INDEPENDENCE DAYS DIARY AOÛT 2017

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Vendredi 28 juillet 2017
(Independence Days Diary)

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La douceur des fins d’après-midi à Nouméa, le bonheur lent et vacant des fins de semaine, l’humeur sereine des marcheurs et des vendeurs, l’heure de complicité des fumeurs et des flâneurs, la tiédeur dorée des derniers rayons si bienfaisants en ces fraiches journées d’hiver austral où l’eau est aussi froide à six heures sous la main et la nuit aussi noire au jardin que lors des lointains réveils d’enfant de décembre et des départ d’autrefois pour l’école aux matins européens.

Pentecost, la librairie rue de l’Alma était pleine. Liquidation pour restauration des locaux, ont-ils dit. Par temps de solde de surcroît, on pouvait croire au miracle. Ambiance de déménagement, de salle des ventes, de location à rendre à la fin des vacances. Les employés au sourire figé flottent dans le désœuvrement et l’inquiétude. Réouverture ou future usine à malbouffe ? Le monopole du livre et de la papèterie est bouclé et parfait. À quoi bon ce vieux local ? Les livres naguère hautains et droits étaient en tas, à plat, dans des poses humiliantes, déjà un peu sales et fanés, comme des chiens sur le dos, des chats négligés. Mais leurs étiquettes, jaune citron pour la circonstance, n’avaient toutefois rien perdu de leur arrogance. Les prix triplés d’ordinaire par rapport aux tarifs imprimés au dos des ouvrages se contentaient d’un petit doublement en ces jours de générosité culturelle. Mais juste pour les titres sans intérêt, l’équivalent des textiles médiocres et laids et des autres camelotes invendables qu’on solde toujours uniquement et que soldaient au même les commerçants des autres rues du centre ville.

Parmi les éditions récentes et les auteurs motivants j’ai repéré mon bonheur. 30% m’a souri une des dames. 30% de 18 euros ? lui ai-je répondu en montrant le dos imprimé. Non 30% du prix magasin, a-t-elle un peu moins souri. Elle est revenue avec un sticker sur le livre où j’ai pu lire une soustraction qui passait de 3800 francs à je ne sais plus combien. Elle a essayé étrangement de forcer l’entrée du livre dans mes mains, que j’ai reculées et fermées. – Vous allez réfléchir ? – Oui… Et je me suis retenu à temps d’avouer que je chercherais le titre le soir même sur Ibooks. Parfois, je ne me retiens pas, exprès ou pas.

J’ai quand même acheté le journal et en sortant je me suis arrêté dans l’entrée près du présentoir où s’offraient des calendriers 2018, grand et petit formats, dans une épaisseur de plus de cinquante centimètres. Une petite bande de ces jeunes un peu hirsutes ou encapuchonnés qui arpentent la ville les mercredis et vendredis après-midi m’a regardé prendre sept ou huit grands cartons et une poignée de petits. – On peut prendre ? Ouiii, ai-je répondu, un peu dans l’aigü et le joyeux. – Beaucoup ? Ouiiiiii, ai-je poursuivi tout sourire en doublant la hauteur de la note. – Tout ? Mon cri de oui a atteint alors la stridence des « koutchiiiiii ! » de guerre. Ils ont du comprendre.

Je suis ensuite parti sans me retourner et en ignorant à tout jamais si les enfants du pays avaient vraiment tout pris, l’importance de l’année 2018 pouvant justifier cette appétence de son calendrier. J’ai remonté la rue, obliqué vers la place des cocotiers, entrepris l’ascension vers le boulevard Vauban et le temple puis escaladé le petit chemin et l’escalier qui mène en raccourci au parking de la FOL. La foule exubérante des lâchers d’école était là comme d’habitude mais je n’ai eu droit à aucun de ces barrages ni à aucun de ces hurlements auxquels sont régulièrement soumis les usagers de ce raccourci pour piétons sportifs et audacieux en ces lieux de non-droit abandonnés et dévastés. Sourires et bonjours multiples ont été au contraire au diapason de cette paisible fin de journée. Bonne fortune qui s’est prolongée dans les retrouvailles avec ma voiture indemne de rayures, de chocs et de vitres brisées. Pression d’une surveillance ou d’un passage des forces de l’ordre ? Que nenni ! La police était dans l’absence et l’indifférence chronique comme d’habitude. En entamant ma route vers la vallée des colons et le grand sud, avec cette ferveur qui accompagne toujours cette fuite de la ville comme elle accompagnait ma fuite de Paris dès le tunnel de Saint-Cloud et la forêt de Saint-Germain, j’ai donc attribué cette chance et ces instants de concorde à la magie des calendriers et à un effet 2018 anticipé, sans en tirer au demeurant de conclusions et de prévisions hâtives.

Profondeurs et puissances des verts sertis du noir des premières ombres et de l’or des dernières taches de soleil dans les arabesques végétales en franchissant mon allée et mes arbres. Je ne me lasserai jamais des concerts d’émeraude au levant et au couchant. Ni l’été blanc, ni les chaleurs transparentes, ni le midi ni la journée brûlants, ni la mer rougie de soleil, je ne veux que les fraîches cascades de jade de la vie de mon jardin.

J’ai cherché mon auteur sur Ibooks, il y était publié, 12 €, excellent texte, une belle fin de journée !

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Samedi 29 juillet 2017
(Independence Days Diary)

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Belle journée d’hiver, soleil franc et de bonne volonté, même si les pulls sont restés de rigueur, même si je n’ai pas compris pourquoi c’était sombre et couvert à midi chez moi et clair et rayonnant cinq minutes plus tard chez les amis à l’autre bout du village.

Avant de partir j’ai avalé goulument les deux parties de l’excellent film consacré à l’Indonésie sur Arté, sans complaisance ni partialité. Retour sur les années de tous les dangers, depuis les Hollandais à aujourd’hui en passant par Sukarno, les massacres du PKI de 65, Suharto et nos aventures des années 80 à Jalan jaksa, Bandung, Jogja et Kuta… Un pays puissant, fascinant, sans pitié pour les mélanésiens de Florès à l’Irian Jaya, que nos poètes du RIN rêvent en peuple de 263 millions de frères unis avec les javanais.

Une invitation pour des adieux. Beaucoup de monde, beaucoup d’enfants, beaucoup de cuisines, du bami, du bougna, de la salade tahitienne, comme toujours. Le plaisir de revoir des amis plus vus depuis des mois, des années, leurs enfants, leurs petits-enfants, ceux qui sont malades ceux qui sont guéris, ceux qui sont séparés, ceux qui sont remis, ceux qui ne changent pas. – Alors c’est bon la retraite ? Tu t’embêtes ? – Et toi c’est pour quand ? – Tu as pensé quoi de la ministre ? – Tu as entendu ce qu’ils ont dit à la mairie ?! – Toi qui travailles à Valé, qu’est que vous en dites ?

La ministre des colonies, ou des ex colonies, a prolongé son séjour, pour recevoir des jeunes, et pour aller au marché. À l’Est rien de nouveau, sinon que la gentille jeune femme a acheté cinq fruits et légumes à Nouméa avec son petit porte-monnaie, c’est inédit, temps le plus fort du séjour, qu’elle va les ramener à Paris et qu’au prix du voyage ministériel ils coûteront quand même cher au contribuable.

Le gars de Valé, placide et costaud, affirmait tranquillement que les menaces des Brésiliens n’étaient qu’un gros coup de cinéma pour faire peur et pour serrer les personnels et les dépenses. Il a parlé de cobalt et de gros bénéfices mais je n’ai pas tout compris à cause du Bob Marley qui chantait trop fort, du cognac et des rires stridents et nerveux de ma voisine qui trouvait la conversation trop morose à son goût et qui la fit bifurquer vers des blagues où timide rimait avec humide, comme toujours.

Thierry Santa s’est fendu hier d’un petit coup de Facebook pour exprimer sa « vive indignation » dix jours après les cris des loups qui sont entrés dans Nouméa le 19 et qui ont hurlé que les délinquants et les criminels emmerdaient et continueraient à emmerder les Calédoniens et que les non inscrits empêchés de voter au référendum pourraient logiquement viser et tuer les assesseurs. Une vive indignation tardive et bien molle qui aura pris tout son temps pour parcourir le système nerveux de Santa à la manière des lentes réactions des grands dinosaures, mais qui tranche tout de même sur le néant absolu et sidéral de réponses chez les autres élus, qu’ils soient indépendantistes de gouvernement ou étiquetés loyalistes, comme toujours…

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IL S’APPELAIT ABEL
(Caledonia stories)

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Il s’appelait Abel. C’était là-haut, tout au nord. Je viens de tomber sur sa photo, une ancienne photo. Aujourd’hui il aurait… je ne sais pas. Il avait fait quatre maisons, je crois, au même endroit, une en terre ocre, sur un treillis de gaulettes, sur une butte au bout du jardin, déjà fatigués, elle et lui, quand je les ai connus, avec un sol battu recouvert de multiples nattes en paille. On disait “l’ancienne case”.

Une autre en terre grise, avec un sol cimenté, il me semble, bien droite, bien solide, à côté, qui a vieilli lentement pendant que la première fondaient doucement, comme du sucre candi, sous les pluies et les vents, révélant son squelette, mais encore digne, résistante, avant de pencher, et de tomber. Abel disait « la nouvelle maison ». Il en était fier. Il l’avait fabriquée seul aussi. On disait souvent « nouveau » ou « ancien » d’ailleurs là-bas, pour les choses, l’ancienne gendarmerie, le nouveau pont, l’ancienne route, l’ancienne école, la nouvelle chapelle…

Une troisième en tôle ondulée, propre, nette, coupante, brillante, avec une porte qui fermait à clé et des louves vitrées, qui « claquait » dans la verdure pendant que les vieilles cases s’affaissaient. Ce n’était pas lui qui l’avait faite, ou alors pas tout seul. Je crois qu’il n’y dormait pas. Il s’en méfiait peut-être. Je ne sais pas où il dormait.

La quatrième maison, la dernière, on la lui avait apportée et montée, comme un cadeau de Noël, comme une tente d’indien, comme un chalet suisse, comme un Lego, il ne l’avait pas demandée. Elle trônait plus haut, au-dessus des trois ainées. C’était au temps d’un programme provincial pour indigènes, en zone tribale, des modules distincts, séparés, mais reliés, en bois, impeccables, un pour vivre, un pour cuisiner, si on voulait cuisiner là, et plus au feu, sur les rails, sous le talus, un pour se laver, si on ne voulait plus se doucher au tuyau, derrière, là-bas, dans les bananiers. Il ne l’avait jamais demandée et on ne lui avait jamais demandé d’argent en échange, même pas un peu, contrairement aux autres. Il avait des pouvoirs, un don de guérison, il soignait, il arrangeait, on le craignait , on le remerciait, c’est peut-être pour ça…

Sa casquette soudée sur sa tête, en travers du visage, peut-être greffée, comme une extension magique ou monstrueuse de son corps, avec laquelle il serait né, on ne l’a jamais vu sans, il devait dormir avec. Je n’ai donc jamais su s’il avait un œil ou deux. Il ne parlait pas, il riait, de toute sa bouche édentée et de son œil de gentil cyclope malin, agitant la tête et la casquette avec un “Sacré toi !” ou un “Awaah !” caverneux. Il prenait les conserves, le riz, les piles, le vin et le tabac qu’on lui apportait par coutume, simplement, silencieusement, en inclinant la tête, et il les mettait vite dans la case en inox, ou en alu, qui fermait à clé, sans doute pour qu’on ne les lui demande pas.

Son ultime maison c’est une petite tombe en ciment peinte en blanc, que vous pouvez voir en passant, près de la chapelle et de l’ancienne école, au soleil, entre les réseaux d’herbe verte d’où s’échappe le sable clair qui affleure, au vent de la mer si proche et aux sons de la route si propre, qui était une vieille piste avant, de la même couleur que l’ancienne case d’Abel, dans le même ailleurs que cette vieille image d’Abel.

La nuit tombait, l’immense mur sombre de la montagne s’avançait, on faisait du feu, toujours à la place du feu, près du talus où on s’asseyait, sans trop parler, en mangeant, en buvant et en fumant, entre les cases et les maisons, en étant bien, en se sentant bien, juste comme ça, juste parce qu’il y avait les étoiles, les parfums, le feu et le bruit des vagues en bas, de l’autre côté de la route, sur le rivage de coraux brisés.

Au matin les crêtes de la montagne brillaient, des rochers étranges se dressaient dans le ciel, tout là-haut, se découpaient dans le bleu pur, au dessus du jardin, après les caféiers, quand on levait la tête. Et on se demandait ce qu’il y avait après les crêtes, derrière, de l’autre côté, et on se disait qu’un jour il faudrait y monter, même sans chemin. Abel, énigmatique et toujours avare de paroles, répondait qu’il y avait « l’ancienne tribu » derrière, après, là-haut, dans son français roulant qui reproduisait la musique irréelle de cette extraordinaire langue du nord qui était la sienne. Ce qui redoublait notre désir d’aller voir ce qu’il y avait là-bas, derrière la frontière du ciel, derrière l’interdit d’Abel, derrière l’horizon. Mais on ne le faisait jamais, sentant peut-être aussi dans le ton et l’œil d’Abel comme une sévère désapprobation voire même une condamnation anticipée du projet.

Un matin pourtant, lors d’un des derniers séjours que j’aie faits auprès de lui, chez lui, je suis parti, je suis monté vers le sommet, très tôt après le café et la première cigarette, sans prévenir, pendant qu’Abel bricolait, que les amis étaient à la mer, mettant la senne ou jetant l’épervier. J’ai longé les caféiers, traversé les champs et les sous-bois, attaqué la pente où le chemin s’estompait puis s’effaçait et j’ai gravi au hasard, zigzaguant, contournant les cailloux noirs comme tombés du ciel, les ravines et les fourrés, fixant obstinément la crête, me retournant à peine vers l’océan d’azur vertigineux, de plus en plus immense et envahissant.

Après un peu d’escalade dans les derniers mètres de rochers et d’éboulis qui me vaudront des risques sérieux à la descente et les regards lourds et les reproches inquiets d’Abel et de tous au retour, j’ai pu enfin me dresser comme le premier homme sur la ligne de crête imaginairement inviolée et tant convoitée et découvrir qu’après cette crête, finalement, venaient d’autres crêtes, d’autres vallées, d’autres ondulations, d’autres rondeurs, toutes semblables à la première crête, ni gouffre, ni tribu perdue, ni cité d’or, ni terre promise, ni révélation, ni spectacle renversant, inédit et indicible, juste le moutonnement et la répétition des montagnes à l’infini, comme moutonnent et se répètent à l’infini nos vies.

Abel avait raison, qui n’a jamais gâché les mystères et ne cherchait pas à voir et à savoir les choses au-dessus de ses maisons, de ses dons de guérison et du gazon vert de son petit cimetière au soleil clair devant la mer…

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Dimanche 30 juillet 2017
(Independence Days Diary)

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Dumbéa, la vieille route, c’est déjà la brousse, très vite, dès le col de Tonghoué, le charme d’autrefois, la Calédonie d’avant, tellement mieux que la champignonnière de lotissements et d’immeubles sans âme qui a poussé follement autour de la nouvelle route jusqu’au col de la Pirogue, en donnant un toit aux gens sans leur offrir leur maison. Koé, le Carigou, les crêtes sont hautes, le froid de la nuit est plus vif, le soleil de la journée est plus fort.

Ils sont venus si nombreux, par vagues successives, par processions solennelles. Un peu du temps des cathédrales avec ces cortèges d’animaux vivants en offrande, puissants porcs sur pied dans des cages médiévales à l’arrière des camionnettes. Un peu des temps bibliques avec cette disposition sans fin de présents dignes des rois mages, montagnes de couvertures respectueusement déposées, imposants ballots de tissus brodés soigneusement composés, artistiquement ouverts et offerts à la vue de tous. Un peu du temps des royaumes océaniens d’autrefois avec ces échanges de paroles scandées et de formules ancestrales, suspension du temps profane, entrée progressive dans l’espace sacré par quelques réglages et calages où les intervenant s’interpellent, se nomment et signalent leur écoute par un son sourd et affirmatif avant leurs récitatifs, sortie de la durée suspendue par les premières plaisanteries et les premiers rires. Fin de la gravité, mouvement des bras et des jambes, détente des corps assis sur les nattes, soulagement, léger brouhahas, premières cigarettes.

Impression de beauté, de force et de dignité. Un peu d’éternité dans ce dimanche, un peu de dimanche dans l’éternité. Sentiment que ces traditions n’entravent pas la liberté et ne brident ni ne réduisent la personne et que cette gestion collective des mariages vaut mieux que les speed datings compulsifs et les échanges furtifs de solitudes, comme ces durables et solides maisons qui valent mieux que la prolifération des fragiles champignons immobiliers.

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LUNDI 31 JUILLET 2017
(Independence Days Diary)

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Le lundi a une couleur, clairement, enfin une teinte, et c’est le gris, sans débat possible. Certains lundis sont sombres, sévères et anthracite, d’autres sont gris chartreux, ou souris, limite pastel, chics, presque lumineux, laissant pressentir les rayons colorés derrière le ciel bistre et les nuages bas du lever de semaine. Cinquante nuances de lundi… Mais jamais le lundi n’est rouge ou bleu, jamais ! Il faut donner dans les horoscopes, le yoga ou les védas pour inventer pareilles sornettes.

Le mardi est jaune et le mercredi vert, aussi sûr que le lundi est gris, on ne sait pas trop pourquoi mais c’est incontestable. Après on ne sait pas trop, les gens font comme ils veulent. Le jeudi et le vendredi n’ont pas trop d’identité. Jeudi, jour des enfants d’autrefois, qui allaient au catéchisme le matin et attendaient Zorro à la télé l’après-midi, a été destitué, dégradé, déraciné, il ne sait plus qui il est. Vendredi aussi a été déménagé, il a été nommé dernier jour de la semaine à la place du samedi, lui-même naguère honnête travailleur, mais plus ou moins désactivé et endimanché aujourd’hui .

Un lundi gris moiré aux reflets de vacances donc en ce 31 juillet, où tout le ban et l’arrière ban du RUMP, les Républicains locaux, ont été sommés d’encenser l’état fédéré et l’état associé de l’ex ministre Urvoas dont le nom sonne comme le croassement des corbeaux et dont le visage luit dans la nuit comme la face des momies qui ne veulent pas disparaître. Nouar et Ruffenach les vestales du président Frogier le représentant du dieu Sarko sur Grande-Terre, y vont de leur même chapelet de formules allant de « l’émergence d’idées » au référendum « outrancièrement binaire » en passant par « toutes les bonnes volontés » à solliciter et les « regards extérieurs » qui nourrissent notre réflexion. La Calédonie et ces deux jeunes femmes ont vraiment faim et sont vraiment en manque si elles attendent après les résidus de Hollande qui ne veulent pas pourrir, Urvoas et Christnacht, pour les nourrir, les satisfaire et les combler…

Amusant aussi d’apprendre, un, que Gérard Larcher a expliqué à Paul Néaoutyine que c’est Sarkozy lui-même qui a ordonné à Frogier de monter sur la plateforme de Gomes, deux, que la bande du Parti Travailliste et du RIN, prononcer rein, ou entre tes reins, demande à intégrer le FLNKS mais que Paul s’y oppose comme un Berliet de cent tonnes peut s’opposer à la poussée d’une chèvre, trois, que l’âme de Gael Yanno erre toujours dans les limbes entre le deuxième poste de sénateur, la présidence du gouvernement et… rien.

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MARDI 1er AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Petits bonheurs calédoniens et autres plaisirs minuscules. Se lever plus tôt que d’habitude et voir le ciel rosir. Entrer dans un nouveau Nouméa où le monde et les rues ont un nouveau sens. Laisser passer une voiture et sourire. Se faire offrir le passage avec un sourire. Travailler avec de belles personnes qui sourient. Manger une double andouillette au bout du monde avec des courgettes, des tagliatelles et une sauce moutarde avec la mer et les bateaux sous les yeux, sans élus ni politiciens sur le dos. Rentrer au Mont-Dore en regardant l’or du soir qui tombe. Retrouver le jardin rasé de frais avec le parfum de l’herbe coupée et le fumet des branches finissant de se consumer sur le foyer.

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MERCREDI 2 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Temps variable, température adoucie, soleil voilé, il a fumé sur yesterday.

La tonne et demie de cocaïne d’une valeur de 12 milliards de francs CFP saisie par la marine et la gendarmerie a été fondue dans les fours de la Société Le Nickel à Nouméa en ce mercredi. Ça laisse rêveur.
La SLN en quasi faillite pourrait vendre le nickel de cette coulée en série limitée « Nickel-Coke » à un cours supérieur pour en faire des objets à humer et à sniffer, récupérant ainsi les douze milliards pour combler sa dette abyssale.
Les ouvriers et syndicalistes de la boite ont-ils battu des records de productivité et de jovialité cette nuit ?
La gendarmerie ne pourrait-elle pas fondre aussi dans ces fours en une nuit toutes les armes imbéciles du pays ? Coulée « Nickel-Gun » de qualité et de cours supérieurs aussi.
Ne pourrait-on pas saisir et fournir aussi à la SLN tous les hectolitres de vin, bière et spiritueux produits et vendus par les marchands de mort et de crimes du pays pour refroidir et générer le ferro-nickel en grenailles ? Coulée « Nickel-Drunk », très rentable aussi, à lécher et à sucer.
Quant à toutes les ordures et pourritures du pays, objets et sujets, sévissant dans tous les secteurs, pourquoi ne pas leur faire prendre le même chemin ? Coulée « Nickel-Trash » vendue en poudre comme précieux fumier, infiniment fertilisant.

Le sénateur Pierre Frogier bouge encore et a parlé, parlé de ses états généraux au premier ministre à Paris. Très chic et très ancien régime ces états généraux. Le dernier qui les a convoqués c’est Louis XVI, et ça ne lui a pas vraiment réussi… Frogier perd-il la tête ? La perruque ? Ceci dit si Frogier vit encore il est très probable que Louis Bourbon Capet, et Danton, et Robespierre et Mirabeau soient encore également de ce monde. Réincarnés ? Danton-Martin ? Maximilien Gomès ? Mirabeau-Leroux ? Charlotte Corday-Backes ?

Les nains républicains calédoniens semblent étonnamment vivre encore aussi, et émettre parfois d’étranges sons et vibrations perceptibles par imposition des mains sur tables rondes, et ils paraissent même produire de mystérieux messages, à peine audibles, uniquement par nuits de pleine lune au Congrès. Étonnants esprits frappeurs du poltergeist politique calédonien. Blaise es-tu là ? Backes si tu nous entends, frappe deux fois.

En approchant la masse imposante du Mont-Dore par la Route du Sud, je pensais ce matin à l’étrange paradoxe de cette île que la nature a faite grande et belle par son étendue, par ses hauteurs vertigineuses, par ses vastes plaines, par ses profondes vallées, par son gigantesque récif, et que les hommes ont rendue petite et laide par leurs petits idéaux, de revanches pour les uns, de privilèges pour les autres, par leur petite cuisine politique, par leurs petites combines, par leurs petits nombrils culturels, par leurs petites passions d’apparence et de consommation. Panem et circenses, petits pains et petits jeux de stades. Même les plus grandes fortunes n’ont ici que de petites idées, de petites ambitions, de petites émotions.

Les petits s’en donnent d’ailleurs à cœur joie sur le grand Aloïsio Sako passé hier soir au journal. Facile. Plus facile que de regarder en face et de dire ouvertement la nullité de ceux qui sont censés s’opposer à sa politique indépendantiste. Au moins lui, il a une ligne, une cohérence et un idéal depuis 35 ans…

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JEUDI 3 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Pas un Black Thursday quand même, mais un jeudi bien gris foncé sur la Calédonie aujourd’hui. Un pays en noir et blanc, comme les photos d’art, plus chic et expressif finalement que les « journées carte postale » qui pètent de couleurs dans un déballage un peu criard et vulgaire. Un jour frileux du matin au soir, qui permet de s’habiller et d’échapper aussi à l’insignifiance des vêtements légers et impersonnels.

« Plan territorial de sécurité » claironne-t-on dans les médias et dans la propagande d’un gouvernement local hyper-actif en communication. La Nouvelle-Calédonie est certainement championne du monde en invention de ces « machins » récurrents aussi ronflants qu’inutiles qui permettent de ne pas traiter les problèmes en faisant semblant de les traiter : autorité de la concurrence et de lutte contre la délinquance, cluster maritime, assises de la santé et d’optimisation des politiques publiques, états généraux de l’habitat et du logement social, plan territorial de sécurité et de lutte contre la délinquance.

On devrait à titre personnel se définir et se fixer aussi un grand plan pour chacune de nos journées. On aurait l’impression de faire beaucoup de choses grandioses sans rien faire et ce serait bon pour le moral. Demain ce pourrait être par exemple l’ouverture du forum du développement durable et des échanges végétaux dans mon jardin, ce qui m’éviterait de passer la tondeuse. Ce week-end, j’ouvrirais la conférence internationale annuelle du bien-être animal, ce qui me dispenserait de nourrir mes chats et de laver mes chiens.

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COMME UN SENTIMENT D’INSÉCURITÉ AU MONT-DORE
(Caledonia stories)

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Ça se passe chez moi un jeudi après-midi tranquille, en fin de journée, soleil doré sur la véranda, un texte à finir, ou quelques copies, un peu de comptabilité, un petit clope, une Number One.

Dring qu’il me dit mon mobe, – Allo meussieu Chose ? – Oui ? – C’est Bérénice, de la mairie. – Oui Bérénice ? – C’est pour vous dire que meussieu Truc vous a inscrit dans la délégation qui doit rencontrer le ministre demain à 10 h, il faut que vous preniez vos papiers. – Ah bon, et y’a qui dans la délégation aussi, si je suis pas indiscret ? – Ben vous êtes cinq : meussieu Machin, madame Unetelle… – Ok ok ok, bon j’vais voir ça, ça dépendra du boulot. – Pas de problème, de toute façon on a donné votre nom au Haussariat.

J’appuie sur le bouton rouge « raccrocher », je rallume un clope, je rêve un peu en souriant. Y’a deux mois le maire me vire de toutes les commissions parce que je suis de l’opposition, de la mauvaise opposition, celle qui s’oppose, en tordant le bras à ses conseillers pour qu’ils lèvent tous le bras, et parce que j’ai critiqué l’arnaque One Tree, One Day, One life, que le gentil organisateur Tonio dit Tonino est venu défendre en conseil municipal, un conseil religieusement recueilli sur le destin des arbrisseaux à prix d’or, et sur les voyages à Rio au prix d’alliances occultes, et puis aussi pour avoir posé des mauvaises questions sur la manipe du Grand Tuyau racheté à prix d’or aussi, mais qui nous sert pas au Mont-Dore Sud, et puis pour avoir pointé encore le budget colossal et le coût plus pharaonique que sportif des distractions pour les musclés de la commune, médaille d’or du gaspi, et puis encore pour avoir évoqué le Bronx du Mont-Dore Sud, où il ne fait pas bon passer la nuit, ou le jour aussi d’ailleurs, qui fait fuir nos invités dès quinze heures, et qui divise par trois notre foncier et notre immobilier, mais ça il aime pas qu’on le dise notre édile, « un quartier comme un autre » qu’il faut répéter tous en chœur après lui. On me met donc au pilori, genre procès de Moscou, direction le Goulag, condamné tel un Galilée qui ose dire que tout n’est pas plat au Mont-Dore ou tel un Copernic qui ose affirmer que tout n’y tourne pas rond, et puis là on me délègue délégué de délégation sur l’insécurité infernale de la commune. For the times they are a-changin’ ? Bob si tu m’écoutes…

Dring again, later, le fiston décroche, – Papa c’est Truc. Waaaooooh le premier adjoint ! Décidément… – Bonjour Chose. – Salut Jacky. – Ça va bien ? – Oui et toi ? – Je voulais savoir si on t’avait bien fait la commission. – Ui ui ! – Bon, alors voilà, comme le maire n’est pas là, je mène une délégation, je t’ai mis dedans pour rencontrer un attaché du ministre et parler de la sécurité dans la ville. Y’aura toutes les sensibilités politiques du Conseil, mais le FLN pourra pas – Ok ok ok, ben j’vais voir, ça dépendra du boulot (bis).

Je raccroche, c’coup-là c’est dans la maison, poste fixe, on s’dit tout hein ?! Ils insistent ma parole ! J’réfléchis un coup. Bon… Dingue quand même ! Mondo dingo ! On fait quoi ? Je l’ouvre au Conseil sur la sécurité, faut quand même que je l’ouvre aussi devant l’État. Non ?

Dix heures en ville, vendredi, devant le Haussariat, chaleur d’enfer, costume noir, chemise blanche, déjà en nage. Les filles du Conseil au bras assassin naguère levé pour l’excommunication sont déjà là, sur le trottoir, bisou bisou. En attendant au salon, je cause gentiment avec les dames Unetelle et Unetelle, avec meussieu Machin et Jacky, qui m’ont tous envoyé au Goulag aussi sur ordre du Soviet municipal il y a deux mois, mais qui ont les bras baissés là, le sourire et la bise faciles. Bah… Pas grave… Pas rancunier pour un sou !

Des minets en cravate passent et repassent, veston cintré, pantalon serré, affairés et soucieux, l’ordinaire des voyages officiels, les chatons stagiaires de l’ENA. On poireaute, classique aussi. Ils arrivent, serrages de paluches, genre haut-fonctionnaires, affables et décontractés, sans cravate, j’ai bien fait d’éviter, mes deux compagnons du Mont-Dore ont l’air étranglés et provinciaux avec la leur. On prend place, on s’présente. Le directeur, ou sous ou bien sous-sous directeur de cabinet dit qu’il est déjà venu ici, affecté auprès du Haut-Commissaire, il y a vingt ans, et qu’il est heureux de retrouver le pays, si magnifique etc… Classique, ça mange pas d’pain… Un gars svelte, assez classe, cinquantaine, genre Proglio, grand patron de boite publique. Y’a aussi le commissaire délégué, plus rond, moins d’cheveux. Et puis un troisième, i-i-i, inodore, incolore et insipide.

J’me présente : Chose, conseiller municipal, Opposition Ensemble, 30 ans de travail au Mont-Dore, 30 ans domicilié dans la ville, là-bas, tout au Sud, après Saint-Louis. Madame Unetelle copie un peu sur moi, et dit, – Moi c’est comme meussieu Chose, pareil… Jacky démarre et peint la ville, avec ses grands bras, comment qu’elle est belle, comment qu’on y est bien, mais comment qu’il y a aussi malheureusement de la délinquance et des incivilités, juste d’une trentaine de jeunes, à peine qu’il ajoute, toujours les mêmes, et que les administrés sont pas contents, un sentiment d’insécurité, juste un sentiment, et qu’il n’y a plus de respect, et que les parents ne s’occupent pas bien et que les jeunes n’écoutent plus la coutume et que les chefs ne s’entendent pas toujours très bien… Litote… Euphémisme… Le baratin habituel.

Bon… Il n’a pas complètement tort, mais j’me dis quand même qu’il faudra compléter, sinon c’était pas la peine de venir. Je bouge un peu, j’essaie d’attirer un peu l’attention de Proglio qui répond à Jacky, à la fois onctueux et convaincu, concerné et compatissant. Je patiente, j’essaie de voir un peu en attendant qui est le dominant, entre le sous-Lurel et le sous-préfet, énarques ou pas, pas évident. – Oui meussieu, qu’il me dit le ministériel, qui a quand même l’œil, je vous écoute.

– Et bien voilà, je souscrirai volontiers à ce qu’a dit notre premier adjoint, mais je compléterai et grossirai un peu le trait comême (Non ! j’ai dit « quand même », comême !). Notre commune de 26 000 habitants s’étend sur 40 ou 50 kilomètres et elle est coupée en deux par le tribu de Saint-Louis et une zone de friches et de forêts de 5 ou 6 kilomètres, traversée par l’axe principal. Depuis 30 ans que j’habite au sud du Mont-Dore, je n’ai pas connu une seule année, voire un semestre, sans qu’il y ait des barrages et des flambées de violence dans ce secteur : caisse de résonance et moyen de pression pour des motifs politiques, les acquis politiques indépendantistes ayant toujours été obtenus ici par la force et la violence, vous n’êtes pas sans le savoir, mais aussi syndicaux, USTKE et Aircal en 200, si ces mots vous disent quelque chose, sociologiques, avec l’épisode prolongé de l’expulsion des Wallisiens de Saint-Louis, vous avez dû en entendre parler, privés, lors d’une recherche de criminels ou d’évadés au sein de cette tribu dont la grande allergie aux uniformes est endémique, et économiques enfin, avec par exemple, pêle-mêle, des revendications de droits de roulage, des exigences de royalties diverses sur les opérations de l’usine du Sud, de l’argent contre un tuyau, d’eau sale, ou d’acide, ou d’eau acidulée, du blé pour revégétaliser, genre one day – one three – one life – plenty money… Ces refrains de barrages et ces rengaines de violences qui posent quelques problèmes aux travailleurs, aux élèves en examen, aux voyageurs, aux malades, aux dialysés… c’est notre musique quotidienne meussieu !

Je regarde un peu mes gars qui grattent ardemment du papier. Proglio me zyeute un peu, genre « Il va où çui-là ? » Un peu plus chef, il gratte un peu moins, ça doit être lui le leader. Je continue et décide de la jouer un peu gentil. – Bien sûr qu’il y a des gens bien à Saint-Louis, beaucoup même, et qu’il y a aussi des jeunes délinquants dans tous les quartiers, à Yahoué, à La Coulée, au Vallon Dore, mais vous savez, quand on traverse Saint-Louis la nuit, c’est spécial, c’est pas comme dans les autres quartiers, même pas comme dans l’autre tribu de Conception, où chacun peut entrer et visiter des relations, des amis, sans angoisse, des fois en traversant, à travers la nuit et des nuées de cailloux, on n’est pas sûr de rentrer, on se demande si on va passer ou trépasser. »

Proglio hoche la tête et comprend…

J’ajoute que je peux comprendre que la réserve, la zone coutumière, soit un peu comme une propriété privée et qu’on n’y entre pas comme ça, pas plus que chez moi, sauf que dans cette propriété privé, la collectivité déverse des centaines de millions de deniers publics pour l’assainissement, la voirie, les adductions, des terrains de sport, des bâtiments de services, des travaux ni fait ni à faire, de trottoir, d’enrobé, de fauchage etc… ce qu’on ne fait pas chez moi… et alors que chez moi je laisse entrer les gendarmes et la police et même leurs chevaux sans histoire si besoin est.

Ça passe ou ça casse. Ça passe…

– En dehors des grands barrages et des grands événements, les faits de délinquance, d’agression, de vol, de home-jacking, de caillassages, d’obstruction routière par des déchets divers, de coups de chevrotines voire de balles, de destruction du mobilier urbain, des ronds-points et des îlots arborés, de voitures volées et brûlées sur le bas-côté ou au milieu de la route, d’incendie des brousses limitrophes, sont hebdomadaires, voire quotidiens en haute-saison. Mes proches et moi-même avons essuyé en l’espace de quinze jours récemment jets de pierres, passage à minuit près d’une voiture enflammée et entourée d’individus sur la route sombre et déserte, gymkhana entre des obstacles divers sur la chaussée en pleine nuit, pierres, agglos, branches et cocos, visant probablement la réalisation une « installation » artistique… »

Les gars opinent du chef, un peu comme les petits chiens qu’on voit sur la plage arrière à travers la lunette des voitures.

Je poursuis tranquillement : « Quand meussieu Truc, Jacky, pointe « une trentaine » de jeunots sans repères, sans encadrement parental et coutumier et quand son maire pointe un vague « sentiment d’insécurité », une impression de non-tranquillité, d’un Mont-Dorien sur dix, je ne suis pas trop d’accord. J’ai connu des générations et des générations de « trentaines » de perturbateurs, le passage de relais ou de flambeau, au sens propre et au sens figuré, se faisant allègrement depuis trente ans, des ennemis de trente en quelque sorte, comme Chirac et Balladur. Ce n’est pas la multiplication des pains, mais c’est bien celle des trentaines de boulets. D’autre part, quand ces jeunes assistent aux coups de force édifiants de leurs ainés, pères, cousins, tontons, de 30, 40 et 50 ans, et se font même embarquer dans les actions, à condition de se cagouler pour ne pas porter tort à tel ou tel grand chef interviewé à l’insu de son plein gré par « Le Monde » (Je regarde un peu Proglio dans les yeux et lui plante un « Suivez mon regard» implicite dans) et bah les exemples et les modèles des « anciens » ne sont pas très formateurs pour les jeunes, non ? Comment leur demander de ne pas jeter de cailloux et de payer leurs dégâts quand leurs ainés ont jeté des milliers de cartouches lors de l’épuration ethnique anti-Wallisiens et quand les dégâts de leurs barrages, chaussée abîmée, enlèvement des carcasses, nettoyage des montagnes de pneus enflammés, tronçonnage des troncs d’arbres, ne sont jamais payés que par la collectivité et donc par nos impôts de victimes directes ? »

Ça passe encore…

Le bruit des stylos des énarques sur le papier… le brame du cerf au fond de la Thy… le drame des Mont-Doriens au fond de la commune…

Mes compagnons rumpies et FN me regardent un peu, des fois regardent un peu dans le lointain, le mur d’en face. Je reprends, – Chaque Montdorien d’Outre-tribu sait bien que ses amis de Nouméa renoncent à accepter ses invitations le vendredi soir, le samedi soir et que s’ils se risquent à traverser la zone le dimanche, c’est pour repartir tôt dans l’après-midi, « avant la nuit »… Ils nous disent un peu honteux « Tu comprends… on a passé une bonne journée, on est bien chez toi, mais y’a la route… y’a les gamins… et puis si on tombait en panne à Saint-Louis… ». Chaque Montdorien sait que les services publics et sociaux, taxis, agents de remorquage, bus, ambulances, infirmiers, pompiers, forces de l’ordre… « hésitent » , et c’est une litote, à entrer dans la tribu. Chaque Mont-Dorien sait que son foncier, sa maison, son terrain, son fond de commerce sont lourdement dépréciés parce qu’ils sont situés au-delà de la zone de « tranquillité », pour reprendre la terminologie sacrée du maire. Chaque Mont-Dorien sait que la plupart du butin des cambriolages et des rapines et des voitures volées se retrouve dans le no man’s land et surtout no-law’s land entre Saint-Michel et La Coulée, à la Thy, ou à La Réserve. Se souvenir qu’aucun gendarme ne peut y pénétrer la nuit et que la gendarmerie n’y entre qu’avec grandes précautions, grandes autorisations et grands renforts le jour. »

Les gars haussent le sourcil. Je mets un peu d’huile, – Chaque Montdorien, qui n’est ni raciste ni extrémiste, la commune étant un melting pot ethnique, social et culturel et le contraire d’un « Triangle d’Or », sait bien aussi que les premiers désespérés par cette situation sont les gens bien de Saint-Louis, volés et agressés eux-mêmes et honteux d’être assimilés aux voyous. Je sais… c’est pas facile… comme en Corse… de signaler tel ou tel fait : circulation de biens volés, agressions, plantations de cannabis, voitures volés qui circulent dans la tribu, ou qui sont planquées dans un terrain ou brûlées sur le bord des pistes intérieures. Les opérations d’évacuation fort coûteuses et récurrentes des dizaines de carcasses de la zone et leur dépôt au bord de l’axe principal attestent de ces habitudes. Pourtant certains habitants commencent à révéler et à dénoncer tel ou tel fait et c’est bien et courageux malgré l’Omerta et le « bouche cousue » que Valls a pointées à Ajaccio et Bastia ».

Les gars acquiescent, obligé, Valls est quand même un peu leur chef. Proglio félicite Jacky pour les milliers d’actions de prévention et de proximité de la mairie.

Jacky a évoqué un gardiennage privé à 13 millions annuels le long de la route et demandé un petit coup de pouce de l’État. L’État tique… étatique ! Je renchéris sur sa demande de maintien de la gendarmerie de Plum, que l’État avait envie de liquider et qui marchait déjà un jour sur deux en « cabinet d’associés », comme les médecins, ou les kinés, avec celle de Pont-des-Français. Pas très pratique en cas de pépin… Dring au portail cadenassé de la brigade, interphone : « Ah non, c’est pas nous ! Faut aller à Pont-des-Français » à 25 kilomètres, ou inversement. Et pas très rapide en cas d’urgence et de demande d’intervention des militaires… J’insiste sur le rôle régalien de l’État en matière d’ordre et de sécurité et sur l’étrangeté d’utiliser des vigiles privés et payants pour protéger la voie publique. J’ajoute qu’il est triste que les Montdoriens souhaitent, en dernier recours, une voie fluide et sécurisée, à l’écart, sur la mer, comme la VDE, en prolongation jusqu’à La Coulée. Je termine en insistant sur l’acuité du problème quand des gens agressés dans leur domicile tire en l’air au fusil ou quand des usagers de la route transporte une arme dans leur coffre. Ne pas attendre que les usagers soient trop « usagés » pour ne plus tirer en l’air…
– Pour qu’un problème soit solutionné il faut le poser sur la table tout entier, et ne pas l’enterrer ni l’édulcorer, que j’conclus.

On se lève, on se remercie, on se salue, on se félicite mutuellement de la « qualité des échanges », de l’écoute et des messages transmis qui iront à Oudinot et dans les ministères concernés…

On descend l’escalier, au revoir aux gens de l’accueil, on sort. J’allume un clope, soleil infernal, serrages de paluches et sourires avec mes compagnons, – On a tout dit hein ? qu’ils disent. – Ben ouais, J’AI tout dit ! que j’leur fait quand même, non mais.

Ça s’passait à Nouméa, un vendredi tranquille, avec Jacky Truc et les autres machins…

2012

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VENDREDI 4 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Comme d’habitude le vendredi c’est le jour des gens, pas des clans, pas des partis, pas des équipes, pas des personnels, pas des ethnies, pas des syndicats, pas des associations, pas des troupeaux, le jour des gens, des personnes, le jour du bien-être des gens, dans la ville, dans les espaces publics, le jour de la libération des gens, rendus à eux-mêmes, à l’envie de sourire. Une brève marge de souveraineté et de sérénité, flottante, le temps d’une fin d’après-midi dorée, tiède et douillette, suspendue entre l’évasion du travail de la journée et la réincarcération à venir dans les embrigadement ineptes du week-end.

Les gens sont bien, l’humain est bon quand il n’est pas grégaire et massifié, en particulier en Nouvelle-Calédonie. Tristes troupeaux des samedis et dimanches dans les meetings à moutons politiques, dans les stades beuglants, dans les fêtes à Neu-Neu, dans les bars et boites à boucan et à bagarres, dans les foires à camelotes, dans les vacances et loisirs de masse, dans les spectacles médiocres et dupliqués, dans les galas imbéciles, dans les salles et dans les temples de soumis. Est-ce élitiste de contester ce formatage et cette exploitation des individus ? Est-ce faire injure aux gens de leur dire qu’ils méritent mieux, aussi simples soit leur parcours et leur culture, que ces activités infantilisantes pour foules de désœuvrés et de déresponsabilisés, semblables à ces clients passifs des nouvelles usines à camping pour aoûtiens qui ont pris le relai des abrutissants Clubs Med ?

Le vendredi et le week-end c’est le lâcher des musclés et le déchainement des commentateurs et baratins politiciens sur les ondes en Nouvelle-Calédonie, radios et télés, dur d’y échapper. Transpiration et salive aussi vaines et bêtifiantes l’une que l’autre.

Le sport coûte dans les quarante milliards d’euros par an d’argent public à l’État et aux collectivités en équipements, financements et subventions. Les associations coûtent dans les quarante milliards d’euros par an d’argent public à l’État et aux collectivités en équipements, financements et subventions.. Laisser aux gens la liberté, la responsabilité et le financement de leurs inscriptions dans des équipes et dans des groupes, de foot pour milliardaires ou d’élection de miss-surdouée, par exemple, abaisserait nos impôts et élèverait le niveau. Les véritables services publics, transports, voirie, communications, santé, sécurité… sont au régime sec pendant que des enfants gâtés se gavent sans contrôles ou presque avec l’argent des autres.

Les sous-doués s’agitent et râlent contre le FLNKS qui déroule son programme et son projet. Les sous-doués viennent de découvrir que les indépendantistes sont indépendantistes ?! Ils ne s’étonnent pas par contre de l’indigence et de l’incohérence des non indépendantistes et en particulier de la comique indignation du boy’s band à Backes qui crie à la dictature de Gomès parce qu’ils ont été virés de 22 organismes pour y être remplacés par des élus de la plateforme. Ces clowns tristes, ces 3B, Bernut, Blaise et Backes, n’auraient pas voté pour Santa, Gomès et leur plateforme aux dernières élections du Congrès par hasard ? Bien fait pour eux !

La plateforme est déjà 23 fois plus nulle que le groupe FLNKS du Congrès, le groupe des républicains calédoniens est 6 fois plus nul que la plateforme, ce qui fait donc 138 fois plus nul que les indépendantistes. Fallait le faire !

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SAMEDI 5 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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La lumière de la nuit envahit les baies du jardin d’hiver et trace au sol obscur des rectangles de clarté froide et pâle en perspective. Pleine lune. Jardin magique. J’aime.

Vu « Le Fils de Jean », un magnifique film étonnamment juste et humble, franco-canadien. Note pour plus tard : voir le Québec, et c’est tout pour l »Amérique, revoir Hong-Kong, et c’est tout pour l’Asie-Pacifique, voir Jérusalem, et c’est tout pour l’Orient et l’Afrique, revoir la Grèce et toute la France, voir et revoir toute l’Europe et la Russie, sauf l’Espagne bien sûr !

En réponse aux protestations du Groupe Backes (qui a quand même absurdement sanctifié Santa et sa plateforme aux manettes du Congrès et a ainsi tendu le bâton à CE pour se faire battre) contre l’éviction de leurs élus de tous les organismes, Philippe Michel répond benoitement au journal d’hier soir :

« Le terme purge est totalement excessif. Y’a eu une recomposition de l’assemblée suite à la formation de nouveaux groupes. Y’a un ajustement dans les commissions et un certain nombre d’organismes extérieurs. Y’a rien d’extraordinaire là-dedans. »

Le ton, les mots, le visage de Michel lors de cette réponse méritent bien une photo et une nomination pour le César de la franchise et de la sincérité. En rôle de composition bien sûr !

On se souvient de la célèbre réplique de Petit Gibus dans La Guerre des boutons : « Si j’aurais su, j’aurais pas v’nu ! » Les Républicains Calédoniens qui se plaignent chaque jour des méchancetés de la plateforme pourraient dire pour leur part : « Si on aurait su, on les aurait pas élus ! »

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LUNDI 7 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Trente kilomètres pour avoir du gaz ce matin. Merci Sodigaz de punir tous les habitants du Mont-Dore sud en privant leurs dépôts habituels Mobil de bouteilles de gaz depuis trois semaines et de les obliger à perdre une heure pour trouver du gaz au nord de la commune pour que leurS enfants ne se baignent pas à l’eau froide. Que ces gérants gèrent mal les factures de leur fournisseur c’est probable, mais l’arrogance et le mépris de Sodigaz pour la population, encore plus effrayé de ne pas avoir ses quelques sous à temps que de passer le mur de Saint-Louis, est bien plus révoltant que l’incompétence de ces stations.

J’ai gagné hier un groupe électrogène ! Le premier de ma calédo life. C’est comme les Rolex, si t’as pas un groupe à cinquante ans c’est que t’as raté ta vie… calédonienne. Ça, c’est comme le gaz et l’eau : vu les coupures locales aussi fréquentes qu’intempestives, ça peut servir ! Il était temps ! Ça, et un bateau ! Parce que si t’as pas un bateau au Mont-Dore pour passer Saint-Louis pendant les cinquante nuances de crise de la tribu, tu rates ta vie aussi, et ton avion, tes rendez-vous, ton médecin, ton boulot…

Les bagarres en squat et les différends coutumiers se règlent bien plus rapidement qu’en justice. Pas une semaine sans négociations à coups de fusils. Gain de temps, d’argent et de palabres. Heureusement que notre bon député a évité la limitation des armes en Calédonie. Au nom de notre culture certes, qu’il a dit, mais aussi au nom des économies…

L’usine du Nord se déglingue chaque jour de tous les côtés. Des explosions mortelles sont évitées régulièrement par miracle. C’est à croire que KNS a acheté cette usine en Chine et non en Allemagne, deutsche qualität ! Hein ? Ah ?! Ils l’on acheté en Chine… Ah bon…

Les pensionnaires du Camp Est participent à l’enregistrement d’un album de chant lyrique entre leurs murs. Non non, ce n’est pas un poisson d’avril ni d’août. Les journalistes les ont même décrits comme « musiciens en herbe ». Normal non ?… Et ça, vu le niveau médiatique local, c’est forcément involontaire. Et pas un peu Stone aussi les gars, comme les Rollings ?

Dans un pays où les habitations de tribu ressemblent davantage à des misérables cabanes de favelas qu’à de dignes et solides cases et où il fait si froid qu’on y allume des branches qui vont incendier et brûler des enfants, les voitures à dix, vingt, trente millions et les maisons à cent, deux cents, trois cents millions avec piscine à débordement débordent davantage le stade du scandaleux et de l’obscène que le luxe des dictateurs d’Orient et des ploutocrates du tiers-monde.

On continue d’emmerder les baleines. Que ce soit les marchands de soupe du sud, qui exploitent les cétacés et les gogos zozos amateurs d’arnaques et de circuits nuls ou les chercheurs de l’IRD au nord, pourrissant la vie des baleines vers les Chesterfield et Walpole, chercheurs des habitudes migratoires soit disant, mais surtout chercheurs de programmes bidon, comme pour la CPS, pour masquer leur inutilité et pour justifier leurs payes et leur vie dorée.

Il y aurait pourtant un programme intéressant à monter : placer une balise Argos sur le dos de Yanno et de quelques autres mammifères politiques de Nouvelle-Calédonie pour suivre leurs migrations et leurs trajets mystérieux. Les ordinateurs surpuissants de la Nasa seraient sollicités vu la complexité des parcours.

Pas de mur des lamentations du groupe Backes aujourd’hui ? Ni de plaintes pour évictions abusives ? Intéressant d’apprendre hier que les leaders et élus indépendantistes ont davantage d’estime aujourd’hui pour ces six adversaires-là, même avec leurs riches soutiens et mécènes, pourtant davantage non indépendantistes que les 23 mollusques de la plateforme. Ils sont d’accord avec moi qu’il y a au moins 4 personnalités fortes et originales parmi les 6 alors qu’il n’y en a que 2 dans la totalité des 23 de la plateforme : Philippe Gomes et Philippe Michel. Un peu plus de courage et d’intelligence politiques de la part des Républicains Calédoniens aurait pu permettre quelque chose d’autre lors de l’élection de Santa au Congrès et de Gomès à la commission permanente. Mais la porte est encore ouverte. Je dis ça comme ça…

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MARDI 8 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Une bonne nouvelle en ce mardi 8 août : on a retiré six containers et pompé trois rasades de fuel du cargo échoué à Maré. Il reste des milliers de boites et de tonnes de mazout, certes, mais bon, les bonnes nouvelles sont rares… Ceci dit ils auraient dû choisir le container de capsules de La Case à café et celui de briques de l’usine KNS, pour qu’on arrête de nous saouler trois fois par jour avec les misères de ces deux boites ! Les containers de poulets pourris et le pétrole vont être mis à Nengoné dans un coin, il paraît. Coutumiers, assurances, commerçants, armateur, État, en cette saint Dominique, qui va dominer et qui va niquer ?

Macron est élu et commande pour 5 ans, et il a une majorité et un gouvernement pour 5 ans, et c’est la majorité des Français qui l’a décidé. Et tous les autres ont perdu, et lourdement perdu. Il faudrait expliquer ça à tous ceux qui ne sont pas au courant et qui ramènent leurs tronches de loosers : le général Demesdeux, le stalino-castriste Mélenchon, la fachosphère FN, les résidus de l’UMP et du PS, les faiseurs de pétitions professionnels, les interniais vomissant sur sa femme, les syndicats plus soucieux de leurs intérêts que de ceux de leurs syndiqués, les journalistes bavards en mal de connivence, les assistés et subventionnés de tous poils, les nostalgiques des guerres gauche-droite, les élus planqués ad vitam aeternam, les collectivités et associations suceuses de budget et rentières d’argent public.
Macron, on ne lui demande pas d’être copain et sympa, on veut juste qu’il rétablisse la dignité de la fonction présidentielle, des élus et de la France dans l’Europe et le monde, dignité que Sarkozy et Hollande ont abaissée et salie, et qu’il remettre en route la croissance et l’emploi, c’est tout. Ce n’est pas gagné mais c’est le seul qui pouvait faire le job. Le contester et le gêner dans son action c’est vouloir poursuivre la démolition de la France menée par la gauche et la droite. On se moque de l’inexpérience et l’amateurisme des élus En Marche ? Moi je n’ai pas envie qu’ils deviennent aussi expérimentés et professionnels que les vieux roués corrompus de Sarkozy et Hollande, joyeusement dégagés par les Français. Il n’y a qu’en Calédonie qu’on doit encore se farcir des élus atrocement périmés et étrangers à la moralisation politique…

Si j’étais coach pour le FLNKS je leur dirais qu’ils ont un point faible et pas mal de points forts, et qu’ils doivent arranger le premier et faire ressortir les autres s’ils veulent rassurer voire séduire les Calédoniens.
Le point faible c’est évidemment les chiffres et le financement de l’indépendance. Les responsables ont déjà compris que les stupides prédictions de serrage de ceinture de Gérard Régnier sont le contraire du discours à tenir. C’est évidement le point le plus délicat. Étaler avec l’État la prise en charge financière des compétences sur plusieurs dizaines d’années, pointer et viser les colossales fortunes dormantes (même pas capables de compléter le financement de la clinique de Nouville !) et les gigantesques patrimoines fonciers et immobiliers du pays pour les impliquer dans l’économie seraient déjà un programme plus recevable par la majorité des Calédoniens. Hein Faberon ? Hein Chauchat ? Hein Léoni ?
Les points forts c’est la constance des ambitions indépendantistes et l’authenticité des convictions, tranchant sur l’inaction et l’apathie des partisans de la France alors que le FLNKS déroule déjà ses réunions pour le OUI à l’indépendance, et tranchant sur les zigzag loyalistes dont les Calédoniens ne veulent plus. C’est aussi la dignité, l’intégrité et la modestie des acteurs et des événements politiques, tranchant sur l’étalage luxueux de la vieille caste et sur les shows arrogants et les couteux battages loyalistes dont les Calédoniens ne sont plus dupes. C’est encore la puissance numérique et géographique et la présence incontournable des troupes indépendantistes, tranchant sur la volatilité des effectifs loyalistes, aussi mobiles que leurs sièges sociaux et leurs capitaux, eux-mêmes aussi rapidement placés en métropole, à Vanuatu, Wallis, Hawaï, Oz et NZ qu’ils ont été pompés en Calédonie. C’est enfin la sympathie dont bénéficient un Mapou et globalement le monde kanak auprès des Calédoniens, tranchant sur une classe politico-affairiste antipathique, repliée sur son dernier bastion du Grand-Nouméa et coupée de la population, et c’est l’importance significative des quelques points retirés à Gomès et offerts à Mapou par des loyalistes lors des dernières législatives.
Si j’étais coach pour le FLNKS, voilà ce que je leur dirais, parce que les loyalistes c’est pas la peine de leur dire quoi que ce soit, ils sont trop … !

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ET SI CAMUS AVAIT ÉTÉ CALÉDONIEN…

(Caledonia stories)

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Et si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie…

S’il avait vu le jour dans les années cinquante, et non pendant la grande guerre, enfant de petits blancs besogneux d’une Vallée du Tir populaire, et non fils de pauvres gens du quartier de Belcourt à Alger ? Ça n’aurait rien changé. Camus aurait été Camus. Camus aurait été Camus calédonien, comme il a été Camus algérien, fou d’amour pour sa terre océanienne comme il l’a été pour sa terre méditerranéenne.

Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il n’aurait pas écrit « Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. A certaines heures, la campagne est noire de soleil. Les yeux tentent vainement de saisir autre chose que des gouttes de lumière et de couleurs qui tremblent au bord des cils. L’odeur volumineuse des plantes aromatiques racle la gorge et suffoque dans la chaleur énorme. A peine, au fond du paysage, puis-je voir la masse noire du Chenoua qui prend racine dans les collines autour du village, et s’ébranle d’un rythme sûr et pesant pour aller s’accroupir dans la mer. »

Mais si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait sûrement chanté Kunié, habité aussi par les dieux : * « L’accord en chaque baie d’une mer d’arc-en-ciel / Aux bleus araucarias, aux flottants filaos, / De Vao à Gadji et d’Oupi à Kouto, / Enchante le séjour de faunes naturels. / Fête de la lumière où se perdent les yeux, / Et la tête et le cœur qui s’en vont délirant / Aux airs des alizés sur la flûte de Pan. / Et l’on s’enivre chaque jour comme des dieux / De chaleur et de mer, d’azur et de soleil, / Chavirant envoûtés de merveille en sommeil.»

À Nouméa, comme à Alger, Camus aurait fait le même rêve d’un modèle de liberté et de joie. À Kunié comme à Tipasa, il aurait témoigné de la sensualité dionysienne d’une nature inspirée. Sur les rivages du Pacifique comme sur ceux de la Méditerranée, il aurait déclaré dans les mêmes termes : « Je comprends ici ce qu’on appelle gloire : le droit d’aimer sans mesure. Il n’y a qu’un seul amour dans ce monde. » Il aurait chanté le bonheur et le salut des femmes et des hommes qui savent et veulent bien s’ouvrir de tous leurs sens, de toute leur âme, de tous les pores de leur peau, à la parole et aux caresses de ces terres, sources de vie, capables de régénérer un vieux monde épuisé et de revivifier une Europe anémiée.

Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’ Algérie, il y aurait aimé pareillement l’âme cosmopolite et la terre mosaïque de peuples, de cultures, de religions, de langues, d’origines, d’histoires, de joies, de souffrances, mosaïque éligible à l’échange et à l’harmonie, à condition de ne pas penser, ou plutôt de ne pas croire, que les uns sont les chaines des autres et les autres les boulets des uns, alors que les uns et les autres sont leurs propres chaines et leurs propres boulets et qu’ils se forgent leur propre dépendance, leurs propres limites et leur propre enfermement. Vos chaines ce n’est pas nous, c’est vous. Leurs chaines ce n’est pas nous, c’est eux. Et Camus aurait dénoncé le repli, la fermeture et la méfiance de son île calédonienne, l’uniformisation, la banalisation et l’alignement de son peuple calédonien.

Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’ Algérie, il aurait aussi affirmé de tout son être, de toute son âme, que la vraie vie, l’amour, le seul sacré, le seul universel, se trouvent ici-bas, dans la lumière, le sable chaud, les vallées envoutantes, sombres et fraiches, la douceur de l’eau bienfaisante, la chaleur des corps dorés et l’ardeur des cœurs partagés et non dans les cieux vides et froids, dans un au-delà glacé inventé juste pour nier la terre et la chair amoureuses, à des fins égoïstes, opportunistes, sous le regard froid du dieu cruel de Mahomet, dans les froids tabous ancestraux des esprits des morts, dans les sèches légendes et coutumes imbéciles et sclérosées, dans les froids idéaux révolutionnaires insensés, dans le fallacieux et manipulateur « sens de l’Histoire », dans le messianisme menteur d’un clergé, d’une classe élue ou d’une ethnie privilégiée, dans les théories d’un ressentiment infini.

Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il n’aurait pas été davantage l’ami des gavés d’or vert en Calédonie qu’il n’a été celui des gavés d’or noir en Algérie. il n’aurait pas été non plus l’ami des nantis, des monopoles, de l’enrichissement sauvage, des puissants, des héritiers, des usuriers, des négociants fortunés, de l’oligarchie et de la ploutocratie des grands colons, des grands fonctionnaires, des grands affairistes, des grands politiciens, arrogants, suffisants, enfermés et caparaçonnés dans leur argent, dans leurs biens, dans leurs rôles, dans leur histoire, dans leurs prérogatives, semant la distance, la méfiance, l’exclusion, la colère, incapables de se dénuder et de sentir sur leur peau les autres, l’eau, le soleil, le vent et la simplicité des éléments et du bonheur.

Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait dénoncé aussi la violence, la terreur, le feu, les explosions de haine et les innocents égorgés, au nom du faux dieu de la révolution et des sécessions, illusoire et divinisé. Et il aurait annoncé que la violence, la terreur et la haine, quand on les a allumées, ne s’éteignent jamais, que ce soit l’horreur des trois cents égorgés de Melouza par le FLN en 1957 et des cent mille harkis exécutés en 1962, brûlant encore à travers les têtes coupées des moines de Tibhirine en 1996, dans le GIA, le FIS, et le pouvoir militaire en 2012, ou que ce soit l’horreur des gendarmes et des broussards massacrés dans les années 1980 flambant encore à Yaté ou à Maré et dans les feux, dans les crimes et dans les viols, dans les exclusions et les purifications raciales en 2012. Et Camus, orphelin d’un père emporté en 1914, aurait dit aussi ici, parlant de sa maman pauvre, émigrée espagnole, sourde et muette, illettrée : « Je crois à la justice, mais je défendrais ma mère avant la justice », quand une justice mensongère et des terroristes faux-monnayeurs l’auraient menacée.

Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait été l’ennemi et la cible aussi des beaux penseurs et des intelligentsias parisienne et calédonienne autoproclamées, et son cœur sincèrement de gauche aurait été sali, honni par les résistants de gauche, de salon, de la dernière heure. Et la haine d’un Sartre, d’une presse avide d’une sainteté et d’un héroïsme gagnés à bon compte par la diabolisation injuste de l’autre et la vindicte des intellectuels institutionnels et consacrés, l’auraient poursuivi ici aussi à travers les mêmes fonctionnaires et policiers de l’intellect, à travers les subventionnés et les nuls de la culture subversive, locaux et parisiens, à travers les francs maçonneries et autres Ligues des Droits de l’Homme, plus promptes à défendre les staliniens, les islamistes, les Cesare Batisti… que les petits sujets et les femmes niés par un système figé. Ce politiquement correct innombrable, permanent, l’aurait traité aussi de réactionnaire, de fasciste, de colon.

Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait assisté aussi au déchainement international du bloc communiste, des pays préhistoriques et jaloux du Fer de Lance mélanésien, ethnocentriste et introverti, de la Lybie terroriste, et aux agressions conjuguées du concert tiers-mondiste de l’ONU à l’idéologie perverse et du bloc anglo-saxon aux visées géopolitiques impérialistes dans la zone, comme il a assisté aux complicités terroristes contre l’Algérie française et ses frères algériens, de la part de l’URSS, de l’Égypte, de la Tunisie, du Maroc, base arrière des terroristes et pourvoyeurs d’armes et de mort. Et il aurait aussi pleuré sur le désamour déchirant de sa patrie France, et sur le désengagement programmé, insidieux et hypocrite, de son pays, de sa patrie, de sa nation, de l’État, qu’il aurait vu, en Algérie comme en Calédonie, abandonner la foi dans les valeurs humanistes, démocratiques et républicaines , et abandonner la volonté de les défendre et de les promouvoir face aux régressions féodales, intéressées et superstitieuses.

Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, il aurait écrit aussi. Il aurait écrit aussi ses textes d’une beauté et d’une vérité inouïes, lui valant aussi le Nobel de littérature. Il aurait écrit aussi « La Peste » et « L’Étranger », termes qui auraient pu prendre une autre dimension dans cette île, dans ce Tipasa-Kunié où nous l’avons un instant rêvé. Mais aurait-il aussi douté ? Aurait-il aussi flanché sous la légion des agresseurs de son rêve de « Noces à Tipasa », de son rêve de soleil, d’amour et de bonheur total, complet, naturel, sensuel, nietzschéen, dionysiaque, immanent, païen, sans dieu transcendant, sans idéaux secs, sans idéologies dénégatrices du bonheur terrestre, de la joie du présent, du plaisir de l’instant ? Aurait-il gardé foi dans la légèreté, dans le jeu, dans la vérité, dans la chance, dans le don total ?

Quand Camus a pris place et trouvé la mort dans l’Yonne sur la Nationale 6 à bord de la Facel-Vega conduite par son ami Gallimard, neveu de son éditeur, le 4 janvier 1960, deux ans avant le naufrage pathétique de sa chère Algérie, s’est-il murmuré ces mots, cette prière de ses vingt-six ans à Tipasa, accueillant son destin et la mort de son rêve méditerranéen, le propulsant néanmoins dans l’éternité ? « Étreindre un corps de femme, c’est aussi retenir contre soi cette joie étrange qui descend du ciel vers la mer. Tout à l’heure, quand je me jetterai dans les absinthes pour me faire entrer leur parfum dans le corps, j’aurai conscience, contre tous les préjugés, d’accomplir une vérité qui est celle du soleil et sera aussi celle de ma mort. »

Si Camus était né dans les alizés de Calédonie, et non sous le ciel bleu d’Algérie, aurait-il succombé aussi à la « tentation de Venise », à la tentation de propulser son bolide sur un arbre et de projeter son rêve d’amour terrestre et de plénitude tropicale vers l’infini, ce rêve sali et détruit par les petits, par les mauvais, par les impuissants à jouir du présent à Tipasa, de l’instant à Kunié, ce rêve suspendu sur l’onde translucide entre le bleu du ciel et l’ivoire des fonds sablonneux, se murmurant et emportant au dernier instant « On dirait le Sud / Le temps dure longtemps / Et la vie sûrement / Plus d’un million d’années / Et toujours en été / Un jour ou l’autre il faudra qu’il y ait la guerre / On le sait bien / On n’aime pas ça, /mais on ne sait pas quoi faire / On dit c’est le destin / Tant pis pour le Sud / C’était pourtant bien / On aurait pu vivre / Plus d’un million d’années / Et toujours en été …

* Claude-André Girard ; Ile des Pins, 10 décembre 1974 ; Au pays des faiseurs de Pluies et de Soleil, I.C.P., 1976

2012

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MERCREDI 9 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Il pleut.
Il pleure dans mon cœur
Comme il pleut sur Mont-Dore ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre l’Accord ?
Bof…

J’ai déballé le groupe électrogène gagné dans un loto dimanche dernier. Rutilant, beau comme un camion, mais quelle odeur ! Ça sent la Chine dans toute la maison, la même odeur que tout ce qui vient de leurs usines, habits, outils, appareils, meubles, ustensiles. On se sent chez Oyé Oyé dans mon salon, on se croirait chez Nouméa pas cher ! Je me demande si l’engin marchera aussi longtemps que la persistance de son odeur de chimie et d’esclavage dans mes murs.

Le grand remplacement a commencé à NC1ère. Le reportage nombriliste de la semaine dernière sur la station a révélé qu’on y nommait chefs les sujets soumis d’autrefois et que les maîtres du passé étaient devenus les dociles travailleurs subalternes. À propos des problèmes de société et en particulier de délinquance juvénile galopante, la nouvelle chefferie du Mont Coffyn confie régulièrement les analyses à l’incontournable John Passa qui conclura inévitablement sa purée sociologique, comme hier soir encore, par un « C’est la faute à la société et à l’école », coloniales évidemment, c’est sous-entendu, même si John Passa c’est vraiment pas ça…
Ces analyses malhonnêtes, l’amateurisme général des infos et des émissions, la délation organisée par les « Coups de gueule » du matin et le mépris des auditeurs invités à se rabaisser dans des jeux et dialogues débiles, comme ce midi avec cette nullissime et dégradante Génération What sur le sexe, font de ce grand remplacement une grande régression pour RFO. L’excellent reportage de 1999 fait par Thierry Rigoureau sur la tribu de Gohapin et rediffusé en juillet dernier, riche, complet, juste, atteste cette triste décomposition.

Plutôt que d’assommer d’impôts directs et indirects les employés, ouvriers et fonctionnaires, déjà étranglés par les banques vampires et par les commerçants sangsues, pourquoi pas une lourde taxation sur toutes les plus-values de Calédonie ?
Pourquoi pas un blocage des implantations off shore des sièges sociaux dans des paradis fiscaux, de l’évasion fiscale et de la fuite des bénéfices des sociétés ? Pourquoi pas un impôts sur la fortune et sur les haciendas et le foncier en jachère ?

Les musiciens en chambre du Groupe des Six se sont spécialisés dans les concertos en rage majeure. Trois mouvements, un rapide : les cris de douleur, un lent : la plainte et les lamentations, un rapide : la rage et les menaces.
Sonia Backes et ses concertistes ont interprété et offert hier au public calédonien républicain un très joli récital intitulé « Mais qu’attend-on pour agir à Païta ?! » Le livret de ces compositions est toujours le même mais on ne se lasse pas des paroles de la chanson : « Faut prendre des mesures !!! / Va falloir décider à leur place !!! / Faites payer les parents !!! / Démission totale des parents et des coutumiers !!! / Parents insolvables, pouvoirs publics démissionnaires !!! / Les lois existent déjà, il suffit des appliquer sans faiblesse et sans électoralisme !!! / Sanctions envers les commerçants !!! / Un gouvernement fort et uni face à la délinquance et non ces éternelles querelles d’égo !!!.
Et le plus beau refrain du morceau : « Mais coupons les allocations pour tout parent reconnu démissionnaire !!! »
On ne s’en lasse pas !

En dehors de cette intense activité musicale, je recommanderai, un, au membre du gouvernement des Républicains Calédoniens de s’abstenir de voter pour Germain et, deux, aux indépendantiste de nommer un vieux, encore plus vieux que Deladrière et D’Angleberme, qui leur donnera la majorité au bénéfice de l’âge et libérera le pays du président Biscopaschoc…

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JEUDI 10 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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À part un grand enterrement, fort, beau, digne, il ne s’est rien passé aujourd’hui, rien, rien du tout. Mais heureux d’avoir été parmi les miens, sans être d’un club privé, d’avoir toujours pratiqué le partage et le brassage, sans avoir attendu les mots d’ordre de destin crétin des hypocrites et des politiciens.

1977, lancement du RPCR, de Mélanésia 2000, de Tjibaou, de la Foire de Bourail et de mon service à Verdun, le Chemins des Dames m’ayant amené dans de drôles de champs de rodéos…

La Calédonie c’est le Château d’If, les Calédoniens y sont prisonniers comme Edmond Dantès et l’abbé Faria, les gardiens s’appellent Deladrière, Tyuienon, Tappero, Germain. Les bateaux sont réservés aux commerçants, les avions sont réservés aux surveillants. Il faudra quand même songer à s’échapper un jour. Dans un linceul comme Monte-Christo ?

« C’est une question de vie ou de mort pour Aircalin et ses 500 employés. » Vouah ! Deladrière devrait écrire des tragédies…
– La vie chère c’est pas bien, sauf à Aircalin ? – Ben ça hein, c’est pas un avion !
Ceux qui se sont agités aujourd’hui, du derrière et de la bouche, contre l’Airnaque Calin, n’avaient jamais bougé leur cul contre le vol et le monopole des vols auparavant. Normal, tous leurs copains ont pleins de bateaux et d’avions privés, et de sous aussi !

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DIMANCHE 13 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Le soleil flambe fraichement. Magnifique mois d’août tropical, plus de chaleurs imbéciles, plus de dictature stupide de la mer, des bateaux, des plages et des piscines, la terre et les plantes nous prennent simplement et nous parlent intelligemment, les couleurs crues sortent du tube. Le temps des pamplemousses est passé, les derniers attendent la relève des nouvelles fleurs parfumées au sommet des arbres avant de se jeter dans le vide et d’éclater. Les pomelos se détachent tranquillement et chutent doucement sans se blesser, juste assez pour les desserts quotidiens. Les lointains et anciens pieds de mandariniers ont lentement séché et cassé, vaincus par les ans, là-haut au terrain, ne laissant que quelques derniers fruits et le souvenir des brouettées dorées fièrement descendues, exposées et offertes naguère sur la terrasse. Les gros régimes sont aussi un souvenir, condamnés par leur garce de maladie. Restent et résistent les petites et délicieuses bananes figues perchées au somment de leurs cous de girafe nourriciers. Les hibiscus et les bougainvilliers crient leurs pourpres, leurs rouges et leurs jaunes à tue-tête dans les feuillages verts. Bonheur de se frotter aux tiges effrontées de patchouli en descendant péniblement les brouettes de gaïac tronçonné, ou plutôt de se laisse caresser par ces feuilles délurées qui semblent vraiment actives et entreprenantes tant le contact parfumé, entêtant et huileux est à chaque fois obligé. « Pajolis » disent les gens d’ici, assez justement d’ailleurs, vu l’aspect ordinaire et insignifiant du végétal en dehors de ses délicieuses et parfumées périodes de floraison violette, ou plutôt parme et lilas. Comment ne pas avoir un jardin en pays tropical ?! Pourquoi enfermer des gens dans des cages en béton dans un pays où la densité est de 14 habitants au km2 ?!

On brûle toujours le bétail à Bourail. Week-end du 15 août agricole. À la foire de Bourail on est plus fort pour monter sur des bœufs poussifs en chapeau de cow-boy et pour marquer des veaux au fer rouge devant les enfants que pour produire de la viande, des fruits et des légumes en qualité et en quantité suffisante pour satisfaire la population calédonienne.

Le maquis corse brûle encore. Les Corses ne prennent plus le maquis et ne crachent plus sur la France quand nos avions et nos impôts crachent de l’eau et de l’argent sur leurs forêts et sur leurs chasses gardées. Note pour plus tard : ne jamais jamais jamais foutre un pied et un euro en Corse.

Le torchon brûle entre les USA et Kim Jong Un. Trump, défenseur de Guam, Hawaï, New-York, Tokyo, l’Europe et de tous les protégé de l’Oncle Sam, est devenu le président des états unis de la Terre comme dans Independence day : Resurgence. L’Amérique est très forte pour se parodier elle-même. C’est exprès ou pas ? Le bébé fou de Corée du Nord, nourri à la mamelle de la Chine, lance des missiles fous plus ou moins atomiques tout près des avions d’Air France et… rien. Juste la grande gueule de Donald. On a bombardé la Serbie, la Libye, la Syrie, l’Iraq, Osirak pour bien moins que ça. Les états unis de la Terre prennent vraiement les Terriens pour des cons, comme le Congrès de Nouvelle Calédonie prend les Calédoniens pour des débiles.

Les tarifs flambent à Airculé et ne risquent pas de s’éteindre avec les achats et emprunts pharaoniques bloquant le ciel, mais pas les prix, pour des dizaines d’années. « L’affaire Aircalin » est le triple révélateur de la réalité toujours pénitencière de « La Nouvelle », du fond cupide et vénal de l’identité du pays et de l’ahurissante bêtise-méchanceté de la bête et méchante classe politique de la Nouvelle-Calédonie.
Un, une population aussi enfermée et séquestrée depuis 50 ans par UTA, Air France, Aircalin et leurs complices de la politique, de la CCI et des syndicats que ne le furent les bagnards et Natascha Kampusch pendant 8 ans par son ravisseur et geolier Wolfgang Priklopil. Maintenir des calédoniens captifs, exploitables et formattables à merci pour leur fourguer de force la camelote, la culture et l’idéologie de daube des commerçants, producteurs et gourous locaux. Syndrome de Stockholm en prime pour les victimes indulgentes des politiques et de cette compagnie.
Deux, solutions aériennes les plus coûteuses et les plus juteuses pour tous les bouffons bouffeurs, grenouilleurs et corrompus des commissions, de la défisc, des tarifs astronomiques, des grasses gamelles et avantages des personnels pléthoriques. Autant de billets gratuits et de privilèges payés par les damnés de la grande terre, les cochons de payeurs et de contribuables, les prisonniers du monopole et du ciel cadenassé.
Trois, il y a aussi bête et méchant que la clique des élus loyalistes : la clique des élus indépendantistes. Pendant que la droite gomésienne endette une génération entière pour des avions neufs aussi fous que ruineux, la gauche FLN se bouffe entre elle pour des motifs aussi baroques, et l’UC et son supplétif parti travailliste, déjà en ébullition pour garder Saint Anthony aux affaires, défend sa main mise sur Tontouta et les services, sur les embauches et sa possibilité de nuisance sur les transports et… sur le Palika, Néoutynine renonçant même à croiser un Wamytan lors de la fête privée donnée par un très proche ami et partenaire commun, le-dit Wamytan n’adressant pas plus, au demeurant, un salut et une parole aux 600 convives de l’événement du week-end qu’il ne se soucie des usagers de saint-Louis et des passagers d’ACI.
Les surfeurs démagos du groupe des six républicains calédoniens iront-il plus loin que leurs très récentes imprécations ? Grèves de la faim et des vacances ? Renonceront-il par exemple symboliquement aux billets gratuits que telle ou telle mission leur procurerait, par solidarité avec la population prise en otage par AirCulé ?

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LUNDI 14 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Le lundi au soleil
C’est une chose qu’on n’aura toujours, enfin, en principe…

Les pharmacies mutualistes sont ouvertes, c’est net. Les pharmaciens privés font grève, qu’ils crèvent !

Le Vénézuala de Maduro, stalinien et castriste, qui fait partie des 24 pays du comité de décolonisation, c’est quand même fort de roquefort, non ? Et en bonne compagnie à côté de la colonialiste Indonésie, de la dictatoriale Fidji, de l’envahissante Russie de Poutine, de Cuba, des peu démocrates Congo et Côte d’Ivoire ! C’est Raul Castro et Nicolas Maduro eux-mêmes qui vont vrenir surveiller nos listes, nos urnes et nos élections la prochaine fois ?

Le syndrome de Stockholm c’est l’indulgence et même l’affection à l’égard de leurs ravisseurs et de leurs geôliers éprouvées par les victimes au bout d’un certain temps de captivité. L’affection de la Foire et de l’agriculture locales par les consommateurs calédoniens privés et exploités, le refus des employés de la SLN de se retourner contre les atteintes physiques causées par l’amiante et les autres nuisances de leur société, la satisfaction et la fierté de voir un hibiscus sur les avions locaux et ruineux qui les empêchent de voyager, ressortent du syndrome de Stockholm.

Les Delerm père et fils nous roulent et nous saoulent. C’est bien fait, bien torché, ça se lit, ça s’écoute, mais l’exploitation du même filon jusqu’au fond de la mine d’or, jusqu’à la dernière gorgée de bière et jusqu’à la dernière des fille de 1973 qui ont trente ans, c’est agaçant. Même boulot, mêmes lieux, même Évreux, mais c’est pas une raison, c’est énervant. Les gnan-gnan bobos et les lectrices de Marie-Claire aiment Philippe et Vincent, comme ils aiment Vianney et Christophé Maé. Ici ils aimeraient le rap, les tags, l’herbe et le festival Ânûû-rû âboro. Les trentenaires ont la nostalgie qu’ils peuvent, des Brel et des Brassens à leur taille, la tragédie soft en sushis propres.

« Un été en Algérie », Échappées belles, reportage intéressant hier soir sur le pays chanté par Camus. Séduisant, attirant, proche et dépaysant. Cuisine, architecture, paysage, accueil, bienveillance, intelligence… Mais comment ne pas songer aussitôt, derrière cette belle image, au million de pieds noirs rapatriés et aux massacres massifs de Français à Oran après les accords d’Évian et la déclaration d’indépendance. Comment ne pas penser aux centaines de milliers de biens fonciers et immobiliers expropriés et volés jusqu’à ce jour aux Français par les Algériens, à la surdité et à la cécité volontaires de De Gaulle et des gaullistes sur ces massacres, sur ces spoliations, sur cet exil, sur cette trahison des accords d’Évian par le FLN ? Comment ne pas se souvenir du mépris tenace de De Gaulle mêlant dans la même haine l’OAS et tous les pieds noirs, de son refus revanchard d’indemniser les exilés spoliés jusqu’en 1970, des très maigres compensations accordées par la suite pour les fermes et les entreprises volées, pour les maisons et les appartements volés, pour les crédits en cours réclamés par des banques voleuses ? Comment ne pas entendre les mots de rage actuels toujours adressés aux Français par les Algériens sur leurs blogs, sur leurs sites et sur leurs journaux numériques (« algeriepatriotique.com ») en réponse à l’application des accords d’Évian et à ces paiements encore réclamés à l’Algérie d’aujourd’hui par des pieds noirs ? Et comment ne pas lire l’avenir de la Nouvelle-Calédonie à travers le passé de l’Afrique du Nord ?

Équation complexe et ardue que celle qui prétend décrire l’avenir de la Nouvelle Calédonie à partir de données certaines mais aussi de nombreuses inconnues : référendum X + population Y + budget Z = Algérie ? ou bien = Vanuatu ? ou bien = France ?
Les données connues c’est l’incapacité de la Calédonie à se financer et à s’autosuffire, ce sont ces trois référendums loyalistes gagnés à prévoir, c’est la poursuite perpétuelle et jusqu’au-boutiste de la revendication sécessionniste kanak, c’est l’accompagnement financier prolongé par la métropole pour éviter des vagues et des réactions, c’est la passivité de la France et des non indépendantistes en cas d’insurrection violente comme en cas de paix civile préservée, c’est la poursuite de la montée de la criminalité et de l’insécurité, c’est la reconduction de l’incompétence et l’opportunisme de la classe politique non indépendantiste.
Les inconnues c’est la vitesse de la dégradation de l’économie et du nickel, c’est le délai et la hauteur du soutien de la métropole avant une date buttoir de retrait, c’est la vitesse et l’ampleur du retour des métropolitains, entre autres, vers la France, c’est le degré de haine et de surenchère entre l’UC et le Palika, c’est la modification de la question référendaire, c’est, en date et en nature, l’initiative personnelle à prévoir d’un leader politique s’emparant du pouvoir laissé progressivement vacant par la métropole.
Équation très délicate donc : y a-t-il un mathématicien dans l’avion ?

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MARDI 15 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Beaucoup de Calédoniens « en marche » sur le bord des routes en ce jour d’Assomption de Marie. Convertis au macronisme enfin ?

La grève des pharmaciens a atteint un degré d’obscénité inégalé en Nouvelle-Calédonie et jamais encore atteint par l’argent pervers . D’une part parce que jouer sur les malades et le danger de mort pour imposer la protection de ses privilèges est odieux, d’autre part parce que les pharmaciens sont sans doute les plus privilégiés du pays, gavés à la généreuse mamelle de la CAFAT, rentiers d’une ou plusieurs officines comme les notaires sont rentiers de leur études et simples épiciers des médicaments alors que les médecins, les chirurgiens, les entrepreneurs prennent des risques et entreprennent, eux.
Des scènes surréalistes dans les pharmacies hier. Deux médicaments seulement deux, délivrés dans certains endroits. Mieux valait ne pas souffrir de plus de deux affections ou ne pas avoir besoin d’une trithérapie !
S’il tient bon contre ces goinfres, Germain va se refaire une santé et une popularité, un comble !

La TGC a été inventée évidemment pour taxer mieux et plus les Calédoniens. Comme les politiques et les experts des finances publiques n’ont jamais été capables de savoir au juste combien rapportait telle ou telle taxe dans la jungle des impôts calédoniens, ce bricolage inextricable où le pays constatait les rentrées annuelles sans trop savoir où, quand, comment elles arrivaient, ils ont inventé la « marche à blanc » pour avoir quand même un semblant de trace et de possibilité de calcul dans ces mystérieuses sources et résurgences fiscales. Bonjour le Bercy local !

Edouard Leoni s’est exprimé sur le nickel dans « Demain en Nouvelle-Calédonie ». Il rappelle que son projet « d’OPEP » du nickel dans la zone a été rejeté « parce qu’il était porté politiquement par un indépendantiste ». L’intervention du politique et des politiques dans l’économie du pays et dans tous les secteurs du Calédonie d’ailleurs a été, est et sera toujours catastrophique. Les indépendantistes, le RPCR et le RUMP, Calédonie Ensemble ont adoré et adorent toujours mettre leur nez et leurs pattes dans le nickel et l’économie, mais aussi dans le social et le syndical, dans la culture et l’enseignement, en pourrissant et en gangrénant tout inévitablement depuis des dizaines et des dizaines d’années.

La classe politique calédonienne forme vraiment un tout relativement homogène, indépendantistes et loyalistes confondus, tous se valant bien dans l’imprévoyance, dans l’incohérence, dans l’irresponsabilité et dans l’amateurisme. Comment ces 54 élus du Congrès vont-ils mener notre barque calédonienne pendant cette année qui va nous conduire au référendum d’autodétermination, pagayant un peu dans tous les sens ? Cette multiplicité brouillonne de coups de rames anarchiques donnera-t-elle finalement une moyenne et une résultante raisonnables ?

Les prochains mois de ces « Independence Days » qui précédent octobre ou novembre 2018 en Nouvelle Calédonie méritent un journal accessible à tous et partageable par tous. Un diary un peu « Jours tranquilles à Clichy » de Miller, un peu « Symphonie Tragique » de Malher, un peu chronique des derniers mois de bonheur, un peu journal d’une indépendance qui fait peur. Voilà ! Le groupe et ses publications sont désormais publics et totalement partageables, apolitiques et indépendants, axé sur l’agenda institutionnel et l’approche du référendum, journal d’une histoire de territoire un peu rare, pour nos mémoires et pour savoir quelle sera la fin, s’il y aura une fin, qui écrira cette fin.
« Écris l’histoire » chantait Grégory. Écrivez l’Histoire !

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BROUSSE DE CETTE ANNÉE-LÀ
(Caledonia stories)

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Février de cette année-là, c’est le début de son histoire, de son histoire là-bas. Se lever tôt, très tôt, dans la nuit. Se laver sans doute un peu, se laver les yeux, se mouiller les cheveux. Se regarder dans la glace, se coiffer. Prendre un café, chauffer de l’eau sur un petit réchaud bleu, sur une caisse, verser la poudre, le sucre. Emporter le bol, allumer la première cigarette, sur le balcon rouge, poudré de poussière d’usine, de l’usine de l’île, la même rouille que sur tout le pays. Février de cette année-là, les cheminées crachaient déjà, et crachent encore, leurs volutes de nickel là-bas, là-bas derrière la ville, là sur la ville.

Récupérer la deux chevaux du Service, en tôle ondulée café au lait, comme celles de la Poste, qui étaient jaune PTT elles, jaune canari, camionnette des tournées de campagne, des circuit de la Hunière, et de Saint Julien, quand il était facteur, là-bas, de l’autre côté, avant, quelques mois avant.

Sortir de la ville endormie, prendre la route, la route du Nord, la route de la Brousse, passer le quatrième, le cinquième, le sixième, le septième kilomètres, la station de la Dernière Chance, les cols sombres, les lacets tristes, les crêtes noires sur fond déjà rose. Rouler, partir, partir pour pas grand chose, partir quand même. Un voyage dérisoire, dans un voyage idéal, ça commence un peu mal, ça commençait déjà… Aller voir du bétail, des fermiers, des colons, des parasites. Ramasser des œufs, des tiques, des vers, des poux, des gales… Quelle mission ! Quelle aventure !… Il s’en faisait quand même un roman de tout ça, tout un cinéma. C’était déjà un peu ça aussi les tournées, porter des lettres, des mandats, aux vieux, aux paysans, boire, manger à la ferme, avec les patrons, les gars, des gars de ferme un peu bizarres, regards en biais, et puis entrer chez des broussards, zyeuter leurs filles, toucher leurs vaches, visiter leurs carcasses, explorer les tripes, manger en famille colon, avec leurs boys, qui n’arrêtaient pas de crier, de rigoler, de chahuter, leurs indigènes, toujours un peu la même histoire, en fait. Vous pouvez me déposer l’ordonnance facteur ? Me remonter les médicaments demain ? Voilà cents francs, vous garderez la monnaie. Tu peux me descendre ça à Nouméa, chez ma sœur, à la Vallée, et puis ça aussi, chez mon frère, au Faubourg, il te paiera un coup. Tiens prends un bout d’viande fils, t’as un congélo ? Un peu pareil aussi…

Et après février il y a eu mars, et puis avril, et les mois sont tombés les uns après les autres, comme des gros fruits trop mûrs, sans s’arrêter, ni même ralentir, jamais. Des fois c’était un abattage, une tuerie on disait. Deux coups dans la tête de la vache, entre des poteaux de bois tordus, argentés aux rayons de l’aube, genre corral, un peu comme les branches de la Garenne, à l’école, ramassés dans les bois, en fin d’année, pour la fête des vacances, pour les décors, ranch et cow-boys, pour jouer « Zorro est arrivé » ou mimer « Le Gros Bill », tout le long de l’île au long de l’eau… Les parents applaudissaient. Il s’était fait virer, il devait faire Zorro, ou le Gros Bill, il se marrait trop. Il aurait pu en parler à Ramberteau, quand il l’avait visité, pris un thé, ou un pot, visite d’exilé, d’aventurier, à son vieux maître, le directeur, la maîtresse de CP était sa maîtresse les gens disaient, retours au pays insensés, rien à raconter, mots insignifiants, Oui oui on a de l’élevage en Calédonie… Non non il ne fait pas trop chaud… récurrents, radotants. Pourquoi l’avait-il viré, privé de Zorro ? S’en souvenait-il ? Il ne risque plus de s’en rappeler à présent…

Quand le bétail était tué, abattu, on le tirait, on le hissait, à la main, au palan ou avec une jeep Willys, une des Américains, de la guerre du Pacifique, mythe bon marché. On le dépeçait, on l’ouvrait, les tripes s’écroulaient, pesantes, chaudes, fumantes, luisantes, brillantes, aux pieds nus des bouchers de fortune et les gars le regardaient, goguenards, Amuse-toi ! Prends c’que tu veux ! Sers-toi ! Ramasse tes vers ! Le short large sur des jambes brunes, maigres, ou serré sur des cuisses noires musclées, taurines, le tee shirt publicitaire taché, troué, déchiré, sanglant, la casquette vissée sur le front des mélanésiens, des métisses, le chapeau de cow-boy couronnant la face des stock-men, du colon. Il faisait son boulot, remplissait des pochons, des flacons, d’helminthes, de tiques, de progénitures de parasites, de jus de panse ou de caillette, vidait du formol.

Et puis ils faisaient un feu après le travail, les carcasses propres, pendues, roses et patientes, ils grillaient des morceaux, les morceaux qu’ils aimaient, sortaient le pain frais, le vin et la bière, allumaient des cigarettes. Il mangeait et buvait avec eux, il leur donnait son paquet. Ils riaient pour rien. Il riait avec eux. Le soleil se levait, rayons crus, jaune citron. Les gars oubliaient son boulot imbécile, lui demandait d’où il venait, et c’était bien, il était bien.

Le vétérinaire était là des fois, ou ne venait pas, s’en foutait. Le camion frigo de l’Office arrivait. L’abattage était terminé.

Des fois c’était plus loin, plus au nord, chez un vieux, au fond d’une vallée, après douze ou quinze barrières à soulever, à ouvrir, à passer, à refermer, à raccrocher, de propriété en propriété, de colon en colon, de tribu en tribu, toujours les mêmes bois, les mêmes piquets, les mêmes barbelés.

Prélever des parasites, encore, toujours, gratter des tiques, les reconnaître, les comparer, les compter. Violer quelques vaches pour leur prendre de la bouse vierge, demander de l’eau au vieux, ne pas comprendre ses hochements de tête, ses monosyllabes, lui faire répéter vingt fois « Là-bas à bloc ! » avant de comprendre qu’il désignait le torrent d’une source, jaillissant à la verticale d’un talus, prendre un peu d’humeur à l’œil d’une génisse, pour faire plaisir à l’ancien, qui le prenait pour un docteur, lui l’étudiant raté, le facteur défroqué, le fuyard, l’exilé. Et puis vouloir repartir, commencer à prendre congé, et le vieux qui se révolte, indigné, les visites étant bien rares, qui n’entend pas laisser s’échapper un compagnon de boisson potentiel, providentiel, et une oreille virtuellement docile pour la rengaine de sa vie, les éternels couplets de la geste familiale des générations passées, « Tu vas pas partir comme ça ! On va boire un coup ! ». C’était au cœur de la chaîne, au sein d’un cirque tropical, fin de journée mélancolique, coucher de soleil d’agence de voyage, un vieux au visage sec, mal rasé, le reste d’aristocratie bourbonnaise d’un nez busqué, un regard pathétique, perdu, un peu d’humidité ou d’humeur aussi au coin des yeux, d’un bleu délavé, noble, larmes de solitude infinie.

Et le vieil Amédée qui sortait une bouteille de whisky, une bouteille carrée, et puis deux, et puis trois, et qui racontait son passé, celui de son père, du grand-père, de l’arrière grand-père, la Réunion, et le facteur parasitologue amateur rêve, se saoule, de cette bouche édentée, d’histoires de bateaux, de naufrages, du temps d’avant, de la couronne des collines qui s’assombrit, de l’alcool, de son propre roman. Et quand il repart enfin, rouvre les barrières, les referme, derrière la deux chevaux qui ronronne dans la nuit, parmi les bœufs et les taureaux qui meuglent et pissent bruyamment, à bloc, comme la source du colon, il pisse lui aussi, violemment aussi, à bloc, et fréquemment, seul sous la lune crue et bienveillante, sous les étoiles douces qui clignotent, par les crêtes noires, se disant à chaque arrêt, à chaque épanchement, C’est bien, on est bien, je vais rester ici, pas repartir, pas la peine d’aller ailleurs, c’est bien, ça suffit… Inconscient, et inconscient de l’inquiétude du vétérinaire, le jeune VAT qui le loge, et qui a déjà plusieurs fois téléphoné aux gendarmes de la subdivision, depuis minuit, pour avoir des nouvelles, s’il y a eu un accident, s’il lui est arrivé quelque chose. Il est deux heures. Il se fait engueuler.

Beaucoup de choses là-bas, sur la Côte Est. Mais il se souvient de ça surtout, de cette journée, de cette nuit, et puis aussi du bonheur qu’il y avait à descendre vers la côte au vent, après le Col des Roussettes, à émerger de la montagne, au royaume des cocotiers, soufflés, penchés, effleurant la mer, ou se dressant dans tous les sens, en forêts un peu folles, échevelées, et de l’océan au ras de la route, au ras de la montagne, provoquant, presque plus haut que la terre, et de la piste entre terre et mer, entre ciel et terre, de sa poussière, rouge, ocre, orange, au pays des tribus qui se suivaient, parsemées le long du chemin, des haies jaunes, des fleurs rouges, des gazons ras, des cimetières indigènes, en cailloux peints en blanc, des chapelles bleues ou blanches, des saluts d’enfants, dès le col passé, des gens à pied, auxquels on répondait d’un doigt levé, ou de deux, parfois de trois ou de quatre, la main posée sur le volant, ou la paume ouverte, offerte, parfois sortie par la fenêtre, c’était selon, selon les virages, selon les visages, l’humeur, selon le sourire des femmes, des gamins, de l’homme ou de la troupe, marchant, portant du bois, des paniers tressés, un sabre, un fusil, ou assis sur l’herbe, ou s’affairant sous une case au fond ou au bord de l’eau, levant le bras, même de loin. Tout ça… La maison du vieil Amédée, il s’en souvient un peu, quelque chose de colonial, ou d’un peu plus moderne, mais le cercle des monts, le fond du cirque, le bout de la vallée, le bout du monde, l’impasse, les rayons déclinants, il les voit, il les sent encore. La maison existe-t-elle toujours ? Ruine solitaire ? Effacée ? Envahie ? Avalée ? Digérée ? Revanche des herbes et des arbres… Le vieux est-il mort là-bas ? Seul ? Tout seul ?

Des fois c’était l’autre côte, à l’Ouest, une belle station, travaillée, entretenue par une veuve, avec quatre ou cinq filles, fraiches, claires, nature, belles, habillées en garçon, surgissant à cheval, curieuses, lorgnant le visiteur absurde, étranger, ridicule, ouvrant les frigidaires, s’asseyant, se relevant, vives, vivaces, vivantes, instables, spontanées, rieuses, vaguement insolentes, provocantes, et délicieusement timides à la fois, étranges filles d’un docteur March broussard et défunt, dont on eut dit que la mère, crainte et respectée, pouvait cependant vous dire Choisissez !

Il y avait eu aussi ce vieux qu’il avait cherché des heures, pour palper et sonder son bétail, sur ses terres vallonnées, sur son tracteur du matin au soir on lui avait dit, dans une plaine infinie, dont on l’avait informé qu’il était là, ou bien là-bas, et qu’il n’avait jamais trouvé, pour l’accès à ses vaches, et qu’on n’avait jamais retrouvé, trois ou quatre ans plus tard, à part quelques morceaux découpés, calcinés, destin mythifié d’octogénaire solitaire, rebelle, dur à la tâche, mort en scène, comme Molière, mais dans le mystère, sans texte ni public. Un peu comme cette infirmière, dans l’avion UTA de son arrivée fondatrice, que Michel-la-banlieue, Michel-Champigny, Michel la gouaille, son compagnon de chambrée, de voyage, d’aventure, d’aventures, avait chambrée, attaquée, draguée, et qui venait chercher banalement du boulot, une vie, un type, pourquoi pas un toubib, et qui avait disparu quelques semaines après, jamais retrouvée, accédant à l’honneur et à la rareté du mystère aussi, du secret, de l’absence.

Et puis ces hôtels perdus de brousse, à l’écart d’un village, et ces étranges immeubles cubiques à deux ou trois étages au bout de Bourail, collés, râpés, délavés, un peu bâtisses lépreuses du vieil Hong-Kong, modernisme usé, fané, déposé bizarrement là, décor Blade Runner incongru, pompeusement baptisés, genre Grand Hôtel ou Hôtel du Pacifique, avec des « coursives » courant à l’extérieur, sur la rue, avec le café brûlant à la cruche et le pain beurré le matin, où un vieux blanc, petit blanc, maigre, sale, pas rasé, déjà saoul, venait réclamer en vain son argent au patron, pour des poteaux de gaïac mal faits, mal plantés il avait dit le patron, hôtelier éleveur, on cumulait en brousse, et dont les cris aigus d’épave humaine rivalisaient avec les rires de la salle, des indigènes, des colons, prêts à le jeter à la rue, du haut des marches du « saloon », pour le plaisir, s’il insistait trop.

Et puis ce gué à Canala, cette première, ce dépucelage, où il s’était dit que pour franchir la rivière frissonnante, le torrent, il valait mieux s’élancer, élancer sa deux chevaux, jeter ses deux chevaux à plein gaz contre l’onde, cravacher, et où il avait noyé son moteur, et sa dignité dans des gerbes d’eau irisées et dans les rires des cavaliers harnachés, splendides, contemplant de haut, des berges, des chevaux, sa misère au milieu du gué, le maître césarien des lieux contenant ses gars du haut de son promontoire, leur ordonnant de lancer des cordes, de tirer la minable Citroën à la force des juments arrogantes, luisantes, des quarter horses orgueilleux, méprisants, l’invitant royalement à sa table à midi, riche de viandes, de sauces et de vin, une fois ses prélèvements effectués, ensachés, rangés, à sa tablée parmi les nombreux boys bruyants, riant, éructant, dans cette maison de seigneur broussard d’où les mêmes boys le chasseront trois ou quatre ans plus tard, brûlant sa superbe et sa ferme.

Et puis ces filaires exubérantes, explosant le cœur d’un chien, dans le formol d’un bocal, chez Chavier, son parrain vétérinaire à Bourail. Ça l’avait tué, écœuré, terrorisé, rempli d’images de cœurs attaqués, mangés, envahis de vermine pullulante, de passions tristes, de haines grouillantes, de regrets purulents, déjà…

Et enfin rentrer à Nouméa, fin de journée, soleil dans le dos, vent dans le nez, ralentissant considérablement la petite voiture en tôle crème, qui était un fier voilier à l’aller et au retour une poussive Motobécane, comme la bleue de ses quinze ans, sur laquelle il se penchait pour foncer davantage sur la route de Louviers. Trouver la pénombre à Téremba, la nuit à Ouitchambo, passer Tontouta, vague envie de prendre l’avion en passant, dépasser les regrets, s’approcher de la ville, avoir hâte d’arriver, l’étrange impression citadine retrouvée, après un jour, ou deux, ou trois, comme si c’était un an. Et un bar ou deux, des terrasses, des odeurs de bière, des boites, d’autres pistes, plus de terre, des lumières, des yeux clairs, ou brillants, et plus si affinités, la ville et la vie retrouvées, sans décharger la deuche de la récolte de sacs et bocaux d’œufs et de vers, sans même se laver. Craquer un peu son misérable salaire, en en conservant toujours bien assez pour son steak frittes salade bière quotidien, doux forfait à trois cents francs pacifiques sur des tables en formica, au Snack du Pacifique, parmi des rires et des exclamations pacifiques, aussi.

Et ce jour de décembre où il a déclaré à son chef, son inspecteur vétérinaire chef, expert tropical, nostalgique de l’Indochine et de Madagascar, Mada il disait, les plus belles colonies il ajoutait, qu’il allait le quitter, qu’il voulait passer des concours, devenir fonctionnaire. L’autre, bon prince, qui l’avait aidé, malgré cette infidélité et malgré l’accident stupide mais ruineux de la deux chevaux à Camp Brun, rabotée sur le talus rocheux qu’il avait tutoyé en cherchant Neil Young ou Patty Smith parmi les cassettes pirates de Jogja à moins que ce ne soit Manureva ou L’Été s’ra chaud parmi celles postées de France, musique pour la route mi branchée mi vulgaire, et qui l’avait pistonné, avec ses relations au Rotary, au Lyons ou au Kiwanis, un monde qu’il ne connaissait pas, des machins qui faisaient florès dans l’île, pour s’inscrire ça et là hors délais. Il avait laissé sa place et sa carrière d’à peine un an à un jeune gaillard costaud et faraud, grand et content de lui, bavard et vantard, qu’il avait un peu formé aux mystères et aux joies des acariens et des helminthes, qui ne s’encombrerait pas, lui, de rêveries solitaires au fond des vallées, et dont la copine laiteuse finirait dans les bras et sous le poids d’un Loyaltien de trois cents livres, au prestige et à la renommée non moins imposants que sa masse, sans que ça n’atteigne la volubilité et la bonne humeur du remplaçant parasitologue en herbe.

Février était loin déjà, tellement loin ce février-là, et pourtant toujours là. Tout était déjà loin et pourtant tout serait toujours là. Une histoire s’achevait, une autre commençait. Une année ouverte là-bas se refermait ici, à la fois la première, à la fois la dernière. Février de cette année-là.

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MERCREDI 16 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Superbe temps d’hiver tropical, sec mais idéal.

À moins de vouloir se refaire un visage et de changer d’identité, éviter de passer le soir dans les terrains vagues et la rue en bas de la Casa Del Sole sur les baies de Nouméa. Ce professeur d’EPS ne cherchait pas vraiment à devenir un autre en juillet dernier avant de se faire fracasser la face par une bande de chirurgiens esthétiques en herbe, et en alcool aussi sans doute…

Si je refaisais de la politique un jour et si je montais un parti je prendrais Bruel, Leroux et Lafleur dans mon bureau, tant qu’à faire. Autant épouser de bons partis pour des alliances et plus si affinités, non ?
Hein ? Quoi ? C’est déjà fait !!!

Trump et Kim désescaladent, sans qu’on sache trop lequel était monté sur l’autre. Je ressors mes Sao, mes pâtés Henaff et mes Oros de mon abri-WC en béton antiatomique.

Les feux qui sévissent actuellement en Calédonie sont un bien dans notre malheur, nous dit benoitement Jean-Baptiste Friat, directeur du service culture de la Province Sud sur RRB ce midi, puisqu’ils dégagent des vestiges archéologiques oubliés, cachés ou inaccessibles et permettent des fouilles et des restaurations. Génial ! Et la cancer, la drogue, les tsunamis, Daech, ça doit bien servir à quelque chose aussi, suffit de trouver à quoi !

Grève sur les mines Ballande pour avoir des toilettes pour les femmes-chauffeurs sur les carrières. Décidément tout va mal dans le nickel, même ça on l’avait pas prévu ! Y’a pas de toilettes pour dames dans les Dumper trucks ?!

Examens du compte administratif et du compte de gestion 2016 de la Nouvelle-Calédonie. Tout va très bien madame la marquise Backes, a assuré le président Germain au Congrès. Celle-ci et ses amis, contrairement à la marquise de la chanson lui ont répondu « méthode Coué », « autosatisfaction », « récession » et « maquillage de la situation ». C’est pas gentil ça pour le président Philippe-Ray Ventura et ses Collégiens qui mettent de la musique et de l’ambiance au Boulevard Vauban, ni pour le président Santa qui fait tout pour transformer son assemblée en plateforme de sport en invitant les champions Grangeon, Fairbank, Deniaud et Brignone aux débats. Du pain et des jeux presque ! Du pipeau et du sport !

Gaël Yanno a presque fait fermer la boutique du Congrès en réclamant trois fois la parole. Il ne sait pas qu’on ne donne que deux médicamentsen ce moment dans les pharmacies pas en grève ?

Le Grand Robert contient 100 000 mots, 350 000 sens, 25 000 expressions, locutions et proverbes, 325 000 citations. La richesse du lexique français nous permet de ne pas nous faire avoir par les mots. Quand on n’a pas le choix, quand on n’a que « beau », « laid », « gentil », « méchant »… à plaquer sur les choses et le monde, on va les regarder comme un aveugle, les penser comme un demeuré, les dire comme un muet, les agir comme un paralytique. La richesse et la maîtrise de la langue c’est la richesse de la logique et de la pensée, la force de l’indépendance et de la liberté, la puissance de l’influence et de l’action. « Langues et cité », le bulletin de l’observatoire des pratiques linguistiques en Nouvelle-Calédonie, indique un ordre de grandeur pour le nombre de mots que comportent les différentes langues vernaculaires de l’archipel en citant Emmanuel Tjibaou : « Dans chaque cas, nous produisons, outre un rapport d’enquête en langues kanak/ français, un corpus lexical de 1500 mots pour les langues non pourvues de graphie. »

Discussion hier à propos des rêves. Comme on a pu nous prendre là aussi pour des crétins avec toutes ces leçons et ces donneurs de leçons sur nos rêves ! Depuis les gourous païens jusqu’à ce charlatan de Freud. Ils ont tous voulu tripoter nos rêves, les prêtres de l’Antiquité, les chamans et les sorciers, les curés et les devins, les psys en tous genres et les Marie-Chantal de Marie-Claire, les vieux cons et les vieilles voyantes. Prophéties et prémonitions par ci, messages des dieux et des esprits par là, communication avec les aïeux parfois, expression de l’inconscient, du subconscient et du con chiant d’autres fois. En tout cas toujours du sens et de la signification de daube, de la révélation à deux balles, bidon, arnaque.
Les rêves ne signifient rien, ne révèlent rien, ne veulent rien dire.
Les rêves c’est juste de la création libre, de l’invention gratuite, du jeu artistique, de la logique nocturne et bizarre, de la grammaire fantaisiste, des images surréalistes, la nuit, dans le sommeil, quand on n’est pas pris par les règles, les lois et la logique aride du travail, de la sécurité, des responsabilités et de la survie, par les actes et les relations diurnes, ordinaires, répétitives, lassantes, intéressées, calculées.
Les humains ont quitté l’Eden et le temps du rêve depuis des millénaires, depuis qu’ils travaillent, depuis qu’ils obéissent. Seuls les artistes, les inventeurs, les chercheurs, les passionnés rêvent encore éveillés. Les autres n’ont que la nuit pour peindre et filmer un peu de beauté, et puis pour oublier au matin !

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VENDREDI 18 AOÛT 2018
(Independence Days Diary)

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Depuis que je sais comment les services contrôlent les poules en #Calédonie, moi quand je mange une omelette… je marche sur des œufs !

Je dirais bien aussi que la loi de moralisation politique ne semble pas toucher la Calédonie ni certains militants pourtant très actifs d’un certain parti ni tous les élus pourtant très coconstructifs d’une certaine ville… mais là aussi je marche sur des œufs…

Nouvelle attaque inhumaine à Barcelone. Le guerre des civilisations continue : l’islamisme contre l’humanisme. La guerre de l’inhumain contre l’humain. Le guerre de ceux qui méprisent et veulent détruire le présent ici-bas, la vie, le bonheur, les plaisirs, la liberté, les individus, les choix personnels au nom d’un au-delà, d’un prophète, d’un dieu et de l’implacable loi coranique. On entend toujours aussi peu ceux qui se réclament du même au-delà, du même prophète, du même dieu, de la même loi coranique et qui se prétendent différents des terroristes…

On marche sur des œufs en faisant des omelettes en Nouvelle-Calédonie… Si on a loupé le Fipronil on pourrait bien avoir droit à la Cyromazine nous prévient Martine Cornaille. Mais nân ! tout va bien puisque des prélèvements, analyses et contrôles sont effectués par le SIVAP une fois par an sur 3 douzaines d’œufs sur les 40 millions d’œufs consommés par an en Calédonie… Sauf qu’on y recherche des traces de pesticides mais pas le Fipronil ni la Cyromazine, interdite par l’Union Européenne mais prescrite en NC par des vétérinaires, prescripteurs ET importateurs… Mais nân ! tout va bien puisque 90% de ce poison perturbateur de l’ADN sont rejetés par les poules. Les autres 10% ? Bah c’est rien, c’est pas grave, c’est comme les 10% de divergences avec le FLNKS dont nous parlait Gomès avant de se fâcher avec Mapou. Des tout petits 10% de divergences qui correspondaient aux régaliennes, à un siège à l’ONU et à l’indépendance, rien je vous dis ! Rien à côté de nos 90% de convergences avec Kanaky. Donc les 10% toxiques qui restent dans les poules et passent dans nos estomacs c’est rien !!!

Je reviens sur les rêves et le travail artistique. Le paradoxe c’est qu’un artiste doit travailler, composer et produire son œuvre à partir de son inspiration onirique, de sa rêverie, dans un état de veille attentive, de lucidité, de concentration, de réflexion logique, d’attention technique. Rester pourtant suffisamment « rêveur », « nocturne » et inspiré tout en étant bien réveillé, « bosseur », appliqué.
L’artiste qui ne rêve pas en créant, ou plus, ne produit que du copier-coller, du « fait à la chaine », à la « machine intellectuelle », du rationnel, du programmé, voire du « rentable », de l’anonyme, du faux art.
L’artiste qui force son rêve par de l’alcool, de la drogue et par délires et des évasions délirantes du réel ne produit en revanche que de l’aléatoire, de l’illisible, de l’impersonnel, du sans forme, du difforme, de l’amorphe.
Les rêves, diurnes ou nocturnes, ne sont pas un délire, ils ont une langue, une mélodie, des couleurs, un rythme, une grammaire.
Traduire la grammaire de la nuit dans la grammaire du jour, tout un art !

En cette fin août, à un peu plus d’un an avant le référendum devant en principe donner la parole aux Calédoniens à propos de l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie, c’est la guérilla entre les indépendantistes, c’est la guérilla entre les loyalistes et c’est la guérilla entre les indépendantistes et les loyalistes. Et tout ça dans les craquements sinistres du paquebot économie de la Nouvelle-Calédonie.
Le Palika se bagarre avec l’UC, l’UC du nord se bagarre, avec l’UC du sud, le MPC Yanno se bagarre avec le Rumpy Santa pour avoir la parole au Congrès, la RC Backes se fait boxer par Yanno, la plateforme qui prend déjà l’eau gigote dans tous les sens pour que les Républicains Calédoniens ne montent pas dessus.
Mais à part ça tout va très bien messieurs les petits marquis du destin commun…

C’est la saison des statistiques pour les accidents mortels sur les routes calédoniennes. Bon an, mal an, on est toujours entre 50 et 60 morts pour 100 000 habitants, un record mondial, et on va encore rester dans la moyenne en 2017. Pour garder cette tradition intacte la Calédonie se garde bien d’adopter les règles et interdictions de la métropole : vitesse limitée partout à 90Km/h et moins, signalisation au sol et panneaux pertinents, contrôles techniques des véhicules réguliers et obligatoires, plaques adéquates pour les contrôles et flashs radar nombreux, limitation drastiques des heures de conduite des chauffeurs routiers, ceintures de sécurité obligatoires dans les bus, amendes très lourdes, confiscation du véhicule et retrait du permis dans les cas de conduite criminelle. Mais bon, oui je sais, c’est des lois « de-France ». Nous, on a nos spécificités et notre identité, et les faiseurs de lois ils ont besoin de se faire réélire surtout…

Il y a des invariants et des constantes comme ça en Nouvelle-Calédonie, l’éternel retour du même chaque année depuis 30, 40, 50 ans, des « années sans fin » à l’image du film « Un Jour sans fin » :
L’alcoolisme et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre l’éternel retour de l’alcoolisme.
Les feux de brousse et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre l’éternel retour des feux de brousse.
Les violences faites aux femmes et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre l’éternel retour des violences faites aux femmes.
Le cannabis et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre l’éternel retour du cannabis.
Les pénuries et l’agriculture insuffisante et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre les pénuries et l’agriculture insuffisante.
La criminalité et l’insécurité et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre l’éternel retour de la criminalité et l’insécurité.
L’échec scolaire et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre l’éternel retour de l’échec scolaire.
Le tourisme indigent, encalminé et stagnant et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre l’éternel retour du tourisme indigent, encalminé et stagnant.
La vie chère et les billets d’avion prohibitifs et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre l’éternel retour de la vie chère et des billets d’avion prohibitifs.
Les squats et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre contre l’éternel retour des squats.
Les moustiques et la dengue et l’éternelle complainte des politiques-experts-délégués contre contre l’éternel retour des moustiques et de la dengue…
Ça doit être ça l’identité calédonienne dont me parle souvent Edouard Leoni…

Enfin, du moment que la sécurité civile et la prévention routière veillent, du moment que la DAVAR, la DIMENC, la DPASS et le SIVAP veillent, moi je dors tranquille !

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DIMANCHE 20 AOÛT
(Independence Days Diary)

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Beaucoup de vent ce week-end en Nouvelle-Calédonie, et encore un peu de courants d’air résiduels ce soir à la télé avec Isabelle Lafleur. Construire la Calédonie… se rassembler… dialoguer…
Donc Germain va rester à la présidence du gouvernement et se faire élire par un ou plusieurs lascars du FLN si on écoute Isa. À l’Ouest rien de nouveau. À l’Est aussi d’ailleurs.
C’est rassurant finalement cette constance de nos politiques à grouiller et bouger dans le panier, à se monter dessus, à passer dessous, à revenir dessus, à se pincer, à se mordre un peu, pas fort, à se recoller, pas fort non plus. Un mouvement mou global, des agitations multiples qui s’annulent, une moyenne des tiraillements opportunistes mutuels qui ne fait jamais chavirer le panier.
Et c’est heureux. On aurait pu avoir des idéalistes, des utopistes, des sectaires, des acharnés, des fondamentalistes. Mais non, nulle conviction, nulle déraison, nulle passion. Ni OAS ni Pol Pot. On ne croit pas à grand chose, on s’arrange. Et c’est tant mieux. Pas de fous de dieu, juste des fous de beuh en Calédonie…

Ceci dit les apparitions d’Isabelle Lafleur laissent toujours un peu rêveur, le charme discret de la bourgeoisie, un monde aristocratique entrevu, les grandes dames de l’univers proustien, la duchesse de Guermantes… La palme d’or du classieux calédonien quand même !

Dans la zone de la rue de l’aquarium et du terrain vague adjacent, ce n’est pas le faubourg Saint-Germain par contre, beaucoup de monde, de voitures sonorisées et de boisson les soirs de week-end…

Independence Days, et « jour d’après », c’est pas déjà un peu aujourd’hui ? Un bout de France où des milliers de Français ne peuvent pas voter ni travailler ni s’installer est-ce que c’est encore un bout de France ? Les territoires perdus de la République où les lois républicaines laïques et humanistes ne s’appliquent plus, où l’égalité des sexes, la liberté de circuler et la sécurité n’existent plus, ce n’est pas seulement dans le neuf trois et à La Chapelle.

Alain Marsaud, ancien juge de l’antiterrorisme, ex député LR, a quitté en direct hier le plateau de BFM TV où les journalistes voulaient l’empêcher de « nommer les choses » et de parler « d’islam intégriste », « d’islamo-fascisme », « d’attentats islamismes ». Seule l’appellation « État Islamique » était admise. Entre l’Islam, le coran, les musulmans et Daech il n’y a pas, en effet, de discontinuité. Il y une différence de degré et d’intensité, mais pas de différence de nature dans ces pratiques de l’islam. On passe de la modération à l’extrémisme par étapes continues : piété, communautarisme, charia, islam politique, wahhabisme, salafisme quiétiste, salafisme djihadiste, rebelles islamistes, talibans, Daech. Mais chut, il ne faut pas faire d’amalgame voyons !

Je n’avais pas grand chose jusqu’ici à reprocher à Macron depuis son élection, mais sa visite à l’OM pendant ses vacances à Marseille, est une faute de goût, un hommage à la bêtise et un éloge de la vulgarité. Comment peut-on être supporter et même fan de l’OM, du PSG, de l’ASM ?!… J’aimerais autant que ce ne soit que de la com, car s’il est sincère c’est triste…

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LUNDI 21 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Deux pages entières dans le journal sur l’élection de Miss Calédonie et un petit carré de 10 cm sur 10 cm dans un coin de page sur la grève des pharmaciens qui a pris fin, qui a autrement impacté la vie des Calédoniens, qui impacte autrement nos finances et notre CAFAT, et dont on n’apprend rien sur son origine réelle et sur son issue. Et pareil à la radio, et pareil à la télé. Mais bon, nos journalistes sont meilleurs en miss qu’en enquête et qu’en analyse…

« Bulle spéculative sur le marché de la vanille. Le cours de la vanille s’envole. À 600 euros le kilo cette année, cet arôme est 25 fois plus cher qu’il y a 10 ans. Avec des gousses d’une qualité médiocre. Comment expliquer cette flambée du cours de la vanille ? « C’est la question que tout le monde se pose » pour Georges Geeraerts, président du Groupement des exportateurs de vanille de Madagascar (GEVM). Cyclope, une société d’études spécialisée dans l’analyse des marchés mondiaux des matières premières, évoque même dans son rapport du même nom « une bulle spéculative dangereuse ». Difficile de le contredire puisque, en quelques années, le prix de ce produit a atteint des sommets historiques. Alors qu’il se négociait encore en 2012 autour de 20 euros le kilo. » Le Point, 20/09/17
Et notre vanille locale alors ?! Et nos producteurs de vanille locaux ?! Et nos cours de revente ?!

L’OSSERVATORE CALEDO‏ @LOSSERVATORECAL
À Tontouta, #Calédonie Airport, #Aircalin nous pique notre argent et les nouveaux moustiques à paludisme nous piquent la peau et la santé.

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IL ÉTAIT UNE FOIS NOUMÉA
(Caledonia stories)

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Entre le rond-point de l’Eau-Vive, celui de l’Ancre-Marine et la pointe du Ouen-Toro, quand on traçait le triangle, on obtenait le Triangle d’Or de la ville, de l’île, du Pacifique, du monde ! Les quartiers Mont Vénus, Sainte Marie et d’autres, limitrophes, auraient bien aimé intégrer le Triangle d’Or, mais leur demande avait été sans arrêt implicitement repoussée, un peu comme la Turquie, pour l’Europe. On a oublié aujourd’hui combien la vie était douce et jolie alors dans cette enclave dorée…

Dans le Triangle d’Or, en ce temps-là, on n’était pas purement cal, ni purement zor, pas pur jus, un peu calzor, couple mixte, blanchitude métisse, cousins lointains métropole, tonton et tantine broussards aussi des fois ! On avait tous son bateau bien sûr mais on hésitait parfois entre la voile et le moteur, la voile chère aux métros, le moteur cher aux locaux.

Dans le Triangle d’Or, on mettait ses petits en maternelle à Marguerite Lefrançois ou à Kindy School, la peau des fesses. On mettait ses enfants en primaire à Jean Mermoud à Tuband ou à James Cook, la peau du cul, puis au collège à Mariotti, car la mixité était excessive à Tuband, puis au lycée Lapérouse ou à Blaise Pascal, c’était selon… À Blaise ou au Lap’ on disait!

Dans le Triangle d’Or, on envoyait ses grands en fac en Australie, à Sydney ou Brisbane où papa-maman avaient un appart’ à Surfers ou à Broadbeach. Et ils faisaient « business » forcément, business communikaillecheunne, ou marketing, c’était selon. Les étudiants trop attachés à l’or de leur cher Triangle faisaient toujours l’EGC en NC, pour 400 000 balles par an. Pour leurs jobs de vacances c’était toujours un boulot réservé dans la banque de maman ou chez le transitaire de papa.

Dans le Triangle d’Or, on faisait ses courses à Super U dont le nom redevenait Michel-Ange un an sur deux, où les fruits étaient très chers mais si bien présentés, astiqués, comme en Australie. On allait aussi à Carrefour Market parce que ça venait d’ouvrir, près d’Air France, et puis des fois à Casino Port-Plaisance, parce que le boucher y était tellement sympa et la viande tellement bonne. Mais on prenait son pain obligatoirement à Fournil Gourmand !

Dans le Triangle d’Or, on allait au restaurant là où c’était nouveau, en général, au restau du Terra, au Carré d’As ou chez Marmite et Tire-Bouchon et surtout au Roof, sur l’eau, parfois encore un peu au Gascon Miretti, dont on connaissait trop la carte, moins au Méridien, chez Monsieur Bœuf ou à la Grande Muraille, qu’on laissait volontiers aux étrangers d’Outre-Triangle. Les plus jeunes allaient à Pasta Pizza toutefois, où le serveur était très cool. Pour l’apéritif, le café, les digestifs, c’était l’Étrave, incontournable, et puis le Coffee Club où demander simplement « un café ! » était tout à fait indécent, déplacé, sans oublier Le Club, pour les after work des trentenaires gominés au sortir de la Province ou du Gouvernement, et L’Endroit, pour les babas branchés, avec ses fléchettes sympa, à la place du mythique Petit Train. Et on n’oubliait jamais d’emmener les petits à Amorino le dimanche, où les glaces étaient trop trop bonnes !

Dans le Triangle d’Or, on n’allait en boite et au bar qu’à la Bodega, au JP’S et au Pop Light où chacun connaissait chacun, son pedigree, ses ex, son patrimoine, et où les portiers connaissent tous les prénoms, les annifes à arroser, les chagrins à noyer, les succès aux exames à fêter et les heures de cours de salsa de toute la jeunesse du Triangle doré. Le lendemain, les célibataires fatigués prenaient leur café, leurs croissants, au Malecon ou au Parc Royal, entre mecs, en TBS et en short, avant d’aller au bateau.

Dans le Triangle d’Or, les dames et les jeunes filles quittaient peu les frontières pour s’habiller et on faisait ses achats chez Per Lei, chez Mango ou chez Pop, après avoir été chez l’esthéticienne au Ramada, où la chromothérapie ou médecine par la couleur faisait disait-on des merveilles, avant d’aller chez son coiffeur chez Les Jumelles ou chez Jacques Dessange. Pour les médicaments c’était forcément la Pharmacie de l’Océan à N’Géa et pour l’argent c’était les discrètes agences de Tuband et de l’Anse qui permettaient les opérations financières, l’argent de poche du fiston, la paye du petit personnel en liquide, par exemple. Les meubles étaient choisis, commandés et livrés des contrées lointaines, de chez Domicile Inconnu ou de Chez Gauthier.

Dans le Triangle d’Or, on faisait sa gym à l’Hôtel de la Promenade, et le power plate y faisait perdre sa graisse sans rien faire. On courait et on rollait obligatoirement à la Promenade Vernier, de 17 à 18 heures. Les filles faisait la nage synchro à la piscine du Ouen-Toro, un peu de modern’ jazz des fois, les garçons faisait les champions, les kékés à la piscine du CNC, pendant que les mères faisait de la gym aquatique dans le bassin du Méridien sous les ordres émouvants et les réprimandes sévères d’un maître musclé, à la fois craint et désiré. Les papas allait au spa au Terra, en principe… Les enfants faisaient aussi de l’équitation et sentaient mauvais le cheval le mercredi et le samedi, et faisaient aussi de la musique, du solfège, à l’ETM, même si la musique était moins un critère que les succès au tennis, à l’escrime, à la natation ou au golf.

Dans le Triangle d’Or, à Pierre Vernier, il y avait de belles jeunes femmes seules, concentrées sur leur course, de belles mamans avec des petits, en vélo, ou en rollers, des paires de copines, entre deux âges, qui marchaient, et qui parlaient, beaucoup apparemment, et des binômes de vieilles, qui marchaient aussi, et qui parlaient, mais beaucoup moins, avec des silences entre deux, et il y avait de beaux mecs, la trentaine, qui couraient bien, qui bougeaient bien leurs jambes de luxe, en levant haut les talons, comme des chevaux de race au trot, qui redressaient la poitrine, des moitié vieux, la cinquantaine, bien équipés, bronzés, belles rides, lunettes noires, et qui couraient bien aussi, belles guibolles, belles bagnoles, sur les parkings, et des types qui faisaient des étirements sur leur belle bagnole, qui pliaient la jambe jusqu’aux fesses, avec leur bras en arrière, avec une grimace de héros dur à la douleur, ou qui s’appuyaient sur leur belle Merco, les mains en avant, comme pour la pousser. Et des mecs en vélo VTT, bien outillés aussi, qui passaient un temps fou pour les décrocher de leur belle caisse, et pour bien les raccrocher dessus après. Et des types qui discutaient entre eux, après la course, près de leur caisse toujours belle, ou bien les coudes sur le toit, tête baissée, pour mieux écouter le copain, ou pour faire semblant, avec leurs femmes, à côté, qui parlaient entre elles, à cinq ou dix mètres, sans se regarder, en regardant la mer, mais sans la regarder.

Dans le Triangle d’Or, on partait sur la propriété le week-end, faire du moto cross, du cheval ou du quad. On allait voir le bateau aux marinas, au CNC, on le sortait quelquefois, et si c’était un voilier ou un cata on est parfois obligé de le mettre à Port Moselle, la mort dans l’âme, faute de place, faute d’arrangement, faute de relations. Les mamans allaient chercher Gala, Voici, Paris Match au tabac de Champion N’Géa, les mamies Femme Actuelle, les messieurs des magazines de sport et de loisirs très très chers, qu’ils se faisaient réserver, avec Le Point et L’Express, au tabac-presse aux belles boiseries de Michel-Ange en priorité, parfois à ceux des Baies, de la Bédé ou de l’Anse.

Dans le Triangle d’Or, on envoyait les ados en école de langue en Australie et ça coûtait un bras, et on louait ou bien on avait une villa ou un appart’ à Broad Beach plutôt qu’à Surfers, of course ! On avait des femmes de ménage dont on n’était jamais satisfait, qui ne faisaient pas la poussière dans les coins, on se le disait à la Cave ou chez la coiffeuse. Mais quand on en trouvait une bien, on la vantait aux amies, au thé, ou aux magasins, et on disait C’est vraiment une perle tu sais !

Dans le Triangle d’Or, en ce temps-là, c’était un peu comme ça, on ne vivait pas mal, on vivait même plutôt bien. On ne vivait rien et on n’était rien mais on vivait bien. Mais bon, après tout, est-ce que c’est si mal de n’être rien pour ne pas être mal, de ne rien vivre pour ne pas vivre mal ?

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MERCREDI 23 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Bagarre sur les baies qui finit par un nez et une oreille dévorés. Conflit, incendies et coups de feu à Maré très faiblement punis au procès pour ne pas rallumer une guerre. Une certaine Calédonie, une éternité certaine…

Les serpents rayés deviennent noirs et muent davantage dans les eaux de #Nouméa en réaction et résistance à la pollution. Démarche à suivre ?

Les jeunes Calédoniens qui partent en France pour des études, un engagement, un boulot, prennent le large et sont tellement heureux de prendre le large, tellement de choses à voir et à vivre, une libération, la liberté d’aller partout, l’égalité entre ces jeunes d’horizons et de cultures diverses, la fraternité entre eux, de nouvelles fraternités, de nouvelles ouvertures, moins de cloisons. La patrie, la France et la devise de la France les jeunes Calédoniens la vivent sans avoir besoin de la dire. Peut-on vivre la même expérience en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Chine, au Canada, aux USA, à l’Anse Vata ?

Quelques mois avant le référendum sur les Independence Days à venir, quand même important et unique dans l’ensemble français depuis plusieurs décennies, les partis et acteurs loyalistes ne parlent pas de la « chance française » de la Calédonie. Juste quelques incantations électorales sèches et sans grand fond sur  » la volonté de rester au sein de la République », et c’est tout.

Avoir cru en 2006 que Frogier et son Rump étaient patriotes puisqu’ils s’étaient opposés fermement au gel du corps électoral, et puis avoir douté de ce patriotisme lors de l’adoption du drapeau indépendantiste, lors de leur alliance avec l’UC et lors de l’installation de la coutume dans tous les moments et actes de la vie publique : c’est bêta.

Avoir cru en 2011 que Gomes et CE étaient patriotes puisqu’ils refusaient le drapeau indépendantiste et les alliances choisis par le RUMP, et puis avoir douté de ce patriotisme devant leur soumission au drapeau FLN et à la coutume omniprésente, devant leur alliance avec le Palika et devant leur choix pour les derniers transferts et pour une indépendance association implicite : c’est bêta.

Avoir donné des coups de bec à Gomes et à Frogier et à d’autres au nom d’un patriotisme supposé supérieur chez les uns ou les autres : c’est bêta.
Croire qu’il y aurait du patriotisme chez ceux qui en dehors de Frogier et Gomes peignent de couleurs patriotiques leurs ambitions politiciennes et leurs listes électorales, ça serait bêta !
Ne pas croire à la politique et aux politique, tiens, ça c’est pas bête !

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JEUDI 24 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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« Islam, religion de paix… éternelle ! »
Ben là je suis Charlie, vraiment, entièrement, complètement, totalement.
Et ils ont quand même payé le prix fort, eux, pour pouvoir appeler un chat un chat, et une charia une charia.

Tout autre amalgame concernant une autre charia, un peu plus tropicale, et une autre soumission politique, encore plus lâche, serait évidemment tout aussi insupportable.
Ou pas.

Sonia Backes et sa bande des six futés, dont le vaste programme se résume à « Tout sauf Germain », se plaint de la stupide manip de Gomes voulant inscrire d’office tous les natifs sur la liste générale et ouvrant ainsi un piège à natifs non kanak qui ne pourront être inscrits d’office sur la liste référendaire mais déroulant un tapis rouge aux natifs kanak de statut coutumier qui le pourront eux.

Soit, mais c’est qui qui a ouvert en premier la boite de Pandore des discriminations entre natifs, en particulier de cette discrimination tout aussi obscène entre natifs calédocaldiens qui n’avaient pas de dossier à faire pour être inscrits d’office sur la liste référendaire et zoreilles très anciens mais pas natifs, largués et vendus pour sauver la peau des premiers, qui devaient, eux, apporter deux ou trois brouettes de justificaifs pour qu’on leur fasse la charité de pouvoir voter dans leur pays depuis souvent 30 ans et plus ? C’est qui hein ?! Et bah c’est encore les super futés de la même bande à Backes, qui s’appelait UCF à l’époque.

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VENDREDI 25 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Joe Bernut nous parle ce matin de son rendez-vous manqué avec la plateforme : « Elle ma diiiiit …
Elle m’a dit d’aller siffler là haut sur la colline,
de l’attendre avec un petit bouquet d’églantines.
j’ai cueilli les fleurs et j’ai sifflé tant que j’ai pu
j’ai attendu attendu elle n’est jamais venu. »

Sonia Backes, de son côté, s’adresse à la plateforme à peu près ainsi : « Bande de sales enfoirés qui faites toujours tellement de la merde que je voterai jamais pour vous, euh… s’il vous plait dessine-moi une plateforme, s’il vous plait je peux monter aussi dans votre joli canot de sauvetage ? ».
C’est aussi logique et cohérent que ses crachats sur Santa aussitôt suivi de son vote enamouré pour le grand mou rumpy à la tête du Congrès.

Ce week-end j’hésite entre aller à la Saint-Louis pour la journée « Bienvenue à la tribu », ou bien me rendre à Raqqa pour le dimanche « Portes ouvertes chez Daesh » ou bien encore partir à Pyongyang pour le week-end « Accueil à la ferme de Kim Jong-un ».
D’après les surdoués du Club de la presse de ce vendredi sur NC radio il faut absolument que les habitants du Mont-Dore sud, tout là-bas, se rendent en masse à la gentille invitation des amateurs de cailloux, balles, feux, barrages, guets-apens, recels et complicités en tous gens.
Bien sûr bien sûr…

Elle est vraiment rigolote la petite Virginie Ruffenach ! Elle traite les prochaines échéances électorales que son RPCR/RUMP a inventées et votées de « calendrier infernal ». Rien que ça ! Sartre disait « L’enfer c’est les autres ». Frogier peut donc dire « L’enfer c’est nous. »
Les merveilleux États généraux de Pierrot, notre petite rumpette va sûrement bientôt nous dire qu’ils la mettent dans un état proche de l’Ohio !
Elle parle aussi des problèmes qui « gangrènent notre société calédonienne ». Il faudrait dire à l’égérie du parfum « Rump de chez Pierre » que les seuls problèmes qui gangrènent les Calédoniens c’est eux, eux les politiciens et les politiciennes.

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L’homme
(Caledonia stories)

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Sans doute simplement familiale et intime, pourquoi cette photo est-elle si puissante, prenante et universelle ? Elle parle de la vie, du temps, de la force des choses, de la fragilité de l’homme, de la puissance de l’arbre, de la fraternité entre l’un et l’autre, des mystères du ciel qu’ils visent et regardent tous les deux…

(L’auteur de cette belle image me précise que le vieil homme est son grand-père Adrien FOCHI, immortalisé en train de contempler dans la montagne les lieux de ses jeux d’enfants, à la tribu de Grand Couli, Sarramea. Merci à eux deux pour cette autorisation de partage.)

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SAMEDI 26 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Puissante douceur de cette fin d’après-midi d’août. Pas un souffle de vent. Feuilles et cimes immobiles dans l’azur. Dorures anciennes et riches du couchant. Les bateaux ont été nombreux à partir glisser sur l’huile de la mer.

Quelques courses à la station, la jeune vendeuse double la voix anglo-saxonne de sa radio en rangeant les conserves. Voix fraiche, sûre, forte, touchante. Je tente sans lunettes de choisir des pâtés, de sélectionner les pains les plus frais, tout en me laissant caresser les tympans. je pose mes emplettes, je présente mes cartes, je dis, C’est mieux que le chanteur, il faut faire The Voice, ou La Nouvelle star. – Non, vous avez 5000 francs sur votre carte conso. Elle sourit, je paie, pas de danger d’être ici en dessous de la somme limite pour pouvoir régler en carte, pas de limite, pas comme au magasin arrogant des voitures de luxe et des encaissements méprisants le téléphone collé à l’oreille où il faut claquer un minimum pour utiliser sa Gold, Définitivement abandonné.

Retour, route vide, tout le monde est-il à la plage ou à la pêche ? Ou à Saint-Louis, entrée libre, libres sévices ? Les rayons déclinent, des remorques se rapprochent du débarcadère, des glacières s’éloignent des barbecues à Carcassonne. Un joyeux barbu chevelu salue les voitures et actionne énergiquement son fauteuil roulant sur la chaussée près des Piroguiers, sous les hauts cocotiers et les fiers colonnaires d’où il est tombé un jour pour ne plus jamais y remonter.

Tour de mon terrain, « qui m’est une province, et beaucoup davantage », qui plus me plait que le mont Palatin et le mont Coffyn, et recueil des lumières ultimes. Jamais le même paysage, le même visage. Les patchoulis et les manguiers sont en fleurs et en odeurs, effluves violentes et entêtantes et minuscules taches violettes de un ou deux millimètres pour les premiers, parfum fade et âpre à la fois comme le poil mouillé des bêtes et grappes jaune orangé automnales pour les seconds. Espaces aléatoirement broutés et gazonnés dans la savane par les cerfs. Descente par le sentier des chiens, foulé et frayé par les quatre mousquetaires régulièrement en quête des poules voisines venant imprudemment fouir et labourer les abords du chemin et le sous-bois des filaos à la recherche têtue et souvent fatales d’insectes et de vers. Et puis sereine attente des amis, des apéritifs, du casse-croûte, des en-cas, des échanges et des débats.

Il n’est pas si dur de trouver la vie douce finalement.

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DIMANCHE 27 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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À quinze mois des Independence Days, Louis Kotra Uregei assure à Angélique Souche que le OUI à l’indépendance va l’emporter puisque des milliers de mélanésiens colonisés vont être inscrits automatiquement sur la liste générale, et eux seuls, pas les autres natifs, puisqu’ils vont être aussi automatiquement inscrits sur la liste référendaire et puisque que des milliers d’autres électeurs, non mélanésiens, non indépendantistes, inscrits « par fraude », vont être radiés. C’est logique.
Il pourrait aussi demander que le vote de tous les électeurs de statut coutumier soit automatiquement enregistré comme « Oui à l’indépendance », qu’ils se déplacent dans les bureaux de vote ou pas, qu’ils aient voté ou pas. La cohérence serait totale,
Je trouve cependant LKU beaucoup plus cohérent que les loyalistes Gomes, Yanno et Frogier qui ne lui répondent que par des plans de petite nation à 90% convergente avec kanaky ou des états généraux pour un état fédéré ou associé.

Cellocal : Les Lafleur ont mis les #Calédoniens dans la merde, il est logique qu’ils leur fabriquent du papier hygiénique.

Sarko, Jupé, Hollande, Bayrou, tous les loosers dégagés donnent des conseils à #Macron. Strauss-Kahn va s’y mettre aussi bientôt.

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UN SOIR DE POLITIQUE EN CALÉDONIE
(Caledonia stories)

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Dix-huit heures, mardi soir, 9 février, Salle d’Honneur de l’Hôtel de Ville du Royaume. Tous les grands féodaux du Pays sont arrivés en grand apparat à l’appel du Souverain Pierre 1er de Calédonie.

Chevaux et carrosses issus des quatre horizons du Territoire ont été promptement disposés sous les caves du Palais Municipal nouméen par des laquais graves et des cochers silencieux.

Les cortèges étincelants des gentes dames en traîne couvertes de pierreries précieuses et des beaux seigneurs en velours chamarrés se succédaient et convergeaient vers le vieil Archiduc Jean Le Maire qui recevait leur hommage au haut des marches de la citadelle, sous le porche de cristal de la Grand Chambre des Chartes et des Adoubements où toute cette fine noblesse a pris place dans les chuchotements et les froissements de soie.

L’on se saluait élégamment, l’on murmurait, l’on s’interrogeait du regard. Qu’elle était donc le motif de cet extraordinaire Congrès de toute l’aristocratie des États ?

Le noble Pierre est passé parmi cette fine fleur de la Nation, tantôt baisant la main d’une demoiselle en pamoison, tantôt relevant une douairière jetée à ses genoux, tantôt gratifiant ses vassaux de cette mâle accolade tant recherchée pour laquelle chacun se serait damné si d’aventure leur suzerain chéri les en avait privé un jour.

Devant cette noble assemblée, le Haut Conseil Royal a pris place derrière la somptueuse table habillée de nappes brodées d’or et d’argent des mariages princiers et couvertes de calices d’eau pure des montagnes hyperboréennes du Duché du Mont-Dore. Le Prince Éric du Panier d’Or et le vieux Duc De la Mare-Esca, dont on sait qu’il fut un temps banni mais ce soir-là revenu en grâce, ont longuement consulté les chambellans pour choisir leur trône autour du roi Pierre et du vénérable Jean conformément au strict protocole de la Cour. Deux Barons des Provinces Annexées et la Comtesse Léontine héritière des Terres Septentrionales se sont installés sans plus de manière, abrégeant ces hésitations.

L’on s’interrogeait sur l’absence du Vice-Roi des Îles Gaël et sur la disparition du Marquis De La Drière. Embarquement pour Cythère ou maladie diplomatique ? Les commentaires allaient bon train comme à l’accoutumée.

Les hérauts ont sonné l’imminente allocution du souverain et le silence s’est fait dans les rangs de ces vénérables familles avides de boire les saintes paroles de leur capitaine suprême, avant de siroter les cocktails et de se goberger au buffet dînatoire.

Quand le monarque a dressé sa taille altière et a parcouru ce noble auditoire de son captivant regard césarien, sa lippe sévère se contractant pour entamer la prononciation d’un message à l’issue duquel chacun savait que rien ne serait plus jamais comme avant, un délicieux frisson a parcouru des centaines d’échines, d’épaules nues de damoiselles et de fières nuques raides de gentilshommes. L’heure était grave. Une horreur tragique a saisi chacun. Le Prince renonçait-il au trône pour se retirer en ses terres du fief de Saint Ouen-en-l’Isle ? Annonçait-il une prochaine guerre sans merci et à nouveau perdue d’avance ? Invitait-il le peuple à périr avec lui au sein d’un gigantesque brasier pour se délivrer de sa possession, de ses anciens péchés et de sa constance à ne jamais rien comprendre ? Révélerait-il que le pays avait été livré sans condition à l’ennemi héréditaire ?

Quelques conseillers et plusieurs courtisans qui avaient eu vent de ce qui se tramait, se caressaient le menton intelligemment et arboraient un sourire fin mais la majeure partie de cette aristocratique foule était dans l’expectative le plus totale et l’incertitude la plus insupportable.

Et puis les paroles sont tombées, lourdes et sacrées, implacables et terribles, ponctuées par les tics et le royal ricanement nerveux et triste du Monarque. Les cauchemars les plus inimaginables allaient être infiniment dépassés : les Grandes Armoiries données au Royaume par l’ancêtre fondateur de la dynastie Jacques-le-Grand-de-Ouaco, cinquante générations auparavant, avec les couleurs d’azur, d’hermine et de pourpre, allaient être abandonnées au bénéfice de l’oriflamme du Connétable félon du Duché de Canala, Chamoro-le-Terrible, le Grand Khan de khanaky, tombé les armes à la mains en des temps homériques, mais dont l’image cruelle hantait encore les nuits des femmes et le sommeil des enfants, et qui avait pu transmettre cet étendard sanglant aux irréductibles hordes d’insurgés maîtres des Marches du Sud du pays. En un mot le Grand Khan du Rassemblement abandonnait le bleu blanc rouge pour les couleurs du Grand Khan de Khanaky !!!

À ces mots inexorables, l’effroi le plus absolu s’est répandu sur l’assemblée des dignitaires de l’Empire, glaçant et figeant les plus hardis. Cependant, tous étaient bien sûr familiers des visions et des prophéties du monarque, folle Pythie, Saint Oracle dont les apparentes incohérences révélaient en fait après coup les vérités les plus pures, dans toute leur complexité, dans toute leur richesse et dans toute leur profondeur.

Aussi personne ne s’est-il précipité éperdument hors de la Salle du Couronnement, par les porches de cristal, quand Pierre 1er, après moult royales postures du jarret et caresses autoérotiques de la joue, s’est rassis au fond de son auguste siège. Le Souverain de ce vénérable Rassemblement, à nouveau pétrifié, attendait désormais les avis de la Cour, des Conseillers et des favoris.

Le jeune Chevalier Philibert Blues, du Parlement de la Ville, au pur sang bleu local et au blason porteurs des six quartiers de noblesse des six générations, pendant un temps Connétable pressenti du Royaume, mais dont les foucades, les envolées lyriques, l’idéalisme ivre et les coups d’éclats étaient bien trop connus de tous et nourrissaient la conversation des salons de la Capitale, s’emparant du porte-voix, a le premier secoué le respectueux recueillement et l’étrange torpeur qui avaient saisi les distingués membres de cette imposante Convention et a ouvert les hostilités, caracolant comme à l’accoutumée contre les tenants de la bannière maudite et contre ceux qui allaient livrer à l’adversaire l’héritage du Père Fondateur et des glorieux défenseurs de la patrie, sacrifiés sur l’autel des valeurs ancestrales et des idéaux du royaume.

Tout en témoignant les marques de respect d’usage envers son suzerain le jeune lieutenant ultra s’est alors emporté dans une prose échevelée. Comment le peuple pouvait-il se reconnaître dans ce drapeau honni symbole de tant de souffrances et de mauvais coups portés aux aïeux, aux pionniers, aux fondateurs ? Les généraux ennemis pouvaient-ils percevoir cette renonciation autrement que comme une reddition honteuse, un aveu de faiblesse et d’impuissance, un repli en rase campagne ? La moue permanente de bébé boudeur et mécontent du nobliaux était à son maximum de contrariété.

Quand l’intrépide et fougueux capitaine rebelle s’est rassis, un silence de mort a envahi cet auguste auditoire. Pas le moindre applaudissement, ni le moindre murmure, ni le moindre bruissement de jambes croisées ou décroisées. Les corps étaient tétanisés et les regards fuyaient l’audacieux et bouillant combattant dont le sort était assurément scellé désormais et sous les pieds duquel un gouffre sans fond allait certainement s’ouvrir.

Tous les regards étaient dardés sur le Roi et son Grand Conseil. Le fidèle Prince Éric avait blêmi et serrait les mâchoires et les poings, prêt à bondir, à monter au filet et à souffleter l’impudent au premier signe de son maître qui le retenait cependant encore par une royale laisse virtuelle.

Après un long moment où le temps semblait s’être arrêté pour toujours, le Guide des Destinées du Royaume a déplié ses membres majestueux et s’est longuement dressé, toisant son vassal d’un œil terrible et d’une moue tragique.

Et les mots se sont mis à pleuvoir, lentement d’abord, en frappes précises et espacées, puis, graduellement de plus en plus vite, de plus en plus fort, les coups atteignant bientôt un degré de violence inouïe. Où donc était cet impie sacrilège au temps des Grands Combats, pendant que le Roi bataillait vaillamment aux Confins du Pays, aux confins de l’indépendance, et entendait les traits et les carreaux siffler à ses oreilles ? Où étaient donc les troupes que ce jeune et inconscient réfractaire mobiliserait pour rallumer les anciens conflits qu’il n’avait pas connus en ces époques où il était encore emmailloté dans les langes, vagissant aux bras des femmes ? Quelle autre solution opposait-il aux généreux et courageux traités que le souverain allait signer, pacifiant le royaume pour les siècles à venir ? Où donc était la légitimité de cet agité plus habitué aux distractions de la cité, aux soupers en ville, aux vins fins et au jeu des luxueux tournois pour jouvenceaux qu’à la fréquentation des Provinces lointaines et des fiers peuples encore insoumis d’un Nord encore périlleux ?

Le monarque s’est alors tu, s’inclinant un peu, ployant la nuque, flattant à nouveau sa joue sévère de son index tout puissant, plongé en une méditation immense, écoutant les voix intérieures qui le guidaient et menaient le destin de l’univers qui reposait sur ses épaules.

C’est alors que se sont dressées deux Demoiselles de Compagnie de la Famille Royale, oubliant toute prudence, leur jeune poitrine haletante, mues par une révolte sincère et l’authentique émotion de l’injustice et du mauvais procès fait aux gens de la Cité : la fringante Vicomtesse Isabeau du Champ-Moreau, titulaire de la Charge Royale des Écoles et des Institutions pour Jeunes Filles nobles désargentées de la Ville et la blonde Infante de la Principauté, la virginale Virginie de la Ruffe, fondatrice de l’Académie Royale des Arts et des Sciences. Comment pouvait-on les soupçonner d’ignorer les landes, les marais et les vallées perdus de l’Arrière-Pays, elles dont les anciens fiefs s’étendaient sous les étoiles du Grand-Nord, elles dont les glorieux ancêtres reposaient encore sous le soleil implacable des Deux-Côtes, elles qui avaient visité par deux fois leurs lointains cousins hobereaux des Tenures extrêmes, franchissant par deux fois les péages de la Grand Route du Nord, elles dont les affaires citadines n’avaient jamais été menées au détriment des idéaux universels de l’Empire tout entier, elles dont la foi unanimiste ne pouvait être réduite à cette vie courtisane et urbaine, limitée aux barrières d’octroi de Koutio, qu’on osait leur imputer, pas plus qu’à cet hideux oriflamme des populations insurgées des limes dans lequel elles ne se reconnaissaient point.
Leurs narines palpitent, leurs yeux larmoient, leurs lèvres délicates s’humectent, leur sein juvénile et bouleversant se soulève violemment, leurs émouvantes voix cristallines déchirent le silence moite et dense de l’assemblée.

À ces mots le noble Pierre qui s’était rétabli dans son assiette majestueuse s’est à nouveau redressé et a senti son cœur fondre et se troubler. Toujours sensible à la détresse du sexe faible, le Souverain, se haussant sur ces deux jambes royales dont son génial dessein avait fait l’incarnation de la nouvelle marche du pays, double pilier enfin rendu au Peuple, leur a accordé le baume de son regard clair et leur a parlé, d’une âme infiniment magnanime et d’un visage immensément bon : il savait, il comprenait, il accueillait et prenait en charge sur ses nobles épaules toute leur inquiétude et toute leur souffrance ainsi que toutes celles de l’humanité entière, elles n’étaient pas seules, il les aimait, comme il aimait toutes les femmes et tous les hommes de son Saint Royaume, jusqu’au plus humble des serfs de son domaine. Il enseignait la Voie, la seule voie possible, la voie de la sagesse, la grand pas en avant, la rencontre du troisième type, le Troisième Accord, La Solution.

Ces paroles ont eu immédiatement un effet émollient et apaisant sur les plaies morales des naïves jouvencelles, sur la tension violente et l’angoisse illimitée qui crispaient leurs traits et leur corps ainsi que sur ceux des Grands Auditeurs du Convent Extraordinaire. Les gracieuses Damoiselles ont esquissé une délicate et délicieuse révérence et se sont respectueusement rassises, soulagées, se murmurant deux psaumes et trois actions de grâce tirées du saint programme du Rassemblement Universel.

Les muscles de chacun se sont relâchés et les membres figés ont repris vie. Le sang s’est remis à circuler dans les vaisseaux contractés et les cerveaux asséchés et à affluer dans les cœurs. Une innombrable agitation des pieds, des murmures d’acquiescement et des soupirs de soulagement manifestaient un réconfort avéré.

Un modeste Vavasseur de l’Ouest, venu sans cortège sur sa simple jument de travail, s’est enquis auprès du Roi des assurances à attendre quant au retour à la raison des irréductibles troublions surgissant régulièrement du fond de leurs impénétrables forêts pour opérer leurs razzias sur ses terres, ses récoltes et ses troupeaux, incendiant ses granges et les manoirs des seigneuries agricoles de son voisinage, emportant et brûlant ses chariots et carrioles dans les territoires insoumis de Thior-la-Honte et de Karaba. Le bel Eric du Mont des Cités d’Or se porta garant de l’entente et de la paix éternelles qui allait universellement régner grâce au saint pacte de Pierre 1er jusque que dans sa propre principauté et jusque dans ses seigneuries reculées parfois agitées de la Thy et de la Réserve.

Rasséréné, confiant et revigoré par ces premiers succès, le despote éclairé, appelant l’humble gentilhomme de l’Ouest saisi par le doute, encore incliné et les mains jointes en prière, par le nom d’enfant qu’il lui donnait au temps de leur jeunesse au cours des jeux où ils s’exerçaient ensemble aux armes, a calmé les peurs de ce dernier d’un geste d’imposition des mains à distance et de quelques mots, évoquant la grandeur humaniste du courage et des prises de risque et tempérant l’étendue des dangers encourus, du fait de sa noble et audacieuse proposition de pacte de paix séculaire, par des confidences sur les palabres menés avec les chefs de bande les plus féroces et par des révélations sur les promesses d’allégeance que ses émissaires avaient recueillies auprès des meneurs de hordes les plus fiers.

Le vavasseur s’est agenouillé, prostré, puis allongé sur le ventre, le front au sol, les bras en croix. Les applaudissements ont fusé de toutes parts. La joie crépitait. L’enthousiasme avait gagné la salle. La chaleur montait. Les femmes dénouaient leur corset et dégrafaient leur corsage. Les hommes lançaient leur chapeau vers les hauts plafonds lambrissés.

L’heure était venue pour les vieilles duchesses parcheminées et les vénérables comtesses en taffetas de réclamer la parole due à leur rang. Elles ont alors tour à tour entamé le récit de la longue généalogie du Roi et de la geste héroïque de leur Prince chéri et elles ont égrené à deux voix l’énoncé de ses incalculables bienfaits. Elles qui l’avaient porté sur les fonds baptismaux, elles savaient bien depuis toujours le destin mythique et salvateur qui allait être le sien et elles prévoyaient même et attendaient aussi depuis longtemps cette heure-ci qui couronnait enfin la glorieuse vie que le Ciel avait écrite pour lui.

La très respectée douairière centenaire en charge des Inscriptions Héraldiques des Grands du Royaume et de l’Armorial des Redevances, qu’on devait implorer si l’on voulait une masure sociale, Juliette du Gros Gnare, a pleuré fort longtemps, mêlant des louanges infinies et des rires stridents à ses torrents de larmes.

L’imposante et très catholique Baronne Anna De Saint Ange, apparentée au Grand Archevêché du Sud, adjointe à vie aux Cités D’or du Prince Eric, de cette voix mélodieuse dont les accents angéliques évoquaient les béatitudes célestes et la sagesse divine, a récité l’hommage sacré adoubant les Héritiers de Droit Divin à Saint-Denis et a déversé longuement le Saint Crème de ses formules d’adoration sur le front d’un Roi désormais religieusement consacré.

Les mains se sont agitées follement, les cris ont redoublé, les hourras ont fait trembler les colonnes et les vitraux de l’antique Salle d’Honneur.

L’Écuyer de Saint-Gilles-de-Brial, fort légitimiste, anobli par décret du Roi pour ses hauts faits à la tête des Compagnonnages des Administrations Royales s’est alors soudain dressé de toute sa courte taille pour saluer l’architecture impeccable du projet du Chef Absolu, la beauté de cette pierre philosophale dont il avait douloureusement accouché et qui allait transformer en métal précieux tout le Pays et il a loué la Nombre d’Or déchiffré par l’intelligence divine de Pierre qui allait instaurer l’harmonie parfaite dans l’État, confessant cependant un court instant de doute initial pour mieux exprimer son adhésion libre, sincère, totale et sans états d’âme.

La fine fleur de l’Aristocratie du Royaume réunie là n’en pouvait plus. Dans un déchaînement d’acclamations, on porta le jeune De Saint-Gilles en triomphe. La joie et l’enthousiasme étaient à leur comble et nul ne se contenait plus, joignant les rires aux pleurs. Les vénérables perruques volaient dans les airs, les anciens sautillaient, les aïeules dansaient la gigue ou s’évanouissaient de bonheur, des malades remarchaient, des aveugles voyaient à nouveau, les jeunes chevaliers troussaient des filles de Duc dans les recoins. L’aube d’un temps nouveau était arrivée.

Une bourgeoise des faubourgs, de récente petite noblesse de robe, a bien tenté d’arguer de l’heure tardive où les messagers du Château étaient venus la convoquer et où les augustes plans lui avaient été communiqués, et donc du court délai et du peu de liberté que sa roturière cervelle avait eus pour saisir toute la dimension et tout le bien fondé de l’entreprise royale qu’on appellerait dès le lendemain le Serment pierro-khanakyste, le preux Philibert a bien essayé de revenir à la charge, invoquant son indéfectible loyauté, ses engagements passés ainsi que l’avenir sinistre et les menaces que sa foi et son serment de Chevalier le forçaient à lire en lettres de sang dans des cieux bas et lourds, rien n’y a fait, la partie était gagnée, l’Assemblée étaient conquise.

Le fidèle Prince Éric avait menacé d’appeler la garde et sortait bientôt sa dague, mais c’était inutile, la masse des dignitaires grondait déjà, des huées s’élevaient, les sceptiques étaient destinés à la fosse. Le Monarque a alors révélé au grand jour les secrètes intrigues menées le matin même par les rebelles et le complot avorté. C’en était fait !

Les ligueurs, refusant le bras levé d’allégeance au projet plébiscité par tous et se drapant dans leurs longs manteaux ont quitté la citadelle par des couloirs dérobés qui leur étaient familiers, fuyant leurs anciens coreligionnaires et le somptueux banquet de jus exotiques et de biscuits croustillants des Amériques qui attendait tout ce beau monde.

La fête a repris de plus belle et les rires ont balayé les derniers nuages de scepticisme des mécréants.

Le sage Prince Éric ayant recueilli à main levée l’Assentiment Féodal de ces troupes dévouées de tant de beaux seigneurs et de tant de gentes dames, les tables du festin ont réuni tous ces nobles dignitaires du pays, toute cette sainte aristocratie en marche vers le nouvel Eden dont le Roi Pierre, dorénavant Pierre-le-Grand, venait d’établir les fondations.

Déjà servantes, cochers, voituriers et laquais armoriés s’agitaient aux douves du Grand Hôtel de Nouméa, avançant berlines rutilantes et carrosses splendides et le flot étincelant de cette foule distinguée commençait à s’écouler somptueusement vers les magnifiques attelages, par vagues étincelantes porteuses d’un espoir immense, d’un avenir radieux et d’une liesse infinie qui allaient être transmis par tout le Royaume à un peuple enfin soulagé et sauvé de tous ses malheurs et de toutes les funestes menaces qui pesaient sur lui.

Mais pendant ce temps-là, loin des marches du Grand Parlement de la Ville, au moment où les brillants attelages des gens inféodés au Pouvoir avaient franchi le Grand Pont-Levis et avaient regagné leurs Baronnies et leurs Duchés, les insurgés, emmenés par Philibert Blues-le-Bref, quittant subrepticement le Palais par des portes dérobées, des escaliers secrets et des passages souterrains, avaient rejoint sains et saufs le pied du Grand Quai battu par les vagues où une barque amie les attendait, mousquets parés au tir.

Une ombre lancée à leur trousse surgit alors de la nuit.
– Halte là ! Qui va là ?! crièrent à l’unisson les hommes de main des coalisés.
– Vicomte Pierre Brète de Brètelonne ! Je suis des vôtres ! Ne tirez pas ! Je suis sans armes ! Je m’en remets à vous.
– Retournez auprès de l’usurpateur, vous y serez bien mieux Vicomte ! Je vous ai entendu. Allez finir là-bas vos discours obséquieux, ils y ont bien davantage leur place qu’ici ! tonna Philibert Blues très courroucé.
– Détrompez-vous Chevalier, reprit le Grand Intendant du Royaume, je quitte céans le Grand Convent Royal et je les ai servis comme à l’accoutumée de fricassées de propos abscons et de régalades d’oracles à ma manière où nul n’a vu goutte et dont le piètre Prince du Mont-Dore cherche encore le sens et ce n’est pas demain qu’ils auront ma tête et mon cœur !
– Qu’avez-vous donc résolu, Vicomte ?!
– Fuyons ensemble si vous le voulez ! Seuls vous êtes perdus. Franchissons de concert ce goulet qui nous sépare du demi-frère du Roi, Philippe le Masque de Fer, et rejoignons ce donjon au-delà de cette Baie, où l’on a voulu l’enfermer et le réduire. Gagnons le Vice-Gouvernement des Asturies du Prince Philippe Gomar de Carthagène où j’ai mes entrées et des amis indéfectibles. Il nous recevra sous sa protection à toute heure du jour ou de la nuit. Nous y serons en sécurité. Je suis prêt à vous rendre raison si je mens. Qu’en dites-vous ?

À ces mots, le Chevalier Philibert délibéra un instant et comme à son habitude lança sa monture à corps perdu dans l’action.
– Avons-nous le choix compagnons ?
– Certes non, Sire ! répondirent ses comparses conjurés.
– Soit, Vicomte, nous nous en remettons à vous ! Plaise à Dieu que nous ne nous repentions point de la foi que nous plaçons en votre personne. Hola, vous autres, faites place au Seigneur Pierre Brète !

Le Vicomte embarque promptement, un sourire de gnome barrant sa légendaire face maussade. La barque lourdement chargée quitte rapidement le rivage, cap sur les feux du Vice-Gouvernement de Gomar, l’homme de confiance de Philibert manœuvrant le frêle esquif à la godille pour franchir les courants de la Baie de la Moselle.

Pendant la traversée, Philibert et ses compagnons devinent au loin sur les crêtes du Temple, les flambeaux des maigres troupes rassemblées de Monsieur, Harold le Bâtard, jumeau du Roi, co-héritier de la Grand-Terre des Alizés et Prince de Gadji, attendant son heure, humant le souffle des vents, prêt à voler au secours de la victoire.

Alerté par ses guetteurs et sa police, le Prince des Puniques, dit le Masque de Fer, qui vient de quitter les bras d’une de ses douces amies, arpente la grève au pied de son Gouvernement d’Outre-Ville et attend nerveusement ses visiteurs nocturnes.
La partie qui se joue est pour lui capitale. Il vient de perdre son service et le revers de son royal demi-frère Pierre a été terrible. Il ne s’attendait à l’accord drapé avec Roch-la-Touffe, Grand Khan de Khanaky.

Que n’a-t-il anticipé cette maudite affaire de drapeau ?! Il s’en arrache les poils de sa princière moustache dessinée et calquée sur celle du grand Errol Flynn. Mais avec Philibert et le Vicomte la prise de guerre sera d’importance. Ses gens l’entourent à distance respectueuse. Ses exigences et ses colères sont redoutables. Il se meut lourdement sur la rive, de sa mythique démarche chaloupée.

Quand la barcasse touche le rivage, il se fige et arbore le célèbre sourire de traitre et d’aventurier de son héros hollywoodien.
– Et bien Messires !…

***

LUNDI 28 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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Plouf-plouf politique, ou On fait les équipes ?!

On est vraiment très injuste avec les politiques quand on les dit « tous pourris ». Mais non ! Ils sont juste « tous petits », tous tout petits. Et oui ! Tous gamins, gosses, mômes. Ils n’arrêtent pas de confondre le monde avec une cour de récréation et leurs activités avec un perpétuel jeu d’élimination de type « plouf-plouf » : « Plouf-plouf, ça ne sera pas toi qui seras le loup (ou le roi, le premier, le député, le sénateur, la maire, le secrétaire général, dans l’équipe, dans le parti, dans la liste, dans la plateforme etc…).

L’imagination politicienne ajoute parfois des variantes et l’heureux désigné se voit privé de la promesse de poste ou de siège ou d’alliance au dernier moment avec un malicieux « mais comme le roi et la reine ne le veulent pas, ça ne sera pas toi ! »

Et oui ! Vous vous intéressez au prochain gouvernement de Calédonie ?! Mândieu ! Mais comment croyez-vous que les équipes ont été faites aussi ? Plouf-plouf ! Et le président choisi, le président éliminé ? Plouf-plouf ! Ça vous intéresse toujours ?!

Le plouf-plouf des politiques permet de choisir un joueur en éliminant successivement tous les autres. Un des participants joue le rôle de meneur, un malin, le président du parti par exemple, Pierre, Paul, jacques ou Philippe, n’importe. Tous les joueurs, militants, adhérents, partisans, fidèles se mettent en cercle, souvent accroupis, avec un pied au centre de façon que les pointes des chaussures se touchent.
Le leader commence par plouffer, en pointant du doigt deux fois de suite vers le centre du cercle, et en disant « plouf-plouf ».
Il chante ensuite une comptine, celle du RUMP, de l’UC, de CE, du Palika, du MPC ou des Républicains, en pointant du doigt successivement tous les politicards du cercle à chaque temps de la comptine. Le partisan désigné en dernier est éliminé, et le processus recommence avec les participants restants. Les éliminés du RUMP, de l’UCF et de l’UC ont été virés comme ça, c’est le jeu !

Par exemple, « Plouf-plouf, un petit cochon pendu au Congrès, tirez-lui la queue il pondra des œufs, combien en voulez-vous ? Combien t’en veux Gaël ? – Deux. – Un, deux. T’es éliminée Sonia, Gaël tu restes.

Christopher Gyges qui s’était glissé dans le groupe des six a été ainsi sélectionné pour le gouvernement : « Une oie, deux oies, trois oies, quatre oies, cinq oies, six oies, c’est toi! »

La méthode “chou-fleur” permet de départager deux politiciens de deux équipes opposées, les plateforme et les kanaky par exemple. Ils se positionnent debout, face à face, à une certaine distance. Ils avancent ensuite l’un vers l’autre en posant un pied devant l’autre, le talon touchant la pointe, et en énonçant les mots « chou » et « fleur » chacun son tour. Lorsque les deux joueurs sont assez proches, la pointe du pied de l’un d’eux écrase le pied de l’autre : il a alors gagné.

Louis Kotra veut jamais jouer à ça, il dit que c’est pas juste, parce que les kanaky font chou-fleur pieds nus et les autres avec des bottes ou des chaussures de travail…

***

LA NOUVELLE, ou L’ÎLE ENFERMÉE
(Caledonia stories)

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Enfermée l’île l’était déjà par la mer comme toute île dont on ne peut sortir, où l’on ne peut aller droit, que l’on ne peut contourner, où l’on tourne en rond, tour de l’île, tour des baies, tour de la place, tour de la propriété, tour de la ville, elle-même une île dans l’île, tour en brousse, elle-même coupée de la ville, retour au départ, retour du même, éternel retour, la brousse étant une île dans.

Enfermée l’île l’était aussi par la distance, par l’écart, par l’isolement, coupée de tout par mille milles d’océan, inconnue, ignorée, ignorante, perdue, perdante, au bout du bout du monde, à l’antipode.

Enfermés les premiers occupants le furent par la peur de la mer, le repli sur soi et sur la terre, dos tourné au large et aux voyages, face accrochée aux montagnes, aux vallées et aux gorges, aux rochers et aux arbres, pieds enfoncés dans le sol, enracinés, attachés, confondus, retenus, possédés par la terre, avant qu’on leur assigne une réserve et un nouvel enfermement, un enfermement double.

Enfermés les seconds occupants le furent par les murs, par les chaines, par les barreaux, par la déportation, par le bagne, par la honte, par le silence, par le mensonge, par les faux semblants, par le non dit, le ressentiment, dans leurs corps et dans leurs têtes, à travers les siècles, les générations.

Enfermés les exilés suivants le furent par leur bulle coloniale et par leurs préjugés, isolés des indigènes, des condamnés et de leurs descendances, limités dans leur misère ou confinés dans leur obsession d’enrichissement.

Enfermés les communautés ultérieures le furent par leur cloisonnement communautaire, dans leur repliement culturel, dans leurs blocages traditionnels, dans leur soumission collective.

Enfermés les consommateurs le sont par la classe économique dominante, par sa chasse gardée, par ses prix abusifs, par ses protections de marché, par les choix limités, par les chiens de garde de la douane, par les consommations obligatoires, par les modes de consommation, par les consommations à la mode.

Enfermés les citoyens le sont par la peur des dirigeants, par la peur du chaos, par la peur de l’autre, par la peur du mal, par les chantages à la peur, par le besoin de protections, d’arrangements, de culte des chefs, d’hommages aux forts et aux gardiens comme dans tous les milieux clos, par le culte du passé, des esprits, de soi, du corps, du paraître, par le besoin de conjurer la peur, de se rassurer et de s’oublier dans des clans, des bandes, des partis, des messes, des ivresses, des excès.

Enfermés les voyageurs le sont par la confiscation des transports, par le ciel cadenassé, par le monopole verrouillé, par les nouveaux gardes-chiourme, les gardes-chiourme de l’air, par les tarifs prohibitifs, par des destinations obligées, consacrées, imposées, petites promenades hygiéniques de prisonniers.

Enfermé l’avenir l’est par l’amour même de cet enfermement, de tous ces enfermements, par la revendication de l’enfermement comme identité, géographique, carcéral, colonial, économique, commercial, culturel, identité enfermée, enfermement identitaire.

Note pour plus tard : la prochaine fois, dans une autre vie, pour la prochaine quarantaine, avant de refaire La Nouvelle, essayer d’abord les Îles du Salut, Alcatraz, Guantanamo, Norfolk, Sainte-Hélène…

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MARDI 29 AOÛT 2017
(Independence Days Diary)

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La guerre du crabe.
La Corée du Nord bombarde le Japon, l’Islam veut la peau de l’Occident, la Calédonie est en quasi faillite, Kanaky menace le référendum et pendant ce temps-là, à Boulouparis, c’est la guerre du crabe ! On s’énerve grave dans la mangrove-à-nous entre Bouraké et Ouano… Les coups de gueulent pètent dans tous les sens. Ouin ouin ! Nan mais c’est bân si les autres ils arrêtent de venir prendre nos crabes chez nous ! Ils viennent d’ailleurs. Ils sont pas chez eux. Ils ont pas de patentes. Ils prennent tout. Ils ont qu’à aller pêcher chez eux ! On va régler ça nous-mêmes. Si faut brûler leurs bateaux on sait faire ! Le Boulouparisien n’est pas prêteur de crustacés, c’est là son moindre défaut, apparemment. Vade retro pêcheurs Satanas de Païta ou Nouméa !
Décidément y’a pas que chez les politiques qu’on trouve les paniers de crabes !

Les dégagés Raffarin, Garrido, Guaino, Dray, Filippetti, Bachelot, se la jouent journalistes. La preuve de la collusion des médias et des politiques. Politiciens bavards et mauvais décideurs, journalistes partisans et mauvais analystes.
Et pareil en Calédonie, évidemment, sur RRB, à Djido, à RFO, par exemple.

Si on file deux milliards d’argent public (nos impôts) aux chauffeurs de bus, je ne vois pas pourquoi on ne filerait pas aussi des milliards aux taxis qui vont pleurnicher aussi quand le Néobus leur aura pris leurs clients, aux pharmaciens quand on vendra du Doliprane et des vitamines en épicerie, aux petits commerçants affamés quand les autorités autorisent l’installation d’un hypermarché, aux stations-services en déclin quand on aura généralisé les voitures électriques, aux notaires quand les avocats géreront les contrats, à tous les profiteurs d’Aircalin quand on aura laissé Quantas libre de s’installer ici et de nous amener à Sydney pour des prix raisonnables, aux goinfres de Biscochoc quand on ne taxera plus à 1000% le chocolat importé, mangeable lui.
Tous ces gens planqués, protégés par le numerus clausus et les monopoles vont bientôt nous réclamer deux mille milliards en échange de leurs protections, de leurs licences juteuses et de leurs charges féodales quand leurs rentes de situation seront menacées par l’évolution, la modernité et la justice sociale. Vous en avez profité ? On en est fort aise. Et bien serrez-vous un peu la ceinture maintenant.

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