LA CHARRUE AVANT LES BŒUFS DE L’INDÉPENDANCE

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Qu’on réduise le corps électoral concernant les trois référendums sur la souveraineté de la Nouvelle-Calédonie aux Français natifs de Calédonie et aux non-natifs durablement installés, d’accord.

À la limite, qu’on inscrive exceptionnellement, vu l’importance exceptionnelle de ce vote, tous ces natifs et non natifs automatiquement sur les listes électorales générales, spéciales et référendaires, encore d’accord.

Maintenant, qu’on ait exclu, depuis des années, des dizaines de milliers de français résidents, propriétaires, contribuables, de maints emplois, de maints concours et du vote qui désigne aux provinciales les décideurs et gestionnaires d’une région toujours française et toujours composante de la République, ça c’est vraiment inouï, fou et scélérat.

Ces dispositions, uniques dans tout l’ensemble métropolitain et ultramarin, discriminant et excluant des Français « pas assez Calédoniens », signifient tout simplement que la Calédonie n’est déjà plus assez française, plus française et même plus du tout française. On n’a pas attendu le choix de la population et le verdict du référendum, on a fait comme si la région était déjà indépendante. Plus indépendantistes que les indépendantistes, que ce soit pour le drapeau FLN, pour les différents apartheids et pour tout, les prétendus loyalistes ont mis la charrue kanaky avant même les bœufs de l’indépendance.

Gomes et Frogier ont raison ! À quoi bon un référendum si l’indépendance est déjà là ? Et à quoi bon des législatives et des provinciales si aucun candidat n’affirme sa volonté de complète normalisation de la Nouvelle-Calédonie et de total effacement des restrictions délais d’accès au vote et au travail après des référendums hostiles à l’indépendance ?

« VA VIVRE ENSEMBLE AILLEURS, SINON ON BRÛLE TA PELLE ! »

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Admettons que la Nouvelle-Calédonie ait fait quelques progrès en termes d’économie, d’équipements, d’infrastructures et de justice sociale depuis les événements et les deux accords.

Mais en terme de mixité culturelle et de vivre ensemble, on cherche encore la trace d’une évolution, à fortiori celle d’un destin commun. Au contraire, il n’y a pas de population plus cloisonnée dans l’ensemble français et peut-être même au monde.

Et ça c’est même aggravé. Les épurations ethniques de la Côte Est et les exclusions anti-wallisiennes de Saint-Louis, c’est du vivre ensemble ? Les quartiers, loisirs, spectacles, plages et établissements scolaires et hospitaliers communautarisés, c’est du vivre ensemble ? Ces valeurs, approches sociétales et traitements du genre divergents et même opposés, c’est du vivre ensemble ? Ces brutales expropriations coutumières de terrains privés, c’est du vivre ensemble ? Brûler la pelle d’un propriétaire légitime s’il continue à vouloir vivre ensemble sur son terrain près d’une tribu à Monéo, c’est du vivre ensemble ?

Plus on invoque une chose, plus on lui décerne des louanges incantatoires, plus c’est la preuve que cette chose est absente et n’existe pas, et plus c’est la preuve que certains ont intérêt à faire croire que cette chose existe.

C’est le cas du vivre ensemble dans tous les discours locaux actuels, en complet déni de réalité, ceux des politiques, des intellectuels, des artistes, des médias…

UN ÉCHIQUIER POLITIQUE CALÉDONIEN BIEN TORDU

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Il a beau être très tordu, l’échiquier politique calédonien s’est bien simplifié. Le parti CE de Philippe Gomes, le RUMP de Pierre Frogier, le PALIKA et l’UC ont entamé leurs mouvements de convergence vers une indépendance sans référendum à 90% plus 10% de France juste pour les financements de l’ex mère patrie et ils ont même opéré le rassemblement politique de leurs pièces du même côté de l’échiquier.

C’est logique, c’est normal, c’est même cohérent aujourd’hui, les noirs jouent leur jeu, unis, la symbolique présidence de Kanaky et les responsabilités personnelles important bien plus aux leaders ex loyalistes qu’aux chefs kanak, la totale souveraineté foncière et coutumière primant pour les uns, le business sauvage et les affaires débridées en chasse encore plus gardée étant l’essentiel pour les autres, la même détestation de la métropole et des métropolitains les unissant.

C’est simple ! Ce qui est beaucoup moins simple c’est le jeu des blancs, en principe blanc bleu rouge, c’est la carte politique et le comportement de ceux qui disent refuser ce deal et ce pacte d’indépendance à la Pisani. Qui ? De larges pans de la population refusant Kanaky et autant écœurés par Gomes que par Frogier, des élus et acteurs politiques et économiques électrons libres ou transfuges ou issus de l’éphémère troisième voie ni CE ni RUMP et éphémèrement unis en 2014 pour une Calédonie dans la France.

Au lieu d’aligner leurs pièces intelligemment sur l’échiquier en face de la coalition RUMP-FLN-CE, de se mettre en ordre de bataille et d’adopter une tactique unique, quel désolant spectacle ils nous présentent ! Des cavaliers seuls qui jouent les starlettes, des stratégies floues, des fous vraiment fous, des tours raides et coincées, un roi qui se prend pour une reine, des pions désorientés dont on laisse la moitié dans la boite pour dix ans, une partie suicidaire en interne le dos tourné à l’adversaire.

Que ce soit aux législatives ou aux prochaines provinciales je ne vois actuellement pas trop l’intérêt de participer à ce jeu d’échecs aussi tordu que crétin.