DES TORCHONS ET DES SERVIETTES…

TS

Comparer les résultats des législatives 2012 et les chiffres des municipales de 2014 en Nouvelle-Calédonie serait selon certains « mélanger les torchons et les serviettes »…

Certaines élections seraient donc davantage « torchon » et souillonnes que d’autres ?

Il n’empêche, nous allons regarder et mettre en miroir les données des dernières législatives et des récentes municipales à Nouméa et dans les 3 communes de la banlieue de la capitale de NC, au premier tour dans les deux cas, lieux et manche électorale étant politiquement signifiants :

– législatives 2012 Nouméa 1er tour : Yanno  = 10 162 voix ; Lagarde = 8797 voix.

– municipales 2014 Nouméa 1er tour : Yanno = 11 877 voix : Lagarde = 12 431 voix

=> Yanno est en tête aux législatives. Les deux candidats progressent aux municipales mais Lagarde beaucoup plus (4000 voix) et elle prend la tête devant Yanno aux municipales dès le premier tour.

– législatives 2012 Dumbéa+Païta+Mont-Dore 1er tour : Gay (candidature Rassemblement)  = 5928 voix ; Gomès (CE) = 8896 voix.

– municipales 2014 Dumbéa+Païta+Mont-Dore 1er tour : candidats R-FPU  = 11 175 voix ; candidats CE = 8194 voix.

=> Gomès (CE) est très largement en tête aux législatives et Gay est éliminé dès le premier tour. Le Rassemblement-FPU progresse de façon spectaculaire aux municipales.  La somme des résultats des candidats CE régresse fortement pour ces municipales (700 voix).

1) Pourquoi la candidate CE progresse-t-elle entre les législatives et les municipales à Nouméa alors que le total des candidatures CE est en net retrait entre ces deux consultations dans les 3 communes de l’agglo ?

2) Poser cette question est-il aussi sale qu’un torchon ?

POUR UNE SOCIAL-DÉMOCRATIE LIBÉRALE EN CALÉDONIE AUSSI

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Il faut féliciter François Hollande pour son coming out de janvier dernier, pour son choix désormais explicitement reconnu pour la social-démocratie et pour le choix de son premier ministe Manuel Valls très social-libéral. Il faut se réjouir de cette affirmation claire de leur adhésion à la social-démocratie, mot si fréquemment et si profondément honni par les momies de la gauche française. Cela fait quarante ans qu’on attend une gauche social-démocrate en France. Les socialo-écolo-syndicalo-communistes, bien plus conservateurs et rétrogrades que progressistes, tels ceux de notre parti travailliste local, ont toujours rejeté les Rocard et ce modèle politique social-démocrate adopté depuis si longtemps par les pays du nord de l’Europe et en particulier par la Scandinavie. Ce refus du réformisme par une certaine gauche repliée et rancie a validé et justifié stupidement les politiques et les leaders de droite encore plus réactionnaires et plus nuls qui se sont succédés depuis Pompidou : Giscard, Chirac, Sarko.

En Nouvelle-Calédonie, au pays de la peur panique de la gauche et au royaume du cargo cult de l’éternel retour de la droite ‘ »Nicolas reviens ! »), adulation aveugle des Chirac et autres Sarko à la clé, il faudrait quand même un jour que le peuple comprenne que les gouvernements centraux de droite que Lafleur et ses divers avatars lui ont toujours ordonné d’adorer, sous peine d’être accusé de souhaiter et de favoriser le déluge et la fin du monde, pire, l’indépendance, se moquaient gravement de la Calédonie et des Calédoniens et ne servaient que les intérêts du capital et des capitalistes de l’île, comme les récentes manœuvres secrètes autour des ressources minières de Pernod et Prony l’attestent encore ces jours-ci.

Sous la houlette de ces mauvais bergers, à coups de chantage à la peur, de carotte et de bâton, des générations de petits calédoniens ont défendu les gros, leurs riches mineurs, leurs gros exportateurs et tous leurs exploiteurs, comme les Chouans, paysans et gueux exploités, ont défendu leurs arrogants seigneurs pendant la Révolution française, comme les domestiques des châteaux prenaient souvent le parti de leurs maîtres en face des mendiants, des prolétaires, des ouvriers, certains calédoniens se sentant même coupables à l’idée d’attaquer ceux qui les avaient sciemment empoisonnés à l’amiante pendant des années en douce mais dont ils estimaient qu’ils leur devaient une reconnaissance éternelle pour leur avoir fait le cadeau inouï de leurs salaires mensuels, miettes des milliards de dividendes versés aux actionnaires. Forme sociale du syndrome de Stockholm.

Il faudrait aussi que le Centre et les progressistes représentés par Borloo et Bayrou,  arrêtent de servir les plats à la droite la plus bête et bétail du monde et soutiennent la démarche de Hollande pour former à terme une réelle et large social-démocratie en France, c’est à dire un moderne parti travailliste ou « démocrate », à l’anglo-saxonne, en face d’un parti de droite moins réactif, parti conservateur, ou « républicain », à l’américaine également. Cette évolution est souhaitable, pour sortir de l’antique lutte des classes, pour libérer la gauche progressiste et constructive des utopies de l’extrême gauche et des écolos, pour instaurer enfin des alternances pacifiées qui ne soient pas systématiquement des coups de balanciers brutaux et destructeurs.

Enfin, il faudrait que la social-démocratie trouve aussi sa place et s’installe en Nouvelle-Calédonie, pour contrer utilement le libéral-fascisme ou colonial-lafleurisme qui la tient depuis des décennies et pour permettre le remplacement de l’opposition sans issue entre un indépendantisme révolutionnaire périmé et un loyalisme servile qui n’est en fait qu’une défense anachronique du colonialisme et des colons, G5 et G6 bien sûr… Pionniers exploiteurs étrangement et commodément gratifiés aussi du titre de « victimes de l’Histoire », maîtres et esclaves confondus. La maturité politique du pays sera atteinte quand la politique classique remplacera définitivement les luttes sociétales et un communautarisme qui frise parfois l’apartheid et quand la dualité pro-France / anti-France laissera place à un parlementarisme mâture et à la complémentarité d’un parti conservateur et libéral pluriethnique, favorable aux déréglementations et à la libre entreprise  et d’un parti social-démocrate non moins pluriethnique, administrant davantage l’économie et gérant les flux d’argent anarchiques en Nouvelle-Calédonie, pour assurer davantage de justice sociale par un contrôle de la sortie des capitaux et par une imposition sur la fortune et les plus-values, entre autres interventions.

Certains leaders ont tristement manqué leur rendez-vous avec leur peuple et leur temps : Boulanger, Mendès France, Chaban, Barre, Rocard, Delors… et plus près de nous Lenormand, Leroux… D’autres, moins nombreux, ont été présents et à l’heure : Clémenceau, De Gaulle… La social-démocratie, courageusement assumée et portée, peut sortir la France et la Nouvelle-Calédonie des guerres civiles larvées où elles s’enlisent depuis des lustres. Plus ou moins tous cachés et servilement soumis derrière des leaders irascibles et jaloux, interdits de réflexion et de libre pensée, militants, partis et population sont lamentablement réduits aux rôles de perroquets injurieux, de mercenaires  à la solde et de pom-pom girls enamourées. Le peuple calédonien, après tant de subordination et de docilité, mérite mieux que ça !

Qui incarnera la nouvelle France et la nouvelle Calédonie de demain ? La politique est souvent la grande arène des petites stratégies et des petites bassesses mais elle est aussi parfois le petit espace des grandes vertus et des grandes actions et c’est ce qui sauve son honneur et celui de quelques-uns de ses acteurs au regard de l’Histoire.