CALÉDONIE ET LIBERTÉ

boulet

CALÉDONIE ET LIBERTÉ (Sur son lagon j’écris pas ton nom…)

Étranges rapports que ceux qu’ont toujours entretenus la Nouvelle-Calédonie et la liberté.

Le fond de sauce c’est cette société traditionnelle où l’individu n’est rien par rapport au clan, où le sujet est soumis à la caste des chefs et des coutumiers, où la personne est l’objet et la proie des éléments et des esprits.

Puis, ce n’est évidemment pas le bagne et l’afflux de dizaines de milliers de déportés qui vont libérer l’homme dans l’archipel.

Ce n’est pas la camisole d’opprobre ni l’enfermement dans la honte, le silence et le déni, après, qui vont davantage émanciper les libérés et leurs descendants.

Ce n’est pas le joug de l’argent roi colonial des maîtres de la mine, du négoce et de la banque qui va délivrer la troupe des indigènes acculturés, des travailleurs importés, immatriculés et forcés, et des petits colons exploités.

Ce n’est pas non plus la domination et la morgue de la métropole, de ses fonctionnaires et de ses gouverneurs, qui ouvriront les chaînes de la soumission, des peurs et de l’humilité des habitants et qui délieront et déploieront leur confiance, leur l’estime de soi et leur ambition.

Ce n’est pas le trentenaire chantage à la peur de l’autonomie du tout puissant Lafleur qui fortifiera les Calédoniens, les tenant par l’économie, par la politique verrouillée, par son parti unique et par les médias à sa botte, diabolisant tout ce qui s’écartait de son système affairiste bien cadenassé.

Ce n’est pas le perpétuel chantage à la violence et la terreur entrenu par les indépendantistes qui délivreront davantage la population de ses doutes sur elle-même et de ses multiples angoisses, les enfermant dans la hantise du passé, du présent et de l’avenir.

Ce n’est pas le conditionnement à la Pavlov des citoyens par les héritiers de Lafleur, les prétendants consorts Frogier et Gomès, se disputant les dépouilles de leur vieux chef exécuté par leurs soins, ainsi que les faveurs des patrons et des ploutocrates orphelins, qui permettront l’évasion des citoyens, menacés et sommés de s’asservir à l’un ou l’autre des deux princes, à l’une ou à l’autre de leur clique, à l’une ou l’autre clientèle servile de ces nouveaux et cyniques patriciens politiques.

Enfin, ce n’est pas le lessivage mental du peuple par les grands brasseurs de l’importation et du business  et l’entretien des obsessions matérialistes et consuméristes en guise de culture et de philosophie par les loges, les lobbies les médias et les fédérations de l’industrie et du commerce qui libéreront les individus du green soylent de la fièvre acheteuse et lui rendront son « temps de cerveau disponible » pour autre chose que la dépendance à la consommation de marchandises ruineuses et médiocres.

Sur ses cahiers d’écolier. Sur son pupitre et ses arbres. Sur son sable… Liberté, j’écris pas ton nom.