UN DRÔLE DE RAPPORT À L’AUTRE : COUTUME, ALIÉNATION ET RELIGIOSITÉ (2010)

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On entend souvent les donneurs de leçons patentés sortir comme objections et arguments à ceux qui sont un peu réticents à l’idée de remettre tous les pouvoirs et tout l’espace à leurs amis indépendantistes « Es-tu déjà allé en tribu ? », « Raisonnes-tu pays ? », « Es- tu déjà entré sous la case ? », « As-tu déjà parlé avec les vieux ? », « As-tu déjà fait une coutume ? », « T’as-t-on déjà fait une coutume ? ».

Répondre « non » à plus d’une de ces questions est éminemment suspect…

Je ne conteste pas que ces discours valent quand même mieux que les injures basiquement et strictement racistes de certains, fort répétitives au demeurant, que l’on entend ou lit ça et là, parmi les commentaires du site de lnc.nc par exemple, sous un article sur le sénat coutumier, ou sur la lecture à Saint-Louis, ou sur Unia etc…

Cependant… Cependant, le « rapport aux Mélanésiens » des premiers m’interroge aussi. À deux niveaux.

D’abord, au niveau de cette projection mécanique et aliénante (au sens de l’aliénation marxiste par le travail) que cette approche de l’humain mélanésien opère, transformant des hommes comme tous les hommes en « aliens » à ménager comme des extraterrestres, dans une démarche finalement tout aussi raciste.

Ensuite, au niveau de cette étrange religiosité imposée par nos gardiens du temple kanak, de nos spécialistes auto proclamés de la chose tribale, de nos grands prêtres du monde mélanésien, bien souvent eux-mêmes athées et anticléricaux, qui semblent vouloir nous prescrire des « messes », de nouvelles messes anthropologiques, le culte de la case et de la coutume, la parole, le geste, les symboles, l’archétype du vieux, les imprudents « nonpratiquants » risquant fort d’être considérés comme renégats, impies, scélérats sans foi ni respect.

Je n’ai personnellement ni besoin de travestir mentalement mes amis mélanésiens en aliens coutumiers ni besoin de processionner à la messe autour d’un Mwakaa ou sur une natte sous la case pour rencontrer, fréquenter, goûter et apprécier des hommes et des femmes comme tous les hommes et toutes les femmes, avec les mêmes désirs, les mêmes joies et les mêmes souffrances.

Et je me considère plus humaniste et respectueux à leur égard en évitant tout ce cinéma et ce bric à bac politico-touristico-sociologique dénaturant des relations et des échanges sains, francs et sincères entre des cœurs et des esprits.

Le racisme et l’humanisme ne sont pas forcément là où le pense…

2010