TAXI STORY

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Vous êtes dans Nouméa au centre ce vendredi matin, vous avez un problème de voiture, il est 10h30, vous devez absolument être quelque part dans un autre quartier pas très loin à 11h00, vous vous dites que c’est pas grave, que vous allez trouver facilement un taxi place Rolland en face de Barrault. Ben nân, vous connaissez pas, vous connaissez rien. Vous savez pas que les taxis ils arrivent au compte-gouttes, un toutes les cinq minutes, vous savez pas qu’ils se protègent comme tant d’autres et qu’ils organisent la pénurie aussi, en caste bien fermée où faut payer des dizaines de millions une licence pour entrer, vous savez pas qu’il y en donc pas assez et qu’avant vous y’a des dizaines de gens qui attendent désespérément une voiture verte sous le soleil hard en ce vendredi midi, vous savez pas que la mairie s’en fout et laisse ces gens s’agglutiner en paquet anarchique au lieu de les organiser en file d’attente avec des rambardes correctes comme dans toute grande ville digne de ce nom, vous savez pas non plus que les chauffeurs, lunettes noires arrogantes et mine patibulaire, répondent par un signe de la tête négatif et fermé quand les gens leur demandent d’aller à Pierre Lenquette, une fois, deux fois, trois fois, quatre fois, et tous les autres, tous. Non vous saviez pas, vous vous doutiez pas que les taxis étaient en danger de mort à Montravel un vendredi matin à onze heures, pire qu’à Beyrouth ou qu’à Bagdad.

Alors vous êtes sortis de la grappe de ces gens et de l’empathie qu’ils vous inspirent, alors vous avez renoncé à votre rendez-vous car il était déjà onze heures. Maintenant vous saurez. Vous saurez qu’il faut pas compter sur les taxis à Nouméa, vous saurez que pour tous ceux qui n’ont pas le choix, cette taxi story peut-être quotidienne c’st une triste histoire, une histoire moche, une sale histoire de taxi…