TOUTE LA GABILOUDONIE ÉTAIT LÀ …

TOUTE LA GABILOUDONIE ÉTAIT LÀ …

De Tahiti à Païta, ils ont promené leur bel amour… Ils étaient trois mille à promener leur bel amour de Gabilou hier soir à l’Arène du Sud, un amour qui remonte à la fin des années soixante, un amour d’ancienne Calédonie, un amour de bringue, de jeunesse et d’insouciance.

John a été bon, on en a eu pour notre argent, voix toujours belle et chaude, un medley d’antiquités des Barrefoot, de variété française et de standards anglosaxons à la sauce tahitienne, de monuments et de classiques polynésiens de son répertoire, entrecoupés de très jolis ballets impeccablement réglés et de tchatche marrante et sympa de cette bête de scène blanchie sous le harnais.

Les danseuses et les danseurs de la délicieuse Moéata, au charme pérennisé pour l’éternité par la danse sous le vent, étaient parfaitement graciles et gracieux, tenues et peaux irréprochables. Les blagues désabusées, les petits pas de danse esquissés et un peu las et les ficelles de vieux crooner de l’artiste étaient touchants. Son penchant et sa capacité à l’autodérision, se moquant de son costume et de ses chaussures crème repeintes en blanc, de son look de beau gosse passé, de ses sponsors… ont suscité la sympathie et l’adhésion. Son destin de seul artiste français de cette dimension dans l’Océanie associé à la modestie de son audience et de sa carrière au-delà des lagons nous a joué une petite musique triste et nostalgique sur laquelle il a placé lui-même des paroles lucides un peu émues en roulant les « r » : « J’aurais pu faire une grande carrière… »

La Gabiloudonie était là, de nombreux politiques aussi, peu habitués à avoir une telle affluence dans leurs meetings, sans doute un peu jaloux quelque part, la Gabiloudonie des fêtes de brousse, ceux du Tahiti-Cabaret, ceux des cassettes et des cartouche 8 pistes tahitiennes qu’on mettaient dans les voitures sur les pistes poussiéreuses des années 70, le public était acquis, mais sage, étrangement sage, sans enthousiasme, assis, patient, presque recueilli, refusant de se déchainer et de se lever pour danser quand John l’y invitait alors que le public de Zucchero l’avait fait pendant deux heures dans cette même Arène du Sud, regardant le chanteur et ses musiciens comme s’il regardait le passé, leur passé, un passé révolu, qui ne reviendra plus, étrange miroir, derniers reflets, l’artiste lui-même se voyant et se revoyant aussi avec une nostalgie un peu résignée, fatiguée et mélancolique à travers ce public qui l’a suivi depuis si longtemps et jusqu’ici mais sans doute pas beaucoup loin, n’y croyant plus vraiment, pas plus qu’il ne semble croire à ses projets d’Amérique et d’Olympia…

Une très belle messe, avec de beaux sourires, mais un peu désenchantée et crépusculaire…