ET MAINTENANT ?  ou TRISTES TROPIQUES CALÉDONIENS

GOUV555

Où en sommes-nous après cette série d’élections, après ce démoulage des nouveaux élus tout beaux et tout chauds et en ce jour de constitution de la dernière institution du pays : le gouvernement ? Où en sommes-nous ?

En guise d’idéal d’indépendance et de ce souffle de fierté nationale que Tjibaou illustraient bien en hissant lentement son drapeau et prononçant de sa voix profonde « Kanaky est en train de naître », on n’a plus à ce jour qu’une haine grave entre deux partis indépendantistes, qui se disputent le Nord et le Sud, qui se disputent le nickel, qui se disputent les mines, qui se disputent les usines, qui se disputent les milliards, qui se disputent le pouvoir, qui envoient des mercenaires ados, des enfants soldats, casser du militaire, du civil, du coutumier, du routier, de la machine, de l’usine.

Qu’on ait adhéré ou pas, la geste et le verbe de Tjibaou avait quelque chose de grand, quelque chose d’émouvant. Les mauvais coups et les mensonges de ses héritiers sont justes dégoûtants. Et maintenant ? Y’a plus rien ! Tristes tropiques kanaky.

En guise de France, d’humanisme, de démocratie et d’idéal républicain, en guise de cette justice sociale et de ce rêve progressiste auxquels la Calédonie a cru deux fois en 2004 et en 2012, on a trois bandes de politiciens chacune au service de sa constellation patronale, chacune au service de ses lobbies, chacune au service de sa spère d’affaires. La seule morale, le seul grand projet, le seul « I have a dream » de ces assemblées de loyalistes surtout loyaux envers leurs patrons et leur thune, c’est « Touche pas à mes patrons, je toucherai pas aux tiens ». Ils se détestent et se sourient, l’argent faisant plutôt bien passer la haine.

Qu’on ait adhéré ou pas, le soulèvement de Calédonie Ensemble contre la dictature Lafleur en 2004 avait quelque chose de gaullien, quelque chose de la sérénité d’un Gandhi, du courage d’un Clémenceau, de la force d’un Mandela, de la fraîcheur d’une Aung San Suu Kyi. Les calculs, la mesquinerie et le conservatisme du soufflé retombé sont juste écœurants. Et maintenant ? Y’a plus rien ! Tristes tropiques calédoniens.

Alors, et maintenant ? Qu’allons nous faire ? Que doit faire le peuple avec de tels représentants ? Une telle situation ? De tels reniements ? Se détourner ? Se désintéresser ? Se coucher ? Juste toucher les dividendes de ses participations partisanes, de ses actions militantes ? Certes le peuple a choisi, le peuple est souverain, mais si rien ne change, alors qu’on lui a tant promis « Avec nous ça va changer ! » le peuple peut changer, lui, et changer ses choix. Ce que le peuple a fait, le peuple peut toujours le défaire…