PROVINCIALES : TACTIQUE OU SINCÉRITÉ ?

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En politique, si la sincérité ça rapportait ça se saurait, prétendent certains. La tactique pure la plus cynique paie-t-elle davantage ? En politique, en tout cas, l’autosatisfaction systématique et la congratulation permanente ne sont pas des outils efficaces, pas plus que la diabolisation mécanique et la sous-estimation chronique des adversaires. Agiter des pompons aux carrefours en criant « On est les meilleurs » ou ânonner des éléments de langage imposés sur le Net ne sont pas les méthodes les plus utiles pour convaincre le peuple et les électeurs et leur exprimer un respect dont il perçoivent très bien la présence ou l’absence.

Le peuple justement, qu’est-ce qu’il a dit lors de ces municipales en Nouvelle-Calédonie ? Il faut l’écouter attentivement et humblement. Voilà une attitude digne et intelligente pour des politiques :

– Le peuple indépendantiste ne bouge pas beaucoup en nombre, mais qualitativement il évolue, il s’ouvre à autre chose : des résurgences loyalistes se produisent ça et là, des listes d’ouverture et d’alliance se font, la société civile entre dans le monde partisan, le radicalisme se tasse, du débat concurrentiel politique et même politicien se crée au sein des grands partis indépendantistes.

– Un peuple calédonien a encore besoin et envie des figures du lafleurisme traditionnel et n’a pas tourné la page du RPCR, revisité en RUMP, lui-même revisité en Rassemblement. Même les élus les plus discutables et les moins modernes trouvent encore preneur, par milliers d’électeurs, dans les grosses et moyennes communes du pays. Mais l’hypercentre, plus intellectuel et branché, ne veut plus du vieux parti. Ces deux faits sont incontestables.

– Un peuple citadin a adhéré à la démarche rénovatrice et sécessionniste de Yanno et Backès. 12 000 puis 16 500 voix aux deux tours à Nouméa attestent quand même d’un succès et d’une réponse apportée à une population urbaine qui ne veut pas de CE et qui ne  se contente pas du Rassemblement.

– Un peuple très hétérogène, socialement et culturellement, désire toujours Calédonie Ensemble, et en quantité non négligeable, mais un clivage net s’est effectué depuis les législatives 2012, où la victoire fut double et éclatante pour CE : d’une part, dynamique, progrès, rassemblement et success-story prolongée grâce à la personnalité de Sonia Lagarde à Nouméa ; d’autre part, déception, repliement, tassement et échecs ailleurs, en intensité variable.

– Les possibilités de retrouvailles, d’alliances et sans doute de réunion entre le FPU et l’UCF ont été démontrées par le pacte et les reports entre Yanno et Briault. La force de séduction de Sonia Lagarde, sa puissance fédératrice et sa capacité d’intégrer en masse des électeurs nouveaux et certainement étrangers, voire hostiles à son parti et/ou à son fondateur, ont été magistralement démontrées pour la seconde fois, dans la circonscription puis dans la capitale.

Voilà à peu près les données à oser regarder et à prendre en considération par les adhérents, les militants et les cadres des partis. Il est intéressant aussi de se mettre dans la peau, dans la tête et dans le cœur des leaders des différentes formations et de se poser les questions qu’ils doivent se poser si ils veulent gagner :

– L’UCF progressera-t-elle davantage, en particulier aux Provinciales, en remplaçant Yanno par Backès ?

– Le FPU doit-il ou non écarter ou tout au moins éloigner un peu les anciennes figures historiques du parti (Frogier, Briault…) et promouvoir réellement les nouveaux (Liegeard, Santa…) pour consolider son succès dans l’agglo et récupérer sur Nouméa des électeurs déçus par Yanno ?

– L’UCF et le FPU, dont les écarts idéologiques sont infimes, doivent -ils se réunir avant les Provinciales et se présenter unis ou doivent-ils faire des listes séparées pour ratisser plus large et s’unir dans une majorité après les Provinciales ?

– Qui doit « prendre en charge » Harold Martin, toujours « vivant » et vivace, qui est au FPU actuellement, mais dont on connaît la distance avec Leroux et la proximité avec Backès ? Quelle solution serait la moins houleuse et la plus rentable électoralement pour cette UCF-FPU qui s’est plus ou moins déjà dessinée lors de ces municipales ?

– Pour la législative partielle de la première circonscription, choix hautement symbolique et révélateur, surtout s’il est annoncé avant les Provinciales, quel candidat va choisir CE ? Hélène Iékawé, choix logique. Ou pas ? Le FPU et l’UCF, rapprochés,  vont-ils désigner un seul candidat ? Ou plus ?! Un choix dangereux pour eux, risquant de faire éclater un corps fraîchement recousu.

– Comment Calédonie Ensemble peut-elle d’une part remobiliser ses troupes et son électorat en dehors de Nouméa et d’autre part convaincre son fondateur et sa députée-maire, encore plus exclusivement concentrée désormais sur sa ville, que la promotion de Sonia Lagarde dans le cœur nucléaire et décisionnel du parti pour les Provinciales et au niveau de toute la Calédonie serait un atout pour le parti et pour son avenir ainsi qu’un accroissement de son potentiel de rassemblement et de leadership dans la sphère non indépendantiste, voire au-delà ?