LIBRE LECTURE DU LIVRE « LIBRE » DE SONIA BACKES

libreLIBRE LECTURE DU LIVRE « LIBRE »
(en librairie demain jeudi 16 février 2017)

Excellent choix de la part de Sonia Backes que celui de soumettre la lecture de son livre « Libre », sous-titré « Ma passion calédonienne », au plus libre des observateurs de la Nouvelle-Calédonie et de la politique calédonienne en particulier.

Un bilan personnel ? Un programme électoral ? Un projet pour la Calédonie ? Un peu des trois, et même beaucoup. Divisé en quatre chapitres cet opus traite successivement du parcours personnel et politique de l’élue, de l’avenir institutionnel du pays, de son économie et enfin de l’ordre et de la sécurité.

À quelques semaines des élections législatives et à quelques mois du référendum sur la souveraineté du pays on peut s’étonner du silence et même du mutisme des principaux acteurs politiques de notre territoire ainsi que du silence des agneaux citoyens que les partis prennent souvent pour des moutons. Et ce livre a donc le mérite de témoigner d’une démarche individuelle et d’un engagement personnel qualifiés parfois « d’ondoyants et divers », comme Montaigne aimait à se décrire lui-même et tel qu’il voyait même l’humain en général.

Démarche volontariste et pugnace à qui on ne peut reprocher de rester en attente sur le pas de la porte ou de cacher ses choix et ses ambitions, à la différence de certains leaders plus velléitaires que volontaires. Au seuil de ces deux années de consultations capitales pour l’avenir de la Calédonie, à défaut de lire dans une boule de cristal même éclairée le jour d’après de Gomes et le troisième accord de Frogier, j’ai donc parcouru un crayon à la main cet ouvrage qui dit clairement et dans une langue facile et agréable les observations, les analyses et les options de Sonia Backes sur quelque chose qui nous concerne tous : la Nouvelle Calédonie.

La première partie nous expose la généalogie d’une jeune femme, de son caractère et de sa vocation. C’est une présentation tout à fait honnête du pays et de son monde politique entre 1976 et aujourd’hui à travers un parcours personnel. L’exercice n’était pas facile à réaliser en une trentaine de pages. Cette lecture sera utile à ceux qui ignorent tout de cet univers plus impitoyable que Dallas. Autant l’évocation des vertes années et des condisciples de l’auteur est attendrissante autant celle de la tambouille et des remugles des appareils politiques est fétide bien qu’authentique et authentifiée par ceux qui ont connu les cloaques du RUMP et de Calédonie Ensemble de l’intérieur, parce qu’ils se valent bien…

La transcription du dialogue entre Sonia Backes et Philippe Gomes à la page 34 est à cet égard croustillante et emblématique de l’ambiance et des mœurs de nos assemblées. Le recours à l’arnica n’est pas loin… Marrant aussi qu’on retrouve le « Pour qui tu te prends ? » tel quel dans la bouche de Gomes et plus tard dans celle de Yanno à la page 45.

Parmi les remarques « bien vu » et très justes qui parsèment la publication, j’ai relevé dans cette première partie la capacité des indépendantistes « à ne négliger aucune avancée dans leur projet et à « cranter » leurs victoires : « ce qui est à eux est à eux ; tout le reste est négociable. Ils avancent sans jamais reculer, jouant tour à tour sur les faiblesses des uns et des autres et profitant de l’opposition entre les loyalistes pour peser dans les négociations avec leurs « partenaires » du moment.

Le deuxième chapitre donne ou redonne des éléments assez bien connus sur le fantasme d’une indépendance heureuse quand la France apporte annuellement 168 milliards sur un budget de 250 milliards et sur des compétences régaliennes qui deviendraient la propriété d’incapables, de clans, de mafias, de corrompus, de tyranneaux, de puissances étrangères si elles étaient transférées. Une remarque exacte quant à ces Calédoniens et à ces jeunes générations qui « ont baissé la garde » et « minoré l’incidence des thèses indépendantistes ». Je la compléterai personnellement en pointant le sentiment général anti-métro et le lavage de cerveau perpétuel par les médias, par l’école et par la culture comme facteur de cette démission mentale, de cette mauvaise conscience, de cette acceptation d’une « indépendance molle ». La proposition inédite qui suit est une solution inspirée du Québec pour le référendum sur le maintien dans la France : un référendum local tous les 25 ans si une moitié des personnes inscrites sur les listes électorales pétitionnent pour le déclenchement de ce scrutin après une période de 25 ans (le temps d’une génération) où la question ne peut pas être posée. L’idée est intéressante, réaliste et honnête, plus réaliste, intéressante et honnête en tout cas que le délire du troisième accord et l’éclairage des comités opaques de Gomes et Christnacht.

Le chapitre suivant développe le point de vue économique souvent défendu par l’élue : esprit pionnier des entreprises, libérations des entrepreneurs esclaves de l’administration, des règlements, des impôts, des contrôles, des protections de marchés. Si on ne peut que souscrire à la dénonciation des productions locales « protégées » par le pouvoir et souvent plus chères et plus mauvaises et sur les tentations dogmatiques et même totalitaires de la majorité actuelle lors du conflit des rouleurs en face de la doctrine nickel et de celui des patrons opposés à la loi-compétitivité, on peut se lasser des lourds anathèmes pas toujours convaincants contre le gauchisme, le marxisme, les lois socialisantes, l’assistanat etc… On peut cependant adhérer sans réserve à un impôt sur le revenu pour tous, responsabilisant chacun, en fonction des moyens de chacun, et à un nettoyage des missions, structures et établissements publics inutiles, ruineux, en doublons, en triplettes (formation professionnelle par exemple).

Le quatrième et dernier chapitre commence joliment par « Il y a 30 ans nous baignons à la forêt de la Thy, derrière Saint-Louis, avec les enfants qui vivaient là, et qui s’accrochaient comme nous à la corde pour se jeter dans la rivière. Nous prenions en sortant un milk-shake à la ferme de saint-Louis, qui était encore là et pas à Saint-Michel. Il y a 20 ans, nous faisions le tour de Calédonie, en dormant dans la benne du pick-up sans craindre de nous faire agresser. Il y a 10 ans, lorsque je décrivais la Calédonie à des amis de métropole, je concluais toujours mon propos en disant que c’était un endroit idéal pour élever ses enfants : pas d’insécurité, pas de peur des actes odieux qui peuvent exister dans certaines grandes villes de Métropole… »

Et aujourd’hui ? Au moins Sonia Backes n’édulcore pas, et je suis d’accord avec elle. Aujourd’hui nous avons honte de parler de la Calédonie en métropole. Aujourd’hui le pays est au sommet en terme de délinquance, d’insécurité et de criminalité rapportées à notre minuscule population. Elle énumère ses mesures répressives souvent présentées. Elle cite à juste titre « la délinquance politique » formulée par Harold Martin. Souligner explicitement cette noire désespérance criminelle absurde et même scandaleuse au pays bleu et doré des alizés, et liée à la montée en puissance indépendantiste et au repliement autiste de l’archipel sur lui, est assez rare sous la plume des politiques. Cependant je ne souscris pas au « C’est chez moi. Je n’ai pas d’ailleurs » de la page 103″. La patrie, la culture, le patrimoine et les droits français sont les mêmes ici et ailleurs à un point tel qu’il est absurde et même suspect de parler d’un « ici » et d’un « ailleurs » sauf à emboîter le pas à ce candidat malheureux à la conscience nationale malheureuse qui, lors des dernières législatives, avait cru stupidement disqualifier son concurrent en lui affirmant qu’il ne pouvait rien comprendre puisqu’il n’était « pas d’ici ». Tous les français de Calédonie, tous les Calédoniens, ont un ailleurs, ont une patrie plus large que le lagon, c’est la France, c’est chez nous aussi. De même que tous les Français de métropole ont un ailleurs, un ailleurs plus large que l’hexagone, c’est l’outre-mer français, c’est chez eux aussi. Et même l’emploi de ce « nous » et de ce « eux » est à bannir si l’on aime la France, les Français et la Calédonie française.

Je salue donc ce livre engagé et engageant. J’aurais donc aimé pourtant, aussi, un chapitre sur cette patrie justement, sur cette France, sur ces Français exclus du pays, et pas seulement par les indépendantistes, sur ces Français de Calédonie soumis à cet apartheid et rejetés de la citoyenneté, du vote et du travail, et pas seulement par les premiers occupants. J’aurais aimé un message plus clair et plus complet adressé à ces dizaines de milliers d’électeurs non natifs bannis de tout mais pas des législatives et pouvant bientôt faire la différence entre un Dunoyer, un Yanno, un Deladrière et notre écrivain dans leur circonscription, comme ils peuvent aussi distinguer par ce vote et le classement des prétendants la future direction et les futures orientations des Républicains de Calédonie et même d’un nouveau Rassemblement loyaliste dans le pays.

Et les autres politiques ? Sont-ils assez libres, sont-ils assez passionnés pour prendre et manier une plume aussi légère et libérée, pour nous écrire aussi leurs observations, leurs analyses et leurs options pour notre pays, pour notre avenir ? Oui ? Non ?