ITINÉRAIRE PAS TOUJOURS GÂTÉ D’UNE ENFANT ALLÉE (II)

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Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Arthur Rimbaud

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CHRONIQUE D’UN RETOUR DES ÎLES : (BONNE) LITTÉRATURE CALÉDONIENNE D’UNE ZOREILLE (PARTIE II)
PAR Christine Allix

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« J’adore mon affaire, mais j’ai décidé de vendre. Avec les taxes annoncées sur les CDD, comment on va faire avec les saisonniers? Nous, ici, on ne travaille qu’avec les saisonniers! » Confidence désabusée de Claude, le patron de café préféré.

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Ce matin, un lever de soleil rien que pour moi. Seule sur la plage, une boule rouge sang sort tout doucement de l’horizon et s’élève inexorablement dans le ciel immaculé. Au fur et à mesure de sa progression, elle devient orange puis jaune. Au loin, un bateau de pêcheurs au dessus duquel virevoltent un ballet de mouettes criardes et affamées. Oui, décidément, la vie est belle.

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Ce matin, petit coup de mou comme à chaque fois que je reviens d’une administration et comme les retours au pays en occasionnent si naturellement… Et puis, il y eut ce message, très gentil, de losservatore calédo concernant mes écrits et me voilà repartie comme en 14! Optimiste et avide de (re)découvrir cette France que j’aime tant! Merci Losservatore Caledo!

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Ce week-end, direction l’Espagne! Très précisément Port Lligat, le village où vécut Salvador Dali de 1930 à1982. Et là, découverte d’une demeure absolument fantastique, ouverte à la lumière, à la mer, au ciel, à la nature… Avec des coins et des recoins un peu partout, des niveaux, demis-niveaux à tous les étages et un sens du beau époustouflant. Une demeure d’artiste poussée à l’extrême avec un chevalet mécanique coulissant du rez de chaussée au 1er étage « pour permettre à l’artiste de peindre des oeuvres immenses tout en restant assis ». Une ode à son épouse Gala pour qui il a fait installer un miroir inversé dans leur chambre à coucher « pour que, chaque matin, elle fut la première femme d’Espagne à assister au lever du soleil »… Un lieu dédié à la rencontre et aux échanges où le peintre n’avait pas prévu de chambre d’amis, mais tout un ensemble d’espaces où recevoir les intellectuels de l’époque… Une maison de la culture au sens général du terme avec des coins lecture un peu partout et même dans les escaliers… Magique! Merci la vie.

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On accède à la maison de Salvador Dali par un petit escalier et on y entre par une porte tout aussi petite. Rien qui ne laisse un seul instant présager l’espace intérieur qui nous attend… Ni l’atmosphère si particulière des lieux. Car l’artiste est là. Il nous accompagne dans la découverte de sa maison. Effectuées par petits groupes de 8 personnes maximum, les visites prennent très vite l’allure d’un pèlerinage. Au fur et à mesure de la progression, le silence respectueux et admiratif fait place aux commentaires étonnés face à tant de génie. Nous arrivons presque aux portes du jardin quand nous pénétrons dans le dressing de Gala, l’épouse et muse de l’artiste. Un dressing littéralement recouvert de photos du couple avec les personnalités intellectuelles et artistiques les plus remarquables de ce siècle. Et soudain, l’émotion me gagne, les larmes me montent aux yeux. Une émotion incroyable qui monte crescendo en pénétrant dans la salle ovale, un espace composé de deux immenses canapés ovales surmontés d’un dôme qui produit un écho dès lors qu’on se place au milieux de la pièce… Jamais je n’avais éprouvé pareille émotion dans un lieu. Jamais non plus je n’avais ressenti un tel amour inconditionnel d’un être pour un autre être. Salvadore aimait passionnément sa femme pour qui il a pensé l’ensemble de sa demeure, demeure qu’il a d’ailleurs quittée en l’état sans jamais jamais y revenir à la mort de celle-ci. L’amour transpire partout dans cette demeure. Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le couple n’est plus là, mais il est partout. Dans les objets de grande valeur, devant les nombreuses fenêtres ouvertes sur la mer, sur les chaises et autre bancs de lecture installés un peu partout. Bouleversant!

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Cette nuit, le ciel s’est fâché en tonnant de toutes ses forces et en envoyant de grosses giboulées (de mars bien sûr!). Pourtant, au lever, le soleil a réussi à percer à travers les nuages avant que ceux-ci, bien vite, ne reprennent l’ascendant. Mais l’orage n’était pas que dans les éléments en ce début de journée. Saison estivale approchant, les exposants arrivent en masse et se disputent les meilleures places du marché. Quand je dis les exposants, ceux qui n’ont pas jugé bon de se lever tôt car, pour les vieux briscards, pas de souci. Ils étaient là à l’aube et pendant que leurs confrères se crêpaient le chignon (ça n’est pas réservé qu’aux femmes! ), eux refaisaient le monde, évoquant tour à tour les vieux couples « qui se consacrent aux enfants et ne songent même plus à sortir à deux » ou les parents qu’ils n’ont pas pu être à cause de leur travail et les grands-parents gâteaux qu’ils espèrent être… Je ne sais pas si c’est l’afflux de clients en cette heure matinale ou l’orage, mais mon petit patron de bar avait un sourire fendu jusqu’aux oreilles ce matin et ça lui va plutôt bien!

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Inscription sur les listes électorales aujourd’hui et discussion passionnée avec l’agent administratif à cinq mois de la retraite à propos des aspirations de la jeunesse… « Mon petit fils a 15 ans, il ne fait rien à l’école, passe son temps dans la chambre, sur son ordinateur et sa seule ambition est de faire comme son cousin: vivre du RSA (revenu de solidarité active qui n’a d’actif que le nom puisqu’aucune contrepartie n’est demandée en échange de son versement!). » Consternant et surtout inquiétant pour la France de demain…

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Ils disaient: « Etudie et tu auras une bonne situation » alors, je n’ai cessé d’étudier.
Ils disaient: « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt » alors, je n’ai cessé de me lever tôt.
Ils disaient: « Crois en toi et tu réussiras » alors, j’ai n’ai cessé de croire en moi.
Ils disaient: « Bats toi et tu atteindras tes objectifs », alors, je n’ai cessé de me battre.
Ils disaient: « Cours voir le monde et tu comprendras » alors, j’ai n’ai cessé de courir.
Ils disaient: « Les voyages forment la jeunesse » alors, je n’ai cessé de voyager.
Ils disaient: « Le travail, c’est la santé » alors, je n’ai cessé de travailler.
Aujourd’hui, ils me disent: « Après 50 ans, tout est foutu » alors, je me rebelle!
Non, à 50 ans, la vie n’est pas foutue, elle commence! Et je vais le prouver!

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Il pleut ce matin. Le ciel et la mer sont tellement gris qu’ils finissent par se confondre. Le soleil, lassé de tant de morosité, n’a pas eu le coeur de percer les nuages. Tout juste a-t-il montré qu’il était toujours là par une brève lueur orangée… Quelques mouettes se baladent sur la plage à la recherche de coquillages invisibles aux yeux de l’homme. Tandis que le patron du café se lamente du temps qu’il fait et des touristes qui désertent, Mylène Farmer chante « Génération désenchantée » à la radio. Me revient alors à l’esprit cette femme de 52 ans « trop vieille » pour exercer son métier de coiffeuse et devenue charcutière pour pouvoir subvenir à ses besoins… Drôle de monde où les moins de 30 ans sont jugés trop jeunes et les plus de 50 ans trop vieux… Drôle d’époque où la seule fenêtre de tir pour fonder une famille, investir et s’épanouir professionnellement se situe entre 30 et 45 ans… Au-delà de toutes les gesticulations politiques, au-delà de toutes les lois sensées réinventer l’eau chaude, c’st surtout d’état d’esprit qu’il faut changer. On a tellement martelé aux jeunes qu’ils ne seront pas compétents avant 30 ans et aux moins jeunes qu’ils ne seront plus rien après 50 ans qu’ils ont fini par le croire! Il est grand temps de secouer le cocotier des idées reçues et des soi disantes vérités assénées par des soi disants spécialistes! Moins de 30 ans, plus de 50 ans, même combat! On veut vivre de notre travail et non d’aides qui rendent serviles, amorphes et résignés!

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Cliches du jour gare du nord….
Un chien marche en regardant son maitre qui marche en regardant en l’air les horaires de train….
Une dame frigorifiee tente de se rechauffwr en regardant un spot publicitaire de feu de bois plus vrai que nature….
Des jeunes femmes soi disant sourdes et muettes tentent de faire signer des promesses de dons pour une associaton dediee a ce public mais des qu’elles essuient un refus se mettent a insulter les recalcitrants avec de vrais mots…
Une femme croisee dans le rer

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Bon les enfants je suis de nouveau au bout du monde, enfin au bout de la metropole du moins. He oui je suis en formation en belgique et je nai que mon mob pour communiquer. Comme je deteste faire des fautes je cous raconterai ca a mon retour! Bonne semaine a tous!

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Ouf! De retour en france! Dans le train qui me ramene a lille, controle au facies. Injuste pour ceux qui n’ont rien fait mais comment faire autrement apres les derniers attentats perpetres?…..
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Bon, les enfants, c’est fait, je suis rentrée chez moi après une journée, comment dire, … pleine de rebondissements! Tout d’abord, une petite pensée pour Véronique, ma compagne de galère (toute relative!) du jour. Nous avons attendu (longtemps) le même train à Lilles, nous avons couru dans la même gare du Nord pour rejoindre la gare de Lyon, nous avons attendu le même RER 9 minutes durant et nous avons raté la même correspondance pour le Sud! Résultat, une même entrevue surréaliste avec deux guichetières SNCF du genre « porte de prison »), deux heures d’attente en gare de Lyon à observer les pigeons (dont un unijambiste!) et surtout plusieurs heures de voyage vers le Sud entre deux wagons, assises près des portes, à même le sol (très froid!) qui conduit à la sortie. Un tel périple, ça crée des liens et rien que pour ça, je suis prête à renouveler l’expérience! Bonne nuit Véronique!

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L’avantage de voyager près de la porte des toilettes, c’est qu’on voit défiler l’ensemble des occupants du wagon! De la grand-mère qui tente d’occuper son petit fils en lui racontant des histoires à la dame d’un certain âge pas très loin du lumbago qui s’excuse presque d’avoir une place assise, en passant par le voyageur au regard absent dont l’haleine ne laisse aucun doute sur sa consommation d’alcool ou la dame à la conscience perdue qui veut fumer pendant les arrêts mais dont les gestes sont tellement lents qu’elle a, à chaque fois, tout juste le temps de sortir sa cigarette sans jamais pouvoir l’allumer… Bref, largement de quoi s’occuper les yeux et l’esprit! Et puis, il y eut cette rencontre avec Hakob Melkonyan, un réalisateur arménien au sourire magnifique et au charisme impressionnant. Arrivé en France depuis deux ans, il parcourt le pays pour présenter « L’arbre », le film qu’il a réalisé sur le génocide arménien. Un film qui parle de sa grand-mère vendue comme esclave par les Turcs et dont une grande partie de la famille fut massacrée… Une belle âme, ce Monsieur! Et une belle rencontre. Merci la vie! 
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Alors que les attentats de Bruxelles sont encore dans tous les esprits, nous sommes tous surpris du peu de contrôles effectués, aussi bien bien en gare du Nord qu’en gare de Lyon. Y compris le personnel de la SCF avec qui je discute au cours du voyage. Un personnel qui s’inquiète du terrorisme sans vouloir en faire une obsession. « Je travaille à la SNCF, mon mari aussi, forcément, j’y pense et je me pose des questions », me confie une jeune femme qui s’alarme face à la progression de l’embrigadement des jeunes… « Que faire pour protéger nos enfants de toute cette folie », me demande-t-elle… Face à l’emprise qu’elle qu’elle soit, il ne faut pas baisser les bras. Jamais. Il faut parler à nos enfants, parler et encore parler. Et surtout les aimer. Même s’ils font des choses que l’on ne comprend pas ou que l’on n’accepte pas. Les aimer envers et contre tout.
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Rendez-vous à pôle emploi hier, à propos de ma future orientation professionnelle. Pendant que j’attends mon conseiller, la sonnette installée à l’entrée ne cesse de sonner.
L’agent chargé de répondre à l’interphone: « Oui, bonjour, vous avez rendez-vous? »
Le chercheur d’emploi: « Non, j’avais juste une petite chose à voir. Je peux entrer? »
L’agent: « Non, pour ça, il faut venir le matin. Nous avons changé d’organisation. Les après-midi sont désormais réservés aux rendez-vous ».
En un quart d’heure, la scène s’est ainsi répété sans discontinuer. Et je vous passe les noms d’oiseaux lancés par les demandeurs d’emploi éconduits!
Résultat, des agents sous pression car agressés verbalement et des demandeurs d’emploi frustrés et en colère de ne pouvoir mener leur recherche à terme… Vive la communication du 21e siècle!
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Ce matin, petit moral après une semaine dense en informations et en projections diverses… Je décide donc d’aller boire mon café dans mon bar habituel. Le soleil, compagnon fidèle de mes débuts de journée, avait juste attendu que j’arrive pour se lever et pour me gratifier d’une magnifique lumière. Et il ne fut pas le seul à s’inquiéter de mon moral puisqu’Alexandra Debon, musicienne et humaniste, avait aussi décidé de venir aux nouvelles. Une belle occasion de refaire le monde avec, à l’issue de nos échanges, la conviction renforcée qu’il faut rester fidèle à ce que l’on est et à ses convictions… Merci Alexandra et merci la vie!***
Pas d’anecdote réelle ce matin. Une fois n’est pas coutume, je me suis réveillée tard, entre sommeil lourd et rêves éveillés… Mes journées sont très animées, mais si je vous racontais mes nuits, ça pourrait presque vous faire peur… Cette nuit par exemple, je suis retournée dans ma ville d’origine. A vélo (Faut croire que j’ai besoin de faire du sport!). Je devais retrouver ma voiture (J’avais oublié en route où je l’avais laissée…), laquelle devait me ramener à ma maison (j’avais aussi oublié où elle se trouvait…)… Bref, un rêve angoissant où on fait des kilomètres sans jamais pouvoir retrouver sa route… Avec, quand même, au fil de cette quête infernale, une petite voix qui me glisse l’adresse d’une structure qui accompagne les personnes en fin de vie… On n’échappe pas à son destin. Quoi qu’en disent ou qu’en pensent les personnes qui me connaissent et qui m’aiment, il n’y a rien de triste à accompagner quelqu’un qui va changer de monde. Rien de triste vraiment. Au contraire. Quelle joie d’aider quelqu’un à quitter cette vie le coeur tranquille et apaisé… Pour ma part, je sais ce qu’il me reste à faire: trouver cette fameuse structure! 
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« Si tu te concentres sur le problème, tu rates la solution (…) Tâche de voir ce que personne ne voit. Vois ce que les autres choisissent de ne pas voir. Par peur, conformisme ou paresse mentale. Change ton regard sur le monde. Découvre le. » Extrait du film « Dr Patch », avec Robin Williams, qui me parle bien et qui me conforte dans mon choix du jour…. A quoi bon avoir de l’intuition si on ne l’écoute pas…
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Le marché du dimanche… Un spectacle à part entière. Surtout à l’aube, quand le jour commence juste à se lever et que les stands commencent à se mettre en place… Ou quand les exposants se retrouvent au café du coin pour parler des petits nouveaux « qui ne savent rien faire d’autre que de copier les anciens »… Ce matin, sujet récurrent, la décision du maire de transformer sa ville jusque là uniquement touristique en  » vraie ville » (?) et de supprimer une grande partie du marché qui s’étale sur des kilomètres à partir du mois d’avril. Résultat, 60% des exposants sur le carreau avec très peu de solution de remplacement… « Le maire avait déjà interdit les concerts sur le bord de mer, maintenant il supprime le marché, mais de quoi on va vivre nous? » Les politiques ont leurs raisons que la raison populaire ne peut comprendre… Ici ou à l’autre bout du monde d’ailleurs!
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