DE MÉLANÉSIA 2000 À LA CHARTE : LE CHEVAL DE TROIE DE LA COUTUME

troie

Mélanésia 2000, lien à la terre, revendication foncière, identité culturelle, langues traditionnelles, Centre JMT, Sénat coutumier, Expo du Quai Branly, Charte du peuple kanak…

Jean-Marie Tchibaou l’avait bien compris dès 1974 : la révolution serait culturelle ou ne serait pas.

Dans un pays déjà totalement décolonisé dès les années 70, où les mélanésiens avaient les mêmes droits que tous les autres habitants du pays, où ils pouvaient accéder aux mêmes professions et aux mêmes activités que tous, où le rattrapage économique, social et scolaire s’effectuait à la vitesse grand V, où une très large part de ces mélanésiens, conscients de cette évolution et de ce confort, ne souhaitaient pas sortir de la France, où le métissage était omniprésent, où l’émancipation individuelle gagnait sur les héritages claniques, Tchibaou avait compris qu’il fallait inventer autre chose pour mobiliser des troupes pour son projet d’indépendance et pour alerter et alarmer les voisins étrangers et les observateurs extérieurs.

EN 1974, en plein Nouméa, comme un OVNI tombé du ciel, comme un coup de théâtre, cette invention ce fut Mélanésia 2000, l’irruption d’une culture mélanésienne, la construction d’une identité kanak, l’édification d’une statue de commandeur culturel, aussi surprenante et envahissante pour les calédoniens que fut le gigantesque cheval de Troie construit à la hâte de bric et de broc par les grecs pour impressionner leurs ennemis troyens et leur faire croire à une incarnation sacrée et même divine à travers cette statue équestre.

Le très intelligent Tchibaou avait compris que cette reconstruction très artificielle de « l’homme culturel kanak », accompagné par la légende d’un bourreau occidental, victimisé, sanctifié par ce martyre, nimbé de sacralité, protégé par « les sanglots de l’homme blanc » et par la mauvaise conscience masochiste occidentale, porté par la mode des arts premiers et par la vague écolo-gaucho-hippie des seventies, serait le coin idéal pour s’enfoncer « dans la ville », dans la calédonie française, et pour y faire pénétrer ses soldats politiques indépendantistes aussi habilement que les grecs introduisirent dans la pourtant solide et prospère cité troyenne les armes, la haine, la guerre et la destruction qu’ils avaient bien cachés dans leur cheval prétendument sacré.

Culture, tradition, identité, coutume etc… ont ceci de précieux qu’ils sont intouchables, indiscutables et invulnérables. Totem d’immunité ! Bien à l’abri des objections, des critiques, des arguments. Comme la religion. Pourquoi la coutume ? Parce-ce que c’est la coutume ! Imparable ! Imparable comme toutes les tautologies. Et bien pratique car on peut y cacher et faire passer dans son ventre tout ce qu’on veut, une kanaky en forme de coutume, une constitution et un statut en forme de charte, des magistrats en forme de coutumiers. Le coup de pied au ventre de la coutume donné par l’UCF, c’est un peu comme comme un coup donné à l’estomac plein de sachets de coke d’un porteur de drogue…

Ils ont pas trop aimé…