarchies, où les masques, les formules, les atours et les sculptures conféraient à la fois l’esthétique, le mana, la magie et le pouvoir social. En effet, les « événements » et surtout « Ouvéa » ainsi que la suite rédemptrice de « la poignée de main » et des « Accords » ont pris figure de faits sacrés et leurs anniversaires se succèdent désormais selon un calendrier quasi liturgique qui se doit d’être commémoré religieusement par les artistes, les photographes, les réalisateurs, les cinéastes, les pasteurs, les politiques, les organisateurs d’événementiel en tous genres. L’immense toile étalée sur l’Hôtel de la Province Sud représentant Tjibaou et Lafleur pour les 25 ans de leur poignée de mains témoigne de ce culte et de la puissance conférée à ceux qui le célèbrent.

Un destin vraiment commun

Art et religion ne sont pas les lieux d’un destin commun politique mais bien au contraire ceux d’une aventure solitaire, intérieure et libératrice. Une religion d’état ou même un athéisme d’état n’ont pas lieu d’être et sont aux antipodes du libre engagement individuel religieux, athée ou agnostique, ce n’est que de l’asservissement. Un art d’état, de propagande et partisan est l’opposé de l’art et du beau, ce n’est que de la laideur. Un système où le politique noyaute à la fois l’art et le religieux est un système totalitaire. Il est pourtant des lieux où le partage, l’échange, la solidarité collective, la démocratie partagée, la politique orchestrée et le destin commun ont toute leur place : c’est la cité, le travail, l’école et l’hôpital, un destin vraiment commun celui-là, cet hôpital où, face aux souffrances, aux chagrins, aux peurs et aux angoisses, le destin commun n’est pas, n’est plus un calcul et une posture mais une évidence toute simple, simplement humaine, sereine, souriante, et si réconfortante, sans art, sans artifice et sans catéchisme.

 2013