LA FENÊTRE D’OVERTON OU LA MANIPULATION DE MASSE EN NOUVELLE-CALÉDONIE

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Comment est-on passé d’une Calédonie massivement et franchement loyaliste il y a entre 20 et 30 ans à ce pays qui ose aujourd’hui à peine s’appeler Calédonie, encore moins se qualifier de « loyaliste », le terme étant quasiment devenu un gros mot, encore moins se placer sous les trois couleurs de la France ?!

Joseph P. Overton a très bien décrit en 1990 la technique de transformation de l’opinion publique mise en œuvre dans le monde entier, et en particulier de façon flagrante en Nouvelle-Calédonie pour faire accepter l’inacceptable par les masses. La presse, l’école, la culture, le discours politique sont autant de rouages à l’œuvre pour faire avaler l’immangeable.

Les idées évoluent selon les stades suivants :
1/ inconcevables (inacceptable, défendu);
2/ radicales (défendu mais avec des réserves);
3/ acceptables;
4/ utiles (raisonnable, rationnel);
5/ populaires (socialement acceptable);
6/ légalisation (dans la politique d’Etat)

La description qui suit est de Marcus Graven et provient de Riposte Laïque. D’autres remarques, d’autres études suivront :

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 » La « fenêtre d’Overton » (Marcus Graven)

Cette sorte d’ingénierie sociale appliquée à la manipulation de l’opinion publique, a été conceptualisée dans les années 90 par Joseph P. Overton (1960-2003).

Le modèle a été appelé, à titre posthume, la « fenêtre Overton ».

Il nous aide à saisir comment une idée perçue comme inacceptable se métamorphose peu à peu, par une escroquerie intellectuelle, en action politique cohérente et consentie.

« Fenêtre » parce que, comme on parle de « fenêtre de tir » pour un lancement de fusée, de « fenêtre météo » pour une opération aérienne, il existe une « fenêtre » d’acceptation pour que le public souscrive à une idée à un moment donné.

Pour chaque instant majeur de l’évolution de cette idée, la « fenêtre d’Overton » comprend une gamme de manipulations qui la fait progresser dans la société.

Cette manipulation de la conscience publique particulièrement évidente en ce qui concerne la loi Taubira sur le « mariage pour tous », permet d’appréhender différemment presque tous les thèmes de l’actualité : euthanasie, politique de peuplement de la France profonde par des migrants, port du voile islamique dans les universités, réduction de la vitesse sur les routes, vote des étrangers, baisse du niveau des retraites, adaptation des jours fériés aux départements ayant une population musulmane importante, indépendance de la Nouvelle-Calédonie…

La « fenêtre d’Overton » ouverte sur la Nouvelle-Calédonie

Le processus de manipulation de l’opinion est le suivant :

1/ L’idée apparaît, mais elle est inacceptable pour l’immense majorité de la population. En Nouvelle-Calédonie, dans les années 60, la population ne veut pas entendre parler de l’indépendance kanake socialiste.

2/ L’idée est jugée radicale mais elle est maintenant défendue avec des réserves par quelques personnes qui considèrent qu’il ne doit y avoir aucun tabou, même en Nouvelle-Calédonie. Quelques politiciens écoute un type qui représente le thème : Jean-Marie Tjibaou. Des cercles de réflexion, aujourd’hui on dit « think tank », accaparent l’idée. En 1980, le CCFD (Le Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement) publie « Nouvelle-Calédonie : sur le chemin de l’indépendance ».

3/ Davantage de personnes adhèrent à l’idée. Elle est moins radicale. Elle devient plus acceptable. Quelques articles paraissent dans Le Monde (Alain Rollat est à la manœuvre) et Libération, quelques reportages télévisés passent sur les écrans de la télévision d’Etat. Des conférences ont lieu dans les universités. Polac, sur TF1, consacre un de ses « Droit de réponse » au dossier calédonien sous le titre « Faut-il mourir pour Nouméa ? ». Des associations comme l’AKDEC (Association Kanake pour le Développement économique et culturel) naissent. Un vocabulaire est créé pour parler de l’idée : « Indépendance-association » (Edgar Pisani), IKS (indépendance kanake socialiste), TOP 84 (pour indépendance en 1984)…

4/ Voici l’idée devenant utile parce qu’elle apportera de nouveaux droits aux Kanaks supposés être des exploités demeurés au bord de la route de la modernité. Elle leur donnera une meilleure représentation politique, facilitera le vivre ensemble avec les « colonisateurs » que Plantu représente comme des « Tintin au Congo », permettra une plus grande égalité des chances à l’école, instaurera une meilleure justice (les Kanaks pourront demander à être jugés selon le droit coutumier). Des chercheurs, souvent du CNRS et de l’ORSTOM (aujourd’hui IRD) ; souvent sociologues ou ethnologues comme Jean-Marie Kohler et Alban Bensa, la défendent.

5/ L’idée se diffuse dans toutes les couches de la population. Des vedettes du show-biz (chanteurs comme Renaud, acteurs, cinéastes) se disent « pour ». Des précédents historiques réels ou inventés sont mis en avant (Olivier Stirn, ex-Secrétaire d’Etat au DOM-TOM affirme que les Etats du Pacifique comme Nauru, Les Salomon, Vanuatu ont des services sanitaire de même niveau que ceux de la Nouvelle-Calédonie). Peu importe le journal que vous lisez, la radio que vous écoutez, les informations TV qui vous regardez, le sujet est présent. Une partie de la société française fait sienne l’idée parce qu’elle est de gauche et une autre partie ne s’y oppose pas de crainte d’être taxée de réactionnaire, de ringarde, de fasciste, de xénophobe, de raciste, d’extrémiste. Surtout que des Kanaks bien conseillés sont passés à l’action : « Faut-il mourir à Ouvéa ? ».

6/ Les Accords de Nouméa, marche inéluctable vers l’indépendance kanake, sont signés. La caste médiatico-politique parle d’humanisme, de fraternité renforcée, de liberté retrouvée, d’égalité.

Il est temps de légaliser tout cela.

Un référendum est sur les rails. Une action législative se met en route. Des sondages sont publiés, des meetings, des manifestations de soutien, des campagnes d’affichages ont lieu. La Constitution est réformée sous les applaudissements. Le sujet fait un petit paragraphe supplémentaire dans les livres d’histoire. Toute la classe politique déclare que l’on ne reviendra jamais en arrière.

C’est le moment du « complexe d’Orphée » pour reprendre le titre d’un livre de Jean-Claude Michéa. La caste interdit que l’on se retourne. « Il ne faut pas regarder dans le rétroviseur », dit-elle.

La jeunesse qui jette rarement un coup d’œil par dessus son épaule se demande comment on a pu penser autrement jusque là.

7/ Retour au 1/ pour une idée prenant la suite de celle légalisée.

Exemples.

Après l’euthanasie de fin de vie, l’existence limitée à 70 ou 80 années. Après le vote des étrangers provenant de pays hors Union européenne pour les élections locales, le vote de tous les étrangers pour toutes les élections.

Sauf en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie.

Si, après le référendum sur les Accords de Nouméa, nous avons eu le drapeau kanaky hissé devant tous les édifices publics – la première fois en présence de François Fillon – , nous avons chaque année l’épuration ethnique des listes électorales – peut-être 7000 noms rayés cette année (ce qui fera plus de 30 000 Calédoniens n’ayant pas le droit de voter pour décider de leur avenir).

Autrement dit quand en France métropolitaine, la caste médiatico-politique prépare l’acceptation du vote des étrangers par les Français, elle veut faire accepter qu’en Nouvelle-Calédonie lors du référendum d’autodétermination, contrairement à ce qui s’est passé en Ecosse, seulement les Kanaks auront le droit de se rendre dans les bureaux de vote.

Et voici comment, pour reprendre les mots de Louis-Ferdinand Céline en les modifiant un peu « nous sommes, Calédoniens loyalistes, asservis, brimés, opprimés, cocufiés, dépouillés, minimisés, ridiculisés, à chaud, à vif, autant qu’il se peut, admirablement, implacablement, frénétiquement, trahis il faut ajouter, minutieusement, perpétuellement, inlassablement… » « 

Marcus Graven