MAIS SOUS LA PLAGE, LES PAVÉS … (2011)

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Ils se seraient serré la main il paraît, ils se seraient parlés et embrassés, ils auraient pardonné et partagé, ils construiraient un avenir en commun, ils auraient les yeux tournés ensemble vers demain, ils auraient retrouvé et conjugué les racines et les cimes de l’humain, sur une terre bienveillante, sous un soleil généreux, les enfants, les filles, les hommes, les anciens, petit peuple, grande famille, vers un bonheur pour chacun, aisé à cueillir, évident, certain.

Fort bien ! Je veux bien !… Mais… Mais sous la plage, les pavés aussi, parfois. Mais derrière la vitrine outremer, les déchets, aussi, des fois, et devant, si souvent, des affamés.

Mais dans le fumet des grillades, les fumées de la drogue, toujours, partout, horriblement, tragiquement, impunément, et le brouillard désespérant des horizons bouchés et des rêves juvéniles confisqués.

Mais dans les mains tendues, les doigts crochus de l’avidité et les griffes corrompues de la cupidité et les cadenas des chasses bien gardées, le mépris, la peur, le rejet.

Mais après les feux de la fête, après les sourires des banquets, le retour de la nuit, de la haine, et le rassemblement des meutes, la rancœur des troupeaux.

Mais après l’ivresse de la force et du sport magnifique et le fier défilé des plastiques et des peaux dénudées, le viol des faibles, l’abus des corps, horriblement, tragiquement, impunément.

Mais sous la façade des rires et le vernis des paroles, la soumission des sujets, la brutalité des groupes et l’écrasement des libertés et des choix.

Mais derrière les générosités de parade, la misère quotidienne des vieillards oubliés et la détresse ordinaire des mères rejetées, esseulées.

Mais derrière les discours et les jeux d’opinions, l’or tout puissant et le pouvoir pour l’argent, effrénés, impudents, partout, impunément, et, toujours, les rivalités terre-à-terre et les luttes suicidaires de ces aînés-là qui, s’ils n’ont pas totalement failli, n’ont pas non plus réellement réussi.

Mais sous les mots et les palabres, les incantations et les invocations perpétuelles de l’Humain, l’obsession des terrains, des cousins, ni naturels, ni sains, et celles des affaires, des frères, ni francs, ni maçons.

Mais sous les liens solidaires et les respects silencieux, la rage révoltée des sans mots, sans langage, et la violence infinie des sans nom, sans visage.

Mais derrière la proximité des voisins et l’immédiat des sympathies personnelles, la tyrannie des appartenances et le déni des destins pas communs.

Mais sous les bons sentiments et les coups d’émotion, l’indifférence fataliste à ces morts, si banales, et la distance résignée aux souffrances de chacun, si fatales.

Oui sous la plage, les pavés aussi, parfois… aussi tristes et sinistres que le bitume maquillé des sables d’un Paris-plage !…

Mais aussi, dans la foule de tous ces jeunes, dans le chœur de tous ces enfants du pays, dernier espoir d’idéal, dernier espoir de cœur, ultime recours, combien d’indignés sur la Puerta del Sol des Cocotiers ? Combien de passionnés, combien de jeunes poitrines prêtes à crier et à s’indigner de tous ces pavés sous le sable, de tous ces égoïsmes, de toutes ces lâchetés, de tous ces vieux égoïstes, de tous ces vieux bouffeurs d’espoir et de jeunesse ? Combien de jeunes folies pures prêtes à réclamer et à aller chercher, passionnément, sous la plage, ce qui s’y trouve, aussi, toujours … un peu plus d’amour ? Un peu plus d’amour que d’ordinaire .

2011