CHARIA DU PEUPLE KANAK ou LA DERNIÈRE GRANDE PEUR

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Il y a encore peu de temps, les Calédoniens avaient peur de pas mal de choses. Ils avaient peur de l’indépendance, ils avaient peur de Lafleur, ils avaient peur de Paris, ils avaient peur des socialistes, ils avaient peur d’eux-mêmes. On râlait en silence, on chuchotait, on se taisait quand quelqu’un arrivait…

Aujourd’hui toutes ces peurs ont pratiquement complètement disparu. Les Calédoniens ont pris confiance, sont davantage sûr d’eux. L’indépendance ? Bah !… Lafleur ? ça c’est réglé. Paris ? On s’en fout de Paris ! Les socialistes ? Mais nous aussi on veut du social ! Nous ? Bah nous c’est bon, nous on est d’ici !

Y’a plus qu’une chose où il faut faire attention, pas rien dire, pas critiquer, laisser faire, faire comme si, parce qu’on rigole pas avec ça, faire avec, parce que c’est comme ça, râler en silence, chuchoter, se taire quand quelqu’un arrive. Et cette chose c’est quoi ? Pas que le ciel leur tombe sur la tête, non. Le dernier truc qui leur fait peur aux Calédoniens, c’est la Coutume. Faut faire gaffe. Fêtes, courses, meetings, inaugurations, installations, excursions, raids, concerts, visites, missions, départs, arrivées etc… etc… Rien ne doit se faire sans un coup de coutume, de recueillement religieux, de sentences.

Et ce ne sont pas des Kanak qui la mettent ainsi à toutes les sauces ! Ils ont eu l’extraordinaire habileté de faire pratiquer leur coutume par des non kanak qui n’y croient pas ! Très fort ! Un peu comme si des cathos se mettaient à se s’agenouiller 5 fois par jour et à voiler leur femme sans qu’on leur demande, sans qu’ils croient au prophète, juste parce qu’il y aurait 2 marocains et 3 tunisiens dans leur quartier.

Et pourquoi des organisateurs d’événement ou des hommes politiques sortent-ils le manou, le tabac, le billet et le palabre ainsi à tout bout de champ ?! La peur, la trouille, la frousse, c’est tout. L’angoisse que si ils ne collaborent pas, il va leur arriver quelque chose, ils vont être catalogués, étiquetés, rejetés. La peur de passer pour des méchants, des mauvais, des pas comme il faut, des infidèles, des hérétiques, des apostats.

Et pourtant, si l’on se donne un peu la peine d’observer et de lire cette Coutume qu’on veut prescrire à tous, qui pérennise le statut inférieur de la femme, qui affirme l’insignifiance de l’individu, qui décrète l’inexistence de la personne hors du collectif, qui marginalise tout ce qui n’est pas Kanak, tous ceux qui ne sont pas Kanak, qui veut imposer cette Charia comme fondement sacralisé, donc indiscutable, pour les futures constitutions, législations, institutions d’un pays qui ne peut être que Kanaky, et bien oui certes ça fait peur, mais non il ne faut pas succomber à cette peur, ni fermer les yeux, ni tourner la tête, ni la mettre dans un trou du sol comme les autruches.

Dans un contexte politique, social et économique souvent médiocre et dérisoire, le vrai problème n’est pas dans cette médiocrité, le vrai problème c’est ce fondamentalisme qui se dévoile et s’avance, et il faut regarder en face et contrer cette menace de mise à mort de notre laïcité, de notre liberté, de nos valeurs humanistes, de nos droits de la femme et de l’homme, de notre démocratie. Relevons la tête, n’ayons pas peur de cette coutume qui n’est pas la nôtre.