LA CALÉDONIE N’EST PAS UN PROBLÈME NI UN MALADE IMAGINAIRE

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LA CALÉDONIE N’EST PAS UN PROBLÈME NI UN MALADE IMAGINAIRE
(aux charlatans et charlatânes donneurs de leçons, de potions et de solutions)

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Cette quête obsessionnelle de « solutions » qui hante certains et certaines me gêne à plusieurs titres.

D’abord cet appétit de changements, de projets et de programmes m’évoque cette âge attendrissant où l’on se prête naïvement aux exercices des enseignants vous demandant de dessiner la maison de vos rêves, d’imaginer une vie heureuse ou de décrire le pays du bonheur. C’est un stade… On y passe tous… Mais on en sort vers 15 ou 16 ans, normalement. Certains gardent le pli et continue à penser en élèves de collège, avec un fantôme de professeur dans le dos.

Ensuite cette soif d’avenir idéal et de lendemains qui chantent, assortie d’une constante insatisfaction amère, frustrée et même bougonne, indique un dégoût du présent, une insensibilité aux charmes du jour et une inaptitude au « carpe diem », ce qui est bien triste et dommage chez, par exemple, une enseignante intelligente, jeune et jolie, qui a la chance d’être enseignante, intelligente, jeune et jolie, même râleuse, dans la Calédonie française de 2015.

Enfin cette fixation sur des « solutions » et ce réflexe pavlovien perpétuel et un peu infantile de sommer l’interlocuteur de sortir la « baguette solutionique » et de dire « abracadabra ! » suppose que le pays est envahi et pourri de problèmes hurlant à la mort leurs solutions respectives par des tables rases et des révolutions radicales, vieille lubie qui s’étend dans l’Histoire du Robespierre de la Terreur à Daech en passant par Pol Pot et tous les totalitarismes haineux et destructeurs de passé et de présent pour un ordre nouveau et un avenir suprême.

Le vie est sécrétion, la vie sécrète la vie, doucement, progressivement, continûment depuis la nuit des temps, les hommes et leurs sociétés poussent doucement, progressivement, continûment depuis des milliers d’années, comme les arbres, c’est comme ça. Pas la peine de tout cracher, de tout casser, de tout tronçonner, de défricher les forêts d’hier et d’aujourd’hui, de tout vouloir replanter, ça marche pas comme ça. La Calédonie a grandi et s’est construite doucement, progressivement, continûment depuis des décennies. Elle ne mérite pas qu’on ânonne pour elle cette stupide rengaine, pour les nuls et les pigeons, prétendant « que la Calédonie est à construire ». Elle est déjà construite et elle n’a pas à rougir d’elle-même, dans tous les domaines, au regard de nombreux pays et de nombreux peuples. Ses imperfections, ses manques, ses fractures, ses inégalités sont là mais elles sont de loin moindres qu’ailleurs et elles sont constamment en voie d’amélioration. Amélioration par l’évolution et non par cette révolution qui hante la pensée sauvage et les esprits pré-pubères. Le « construire » , la « solution construire » de ceux qui voient la Calédonie comme un problème, comme un terrain nu, comme une friche, ne sera qu’un « détruire », qu’une solution de destruction.

La Calédonie n’est pas « un problème », elle n’appelle pas « une solution ». Le problème c’est ceux qui s’acharnent à faire de la Calédonie un problème, pour être les « maîtres de la solution », les rois de la solution, pour en tirer pouvoir et profit. Ces charlatans, ces despotes des faux problèmes, ces tyrans des fausses solutions sont donc à surveiller, à observer, à analyser et à dénoncer, c’est eux le problème à traiter, ce sont eux les malades ! La Calédonie n’est pas pas malade, elle n’a pas besoin de solution et de potion magiques, pas plus qu’elle n’a besoin de ces faux toubibs et de ces infirmières de pacotille hurlant connement des solutions comme Toinette criait au malade imaginaire Argan « Le poumon, le poumon, vous dis-je ! ».

Nos toubibs imposteurs inventent, eux, les pires problèmes pour pouvoir brayer ‘L’indépendance, l’indépendance, vous dis-je ! », pour ceux qui veulent capter pouvoir et avoirs à bon compte, ou « Moins de France, moins de France, vous dis-je ! », pour ceux qui ont un vieux compte à régler avec la métropole et s’imaginent illusoirement qu’ils se sentiront mieux dans leur peau après avoir « finalement solutionné » les métropolitains.