MUNICIPALES 2014 EN NOUVELLE-CALÉDONIE : OBSERVATIONS ET LEÇONS

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C’est dans les quatre communes du Grand Nouméa que des leçons politiques pourront être dégagées ce soir à l’examen des résultats de ce premier tour. Ailleurs le vote est soit mécaniquement pro ou anti indépendantiste, soit tribal et/ou familial, soit les deux, quels que soient la qualité et le programme des candidats.

Sur les 4 communes de l’Agglomération, 3 grandes forces politiques s’affrontent donc et vont logiquement se partager les suffrages, CE de Gomes, le FPU de Frogier, l’UCF de Yanno, avec 12 candidats aux personnalités bien marquées et aux idéologies différentes. Le choix offert aux presque 100 000 électeurs est réel et sera significatif.

Si CE arrive en tête de ce premier tour dans 3 ou 4 des communes, la ligne du parti et sa stratégie auront été validées par la population, et les échéances provinciales se présenteront sous de bons auspices pour Philippe Gomes, l’UCF et le FPU se devant de reconnaître son avantage et de composer avec lui, le « vote rejet » dont il aurait bénéficié aux législatives de 2012 étant démenti par ce vote d’adhésion.

Si CE n’arrive en tête de ce premier tour que dans 0 ou 1 des communes, on pourra parler d’un désaveu. Défiance populaire qui devra être lue comme une sanction du  management jugé très solitaire du parti par son leader ou/et comme une sanction du choix des membres des listes jugé trop calculé et politicien  ou/et comme une sanction d’une attitude dans les institutions jugée apathique ou d’opposition systématique ou/et comme une sanction du refus des alliances politiques.

Si le FPU arrive en tête de ce premier tour dans 3 ou 4 des communes, le maintien de « la vieille maison » par Frogier et ses propositions auront été approuvés par la population. Les élections provinciales prochaines pour lui seront loin d’être le naufrage que certains prédisaient, les sarcasmes de CE et la critique par l’UCF à propos de l’autoritarisme et du culte du chef et à propos de la coalition avec l’UC et le PT s’avérant injustes et décalées. Ce regain de confiance pourra être mis sur le compte de la maturation de la « compréhension » calédonienne de la « démarche Frogier » dont le sénateur déplorait la lenteur et/ou sur le compte d’une double déception : celle des gens à l’égard de l’action jugée molle du CE victorieux des législatives et à l’égard de la promesse de nouveauté que présentait l’UCF, jugée non tenue.

Si le FPU n’arrive en tête de ce premier tour que dans 0 ou 1 des communes, alors qu’il en détenait 4, c’est alors l’enterrement du vieux parti par les Calédoniens. Échec qui pourra être lu comme un refus confirmé du double drapeau jugé illusoire et/ou comme un refus du leader du parti jugé mauvais berger et/ou comme un refus d’équipes non renouvelées jugées passéistes  et/ou comme un refus de la gestion à l’ancienne du parti jugée inefficace.

Si l’UCF arrive en tête de ce premier tour dans 3 ou 4 des communes, la démarche de rupture de Yanno vis à vis du Rump, le choix des personnalités et des partis qu’il a regroupés, ses projets et son adhésion à l’UMP auront été validés par ce vote. Tous les espoirs sont permis pour lui aux élections provinciales prochaines. CE et surtout le FPU devront reconnaître son leadership sur le camp loyaliste et adapter leurs stratégies et politiques d’alliance et d’accord de majorité en fonction de ce leadership.

Si l’UCF n’arrive en tête de ce premier tour que dans 0 ou 1 des communes, alors on pourra parler d’un avortement de ce nouveau parti, abattu en plein envol sous le premier feu des élections. Insuccès qui devra être interprété comme une méfiance à l’égard de la rupture  avec le Rump, jugée tardive et insincère de la part de l’ex député Yanno et/ou comme une méfiance à l’égard de sa proximité jugée trop grande avec les classes possédantes et dirigeantes et/ou comme une méfiance à l’égard de la fébrilité de ses récents projets jugés incohérents. Sauf si l’UCF arrive en tête dans la seule mairie de Nouméa et transforme cet essai au second tour, la carrière politique personnelle de Gaël Yanno s’arrêtera là. Alors l’avenir de l’UCF se dessinerait sous la forme d’une force d’appoint pour le FPU dans le cas où le FPU aurait dominé dans au moins  2 mairies sur 4.

Cependant, si le résultat global dans l’Agglomération n’affiche pas des écarts importants entre les 3 partis, si chacun d’eux arrive au premier tour dans un mouchoir de poche dans les 4 mairies et si ils remportent tous plus ou moins un tiers des suffrages exprimés en dehors des autres partis concurrents, essentiellement indépendantistes, nous aurons la carte politique de la Province Sud et du Congrès du côté loyaliste pour la dernière mandature des Accords : 1/3 CE, 1/3 FPU, 1/3 UCF. Ce partage et cette majorité loyaliste, forcément tiède, prudente et incertaine, mais guérie des alliances avec le FLN, n’incitant pas finalement les indépendantistes à la radicalité et à la surenchère et conduisant finalement le pays et ses partis à des consensus mous et à un long fleuve tranquille vers une indépendance associée ou/et fédérée sans drame.