QUELQUEFOIS LA NUIT, QUAND DORT LA CALÉDONIE

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Quelquefois la nuit, quand dort la Calédonie, je clique sur ça, sur L’ÉVEIL, sur http://leveilcaledonien.com/, sur le blog de Thierry Squillario. Rien n’a bougé, je sais à chaque fois que rien n’aura bougé. Image arrêtée sur le dernier article, le dernier commentaire. Une tentation bizarre, une impression étrange, sans doute morbide, peut-être malsaine. Comme une grande maison qu’on a brutalement fermée, rien ne bougera plus jamais. L’impression que la poussière a déjà commencé à se déposer, l’humidité à s’installer, les araignées et les toiles à se poser. C’est rare, inédit, troublant, un espace comme ça, moderne, virtuel, tellement habité par son propriétaire, et puis tellement vide, déserté. Une ambiance de tombeau, un tombeau électronique. Avec encore quelque chose de ses derniers instants de présence, les derniers mots, les dernières images, les derniers échos. Un peu comme le dernier repas, le dernier verre, la dernière cigarette dans le cendrier, retrouvés entamés après une catastrophe, une disparition.

Je n’aimais pas l’homme. Il était plein de haine. Il était plein d’intelligence. Il était dur. Il était froid. Il écrivait bien. Mais son site abandonné, figé, silencieux, n’est pas sans grandeur. L’impression folle parfois que je vais trouver un nouveau billet de lui, une nouvelle réponse, un mot de l’au-delà, amer, grinçant. Mais seul le mot « pourquoi ? » résonne à jamais dans cette dernière demeure, que l’hébergeur fermera et détruira sans doute bientôt, quand l’abonnement dû n’aura pas été payé.

L’impression aussi qu’il est parti parce qu’il n’avait plus rien à dire. Oui sans doute, car quand il n’y a plus rien à dire, c’est bien pire que quand il n’y a plus rien à faire…