LA RÉVOLTE ET LE COMBAT SUICIDAIRES EN QUESTION

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Après toute tragédie que faire, que penser, que dire ? Comment continuer à vivre ? Comment continuer à penser surtout ? S’arrêter de penser, admettre la fatalité implacable, le destin inexorable, les mises en scène absurdes de dieux impitoyables et de démons cruels jouant avec l’impuissance et la fragilité des mortels ?

Non, plutôt se pencher sur les vivants et non chercher à lire dans les cieux. Nous connaissons les mortels et les morts, nul n’a connu ni ne connait d’immortels. Nous connaissons les créatures, nul n’a connu de créateur. Chercher à comprendre l’incompréhensible dans ce monde, à penser l’impensable ici-bas et maintenant, tenter d’appréhender le néant et la mort au cœur des humains, même inhumains.

Autodestruction par la drogue, l’alcool et les violentes mises en danger mortel parfois criminel.
Renoncement à soi au profit des sectes et suicides collectifs.
Brigades rouges et jusqu’au-boutisme anarchiste et révolutionnaire.
Attentats suicides palestiniens et musulmans.

Quels points communs entre ces quatre démarches suicidaires ? Plusieurs :

Le dégoût nihiliste de la vie et du monde présent.
La vacuité de tout projet et de toute perspective d’amender ce monde.
Une mission, une cause, un idéal nihiliste de destruction du vieux monde et de soi-même avec.
L’indifférence froide aux dégâts collatéraux et aux autres morts.
La projection fantasmatique et la diabolisation d’un ennemi abstrait et vaste, aux visages peu différents : un système social sans rêves et sans âme, un monde matérialiste fermé et individualiste, le capitalisme et la marchandisation généralisée, les mécréants et les infidèles.
L’insertion sociale correcte des protagonistes de ces démarches suicidaires et leur appartenance à des classes moyennes et à des milieux sans difficultés lourdes.

Mais quand on a dit ça, on a dit quoi ? Pourquoi un type normalement instruit et inséré se met-il un jour, à un moment de sa vie, à abuser de l’alcool, de la drogue et de la vitesse au point de se tuer en voiture et de tuer des innocents ? Se met-il à monter des cellules terroristes et à tuer des patrons et des généraux ? Se met-il à se nier et à renier ses proches pour se fondre dans une église au point de s’y anéantir physiquement ? Se met-il à embrasser une guerre religieuse qui n’est pas la sienne et où il finira à coup sûr ?

Pourquoi ?