OBSERVATOIRE DES COHÉRENCES CALÉDONIENNES

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Étant plutôt de culture cartésienne et n’ayant pas été plongé dès l’enfance dans le temps du rêve et dans l’espace de la pensée magique océanienne, j’aime exercer ma logique en observant, en décrivant et en signalant les gens incohérents et les démarches contradictoires.

Jeu ? Sport ? Art ? Hygiène ? Pédagogie ? Altruisme ? C’est vous qui voyez. Peut-être tout ça à la fois. Toujours est-il que l’incohérence interne au sein d’une personne, physique ou morale, est aussi grave que l’incohérence anarchique interne des cellules au sein d’un corps, d’un organisme, incohérence connue aussi sous le nom de cancer.

Le champ politique en général, et calédonien en particulier, constitue un excellent terrain, riche et varié, pour cette activité d’observation, la pays calédonien ayant toujours été beaucoup plus motivé, animé et occupé par la politique, pour le meilleur et surtout pour le pire, que par l’économie, la culture, le social, la justice.

Donc, en politique locale, qu’observe-t-on, dans les grandes lignes, en terme de logique et de cohérence ?

La stratégie mélanésienne de revendication exclusive et continue d’indépendance et de prééminence ethnique est extrêmement solide et parfaitement cohérente, bien adaptée à la disproportion des forces en présence (France et Kanaky, large majorité loyaliste et minorité indépendantiste), usant intelligemment des bons moyens pour démolir ce mur d’une réalité qui leur est au départ hostile, utilisant utilement tous les outils, la duplicité, la mauvaise foi, la guérilla, la déstabilisation, le lavage de cerveau, la sape morale de l’adversaire, l’invocation imparable des esprits, des tabous, des morts, des coutumes sacrées, l’irréversibilité des acquis, l’apport des alliances avec les transfuges, les opportunistes et l’étranger. Les conséquences logiques et classiques de l’indépendance visée, misère, régression, fermeture, arbitraire, ne sont pas illogiques dans la « logique » mélanésienne, d’abord parce que leur pensée magique conteste nos causes et nos conséquence, et qu’une suite magique est toujours possible, ensuite parce les conditions sommaires et l’arbitraire en milieu kanak ils connaissent déjà et que ce n’est rien au regard du bonheur escompté de la libération coloniale.

Le RUMP de Pierre Frogier, héritier du puissant empire loyaliste initial et de la radicale ligne Lafleur, est en perpétuelle contradiction avec lui-même et son génome. Sa décomposition est par conséquent déjà bien avancée. Incohérence entre l’idéal patriote et le carriérisme et l’affairisme peu regardants de ses membres. Compromissions avec les indépendantistes et leur emblème sécessionniste en opposition totale avec la foi tricolore et la Marseillaise tant de fois affichées, affirmées, proclamées dans tant de meetings. Refus d’un référendum sur le maintien dans la République retirant la parole à une population calédonienne qu’il a tant de fois prétendu légitimement représenter et défendre, au niveau de son droit de vote par exemple.

Le parti de Philippe Gomes, Calédonie Ensemble, n’est pas en reste en fait de parcours erratique et illogique. Le focalisation obsessionnelle sur l’adoption du drapeau nationaliste indépendantiste par son adversaire Frogier et sa condamnation mille fois répétée pendant les dernières campagnes des législatives, des provinciales et des municipales ne heurtent-elle pas tous les concepts développés par la suite par Calédonie Ensemble : nation locale, nickel quasiment nationalisé, souveraineté économique, dernières compétences transférées, convergence quasi complète avec les indépendantistes ? L’approbation sans aucune contestation du gel du corps électoral et de la fermeture du marché du travail et les multiples alliances avec le Palika ne sont pas non plus en cohérence avec le rejet horrifié du drapeau kanaky. L’idéal de paix civile est-il compatible avec la multiplication exponentielle des armes sur le territoire que le député Gomes a défendue à la Chambre ? Les protections de marché des entreprises de la FINC et la taxation énorme des produits importés concurrents est-elle logique quand ce parti veut lutter contre la vie chère et les monopoles ?

Les acteurs et élus politiques extérieurs au FLNKS, au RUMP et à Calédonie Ensemble, les gens de l’UCF et quelques électrons libres pour faire vite, sont-ils pour leur part dans une meilleure cohérence ? Malgré un objectif patriotique commun de maintien dans la République et dans les valeurs démocratiques, on peut néanmoins observer en leur sein des divisions internes, des divergences, des rivalités, en contradiction avec le front fort et uni qui s’impose quand on a un adversaire si multiple, polymorphe et puissant. L’autre positionnement illogique dans ce quatrième bloc politique c’est l’acceptation du traitement particulier des Français calédoniens natifs de métropole et des restrictions qui leur sont imposées par l’union des trois blocs précédents au bénéfice des natifs du pays. Soit on défend ardemment tous les Français, soit on protège exclusivement une certaine calédonitude. Totalement incohérent aussi l’examen des critères qui doivent prévaloir dans le choix du meilleur leader pour mener le combat capital et ultime du maintien de la Calédonie dans la France face aux trois autres mouvances pour lesquelles l’option indépendantiste n’a que 10% de différence, selon leur propre aveu. Est-il logique de connaître la dureté et l’importance du combat à mener et de placer en tête le chevalier le plus faible et le plus coutumier des échecs ?

On pourrait aussi observer et commenter la cohérence à la mairie de Nouméa, à la mairie du Mont-Dore face à Saint-Louis.

On pourrait aussi se souvenir de l’incohérence de deux drapeaux antithétiques et du geste contradictoire d’un premier ministre de la France qui vient, sans l’aval du pays concerné, étendre un drapeau hostile à la France sur ce pays.

On pourrait aussi évoquer une certaine logique populaire illogique : très dure à l’égard des métropolitains et pourtant attachée à la métropole et aux moyens et soutiens qu’elle accorde à la Calédonie, très dure aussi à l’égard de toutes les formes de socialisme et de gauche et pourtant parfois très remontée voire révolutionnaire et brutalement syndicalisée et activiste face au grand patronat, aux banques, à la finance, au capital, aux spéculateurs, aux marges exorbitantes.