MISSION (SALADE) IMPOSSIBLE

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 » – Va chercher de la salade. Et si tu trouves des tomates, prends aussi. Regarde aussi chez les chinois. »

Qui n’a jamais entendu cette injonction un dimanche matin, ou un lundi de Pâques, et n’a pas obtempéré sagement et prudemment, enfourchant son pick up sans trop d’illusion, en se disant que remplir sa benne de feuilles vertes et de légumes rouges serait de l’ordre du miracle et de l’esprit saint descendu au sein de la Chambre d’Agriculture.

Qu’importe, on essaie ! On démarre, on part, direction le petit supermarché le plus proche. On entre, on cherche, néant, l’ordre universel des choses de la fainéantise agricole est respecté, rien, sans CAMA on fait rien, on plante que si on est assuré d’être subventionné et indemnisé, sinon rien, et pas intérêt d’importer, compris !

Mais l’ordre de mission salade a été clair, tout essayer, les petits magasins aussi, budget illimité, 1000 ou 2000 francs le kg ça fait rien. Alors on reprend sa monture quatre quatre, on scrute l’horizon et yaaa ! on fait le tour des petits bouibouis, en se disant qu’ils ont peut-être des filières, un tomato-plan, une chinese-connection…

Première boutique, on attache son toye à la barrière, des gars traînent à l’entrée, on se glisse à l’intérieur, pénombre, allées encombrées, chaînes sur l’alcool, un type louche à la caisse, no légumes, et puis un petit recoin au fond, un couloir, un mec qui s’y engage, des fois que ce soit la vente à la sauvette de laitues au noir. Et puis non, déception, c’était juste le coin à bière fraiche de contrebande, l’homme s’est retourné et éloigné prestement, avec un air de comploteur, un sac sous le bras, la fermeture éclair cassée laisant voir des canettes.

Alors on continue, deuxième échoppe. Ambiance Hong-Kong, Susie Wong au comptoir, mignonne, un tour dans les rayons, nada, nothing, et puis un signe ! enfin ? des femmes semblant avoir mauvaise conscience, coups d’œil à gauche et à droite, vont vers un angle du magasin, on les suit ! Mauvaise pioche ! c’est le coin du pinard, interdit par des rubans rayés de chantier, ou de scènes de crime, elles ont déjà deux bouteilles à la main, la mignonne prépare un carton. On demande quand même à la petite « Salades? ». Elle vous fusille d’un regard outragé.

Mais pourquoi on nous demande pas de ramener du vin, de la bière ou du whisky les week-end et même les jours de prohibition, plutôt que de la salade et des tomates. Ce serait mission possible pour une fois…