INÉGALITÉS ÉCONOMIQUES EN NC : CHUT !!!

quintile

Ce tableau exprime les écarts entre les plus pauvres et les plus riches de différents pays.

Le rapport inter quintile des inégalités économiques a calculé combien de fois les 20% (le quintile ou le cinquième supérieurs) de la population les plus riches sont plus riches que les 20% de la population les moins riches (le quintile ou le cinquième inférieurs).

On peut ainsi voir, dans ce diagramme, que les plus riches sont 3,4 fois plus riches que les plus pauvres au Japon, 5,6 fois en France et 9,4 fois en Nouvelle-Calédonie. Ce sont évidemment des moyennes. Entre les sous des smicards (le SMG de NC est inférieur au SMIC métro !) ou des retraités et les millions mensuels de chirurgiens ou de gérants de société, ou bien encore les revenus de Louis et Armand Ballande auxquels le journal essaie de nous intéresser ce matin, le différentiel et son coefficient seraient à recalculer…

Il ne faut pas être grand clerc pour faire quelques constats en Nouvelle-Calédonie : un des coûts de la vie les plus hauts du monde ; une classe supérieure, profitant de ce commerce abusif et/ou de rentes de situation, et  étalant des signes extérieurs de richesse provocants ; une classe inférieure très nombreuse et très en dessous du seuil de pauvreté ; une pauvreté et une maigreur étiques, en NC, des règles et dispositifs propres à réduire ces écarts sociaux dans des sociétés soucieuses de justice et de protection des plus fragiles ; des problèmes sociaux lourds et nombreux (cannabis, violence, criminalité…). Cette situation nous amène à regarder avec attention et à partager l’étude que NC2025 a consacrée aux fossés économiques et sociaux et aux inégalités dans la répartition des richesses au sein d’un même pays, ainsi qu’à leur conséquence.

Plus les inégalités dans la répartition des richesses au sein d’un même pays sont importantes plus les conséquences sur un certain nombre d’indicateurs sociaux sont négatifs pour  la population du pays et surtout pour son quintile inférieur :

– espérance de vie

– taux de réussite scolaire

– violence

– homicides

– taux de criminalité

– taux d’emprisonnement, population carcérale

– naissances chez les adolescents

– niveau de confiance entre les classes sociales

– obésité

– toxicomanie

– maladies mentales incluant les phénomènes d’addiction

– mobilité sociale

– capacité des enfants de parler à leurs parents

– accès à leurs parents

– possession de livres à la maison

– taux d’immunisation contre les maladies

– bien-être des enfants

– bien-être à l’école

– abandon prématuré des études

– sentiments de supériorité ou d’infériorité créés entres les différentes catégories de la population

– sentiments de valorisation ou de dévalorisation dans la société

– sentiments de respect ou de mépris

– augmentation des jugements de valeur

– rapport pervers ou/et stressant généré entre citoyens d’un même pays

– course à la concurrence entre les personnes

– excès de consumérisme

– conséquences néfastes sur la santé

– sentiment d’insécurité chronique

On reconnaît bien dans cette liste un certain nombre de nos problèmes calédoniens.

Toutes les études démontrent qu’il y a un rapport étroit entre ces dysfonctionnements sociaux et l’inégalité dans la répartition des richesses et que ce ne sont pas seulement les pays pauvres qui sont sont affectés par les inégalités. Des pays pauvres ou riches sans grands écarts entre les plus riches et les plus pauvres en leur sein s’en tireront beaucoup mieux que des pays riches ou pauvres présentant de grands écarts entre leur quintile supérieur et leur quintile inférieur.

À partir d’un certain niveau de développement dans les pays riches :

– La croissance économique ne conduit plus à l’amélioration des conditions sociales et du bien être des populations.

– Elle contribue souvent à augmenter le fossé des inégalités et de la répartition des richesses au sein de cette même société.

– Les inégalités dans la répartition des revenus contribuent au dysfonctionnement social des sociétés. (cf. NC2025)

Le rapport inter quintile de la Nouvelle-Calédonie est très élevé. N’est-ce pas là la principale cause des maladies de notre société insulaire : violence, autodestruction, échec scolaire, communautarisme cloisonné, maladies, addictions… ? N’est-ce pas là le principal obstacle à la construction de la citoyenneté calédonienne et à la communauté de destin ?

Les experts, chercheurs, acteurs et décideurs politiques se penchent de façon récurrente sur nos maux (criminalité routière, alcoolisme, délinquance juvénile, niveau scolaire etc…) emplissant un tonneau des Danaïdes de rapports coûteux, d’audits, d’expertises, de missions, de voyages d’étude, de symposiums. Ils ne font que se pencher sur les conséquences en l’aval sans se tourner, volontairement ou non, vers la cause en amont : notre société profondément et lourdement inégalitaire, 3 fois plus inégalitaire que la Finlande, 2 fois plus inégalitaire que la France métropolitaine. Et donc on ne fait qu’appliquer des cautères sur des jambes de bois, on ne fait que tenter de traiter l’eau sale au robinet alors qu’il suffirait de retirer ce qui l’empoisonne à la source. Et c’est l’éternel retour des solutions miracles, des propositions, des programmes et des  mages en tous genres, qui ne soignent et ne guérissent rien du tout.

En ces temps d’élections, de kermesses et de foires électorales, qu’elles soient indépendantistes ou loyalistes, a-t-on entendu la moindre proposition pour pointer et réduire les énormes écarts économiques entre les différentes catégories de la population calédonienne ? Entre tous ces boniments de bonimenteurs de marché, derrière toutes ces bonnes paroles où les mots « peuple », « justice » et « social » claquent au vent comme des drapeaux révolutionnaires, a-t-on vu le moindre projet sérieux de maîtrise de l’argent fou et sauvage, la moindre proposition sérieuse de domestication et de rabotage du capital. Justice est ici synonyme d’odieux socialisme et même ceux qui se hasardent un peu sur un chemin vaguement social et progressiste ont tôt fait de le renier trois fois avant le chant du coq et de conspuer le socialisme tête basse pour ne pas en être inculpé.

Ceux qui usent et abusent du discours social et généreux sans que ces saintes paroles soient vraiment suivies d’actes et de faits sont sans doute paradoxalement les plus responsables et coupables. Ils découragent, décrédibilisent et écrasent, par leurs moyens et leur rouerie, de réels projets et de sincères acteurs pour une société vraiment plus juste et égalitaire. Tartuffe clame bien haut sa pureté et sa dévotion mais veut séduire la femme de son protecteur, certains politiques se réclament haut et fort du peuple et des petites gens mais veulent aussi ardemment séduire leurs employeurs, leurs exploiteurs, les plus gros et les plus riches…