CEUX DE NÉMÉARA ou UNE IMPRESSION DE GRANDEUR

launay

( à voir et revoir : http://la1ere.francetvinfo.fr/nouvellecaledonie/emissions/terre-de-memoires )

Quelque chose de grand, de fort, de grandement émouvant hier soir avec la rediffusion de ce film de 1994 sur la ferme de Néméara à Bourail et sur ces grands et beaux vieillards qui y ont été pensionnaires dans leur petite enfance et qui avaient alors témoigné à plus de 90 ans sur leur passé et sur ce passé de la Nouvelle-Calédonie.

La Nouvelle-Calédonie est tellement souvent tellement petite, étroite, étriquée, mesquine, contractée, recroquevillée, en culture, en économie, en politique évidemment, que la rencontre avec ces belles personnes, avec ces grandes âmes, qui sont revenues de l’au-delà nous visiter hier soir fut un moment intense.

Dans cette émission de NC1 « Terre de mémoires », bizarrement présentée par une Malia Noukouan ensevelie sous un déballage envahissant de sculptures mélanésiennes aussi laides qu’inauthentiques, Yves RIEU, acteur de premier plan du musée de Bourail, a excellemment et avec beaucoup d’émotion évoqué le passé de sa ville, l’histoire de la ferme de Néméara et surtout cette femme et ces hommes magnifiques qu’il a bien connus, aujourd’hui tous disparus mais combien présent encore, là, à travers ces images, ces visages, ces voix.

La grandeur je l’ai vue, je la vois, en Nouvelle-Calédonie, dans ces paysages grandioses de montagnes puissantes et dans ces roches noires et féroces, jamais dans ce petit lagon bleu fade et dans ce léger sable jaune niais. La grandeur je la retrouve aussi dans la douleur et le destin terrible de ces déportés exilés au bout du monde, au fond du néant des vallées, au rang des moins que rien, pourtant capables de se relever, eux et leurs enfants, de se refaire, de se racheter, de retrouver force, espoir et honneur aux champs d’honneur des travaux et des cultures épuisants, jamais dans ces petits et si légers baratineurs qui ne savent que baratiner leur destin fade et leur culture niaise.

L’impression de grandeur devant ces montagnes humaines de la résilience que furent Marie-Antoinette JEULIN, Auguste LAUNAY, Louis-Edouard RICHARD, Léonce VIDOIRE, entre 86 ans et 94 ans au moment de ce film que j’avais déjà vu il y a 24 ans, mes contemporains, mais aussi contemporains de cette époque de Néméara et du bagne, elle provient de ce qu’ils résument à eux seuls l’histoire de la Calédonie. Ils sont une montagne jeune, de leurs deux grands bras ils touchent à la fois notre époque et ce passé calédonien qu’on croit mythique et pourtant si proche, si bref, si actuel, si présent. Grandeur d’un passé puissant et vrai qui affleure encore dans un monde petit, comme les grands rochers noirs de Lindéraliques et d’Adio.

Grandeur de la lucidité et de la sagesse de ces enfants de concessionnaires de Bourail et Nessadiou qui ont reconnu la chance que représentait pour eux la ferme de Néméara et la valeur de la discipline et du travail, sans amertume contre la France, sans ressentiment contre cette deuxième chance. Ils n’ont pas eu la grande vie, ils ont eu des vies grandes. Grand sens du tragique et paroles fortes et grandes de ces anciens sur la mort, la solitude, la souffrance, la vieillesse, la maladie, l’amour :  » Les enfants si on les aime, les enfants nous aiment, faut aimer pour être aimé. » ; « Moi j’ai tout partagé, maintenant je suis tranquille, je fais plus rien, j’attends, mes derniers jours. »

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CULTURE FRANÇAISE, COLONISATION, MACRON, KANAKY

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« Il n’y a pas de culture française, il y a une culture en France. Elle est diverse. »

« La colonisation fait partie de l’histoire française. C’est un crime, c’est un crime contre l’humanité, c’est une vraie barbarie. »

Avec ces deux sorties récentes, Macron a perdu son identité française et a gagné son passeport kanaky.

Sur la culture il rejoint parfaitement la doxa actuelle dominant en Nouvelle-Calédonie : la culture et la langue françaises sont un détail de l’Histoire, un détail parmi d’autres où tout se vaut, le rap et la case pesant autant que Voltaire, Hugo, Rameau, Monet et Versailles, un dialecte de 300 mots pour 100 locuteurs valant autant que mille ans d’humanité et mille bibliothèques humanistes, une tradition autiste fermée sur ses secrets tabou méritant autant que notre culture française universaliste. Le projet éducatif de Macron est édifiant, aussi…

Sur la colonisation il rejoint parfaitement les ennemis kanaky de la France, nourris physiquement et intellectuellement par la France, et ses propos haineux prononcés à l’étranger en Algérie rejoignent dans la haute trahison ceux des représentants du FLNKS à l’ONU. Le garçon coiffeur Macron et les garçons de tribu indépendantistes, tout aussi incultes les uns que les autres, oublient que l’humanité s’est construite, a évolué et a progressé depuis des milliers d’années, sur tous les continents, à coups de guerre, de conquêtes, d’invasions, d’empires, de violences, d’injustices, de vengeances, d’alternances et que le rapt, l’esclavage, le viol, l’anthropophagie, la colonisation furent le lot de tous les peuples, certains peuples s’y attardant davantage que d’autres. Ce sont ces ombres qui ont généré la lumière, ce sont ces ombres qui ont produit le judéo-christianisme et Les Lumières, en Occident et particulièrement en France. L’humanité fut faite de colonisations. Taxer la colonisation de crime contre l’humanité c’est taxer l’humanité de crime contre l’humanité.

Il fut un temps où la France était fière d’elle-même, où les Français étaient fiers d’eux-mêmes, où la culture française était une fierté, où les élites et les dirigeants français savaient et enseignaient la fierté de la France et de sa culture. Il est un temps où des Macron et des cons ne savent plus rien à part renier la France et se renier eux-mêmes, cracher sur les Français et sur leur culture, ne savent plus qu’avoir honte et qu’être une honte.

LIBRE LECTURE DU LIVRE « LIBRE » DE SONIA BACKES

libreLIBRE LECTURE DU LIVRE « LIBRE »
(en librairie demain jeudi 16 février 2017)

Excellent choix de la part de Sonia Backes que celui de soumettre la lecture de son livre « Libre », sous-titré « Ma passion calédonienne », au plus libre des observateurs de la Nouvelle-Calédonie et de la politique calédonienne en particulier.

Un bilan personnel ? Un programme électoral ? Un projet pour la Calédonie ? Un peu des trois, et même beaucoup. Divisé en quatre chapitres cet opus traite successivement du parcours personnel et politique de l’élue, de l’avenir institutionnel du pays, de son économie et enfin de l’ordre et de la sécurité.

À quelques semaines des élections législatives et à quelques mois du référendum sur la souveraineté du pays on peut s’étonner du silence et même du mutisme des principaux acteurs politiques de notre territoire ainsi que du silence des agneaux citoyens que les partis prennent souvent pour des moutons. Et ce livre a donc le mérite de témoigner d’une démarche individuelle et d’un engagement personnel qualifiés parfois « d’ondoyants et divers », comme Montaigne aimait à se décrire lui-même et tel qu’il voyait même l’humain en général.

Démarche volontariste et pugnace à qui on ne peut reprocher de rester en attente sur le pas de la porte ou de cacher ses choix et ses ambitions, à la différence de certains leaders plus velléitaires que volontaires. Au seuil de ces deux années de consultations capitales pour l’avenir de la Calédonie, à défaut de lire dans une boule de cristal même éclairée le jour d’après de Gomes et le troisième accord de Frogier, j’ai donc parcouru un crayon à la main cet ouvrage qui dit clairement et dans une langue facile et agréable les observations, les analyses et les options de Sonia Backes sur quelque chose qui nous concerne tous : la Nouvelle Calédonie.

La première partie nous expose la généalogie d’une jeune femme, de son caractère et de sa vocation. C’est une présentation tout à fait honnête du pays et de son monde politique entre 1976 et aujourd’hui à travers un parcours personnel. L’exercice n’était pas facile à réaliser en une trentaine de pages. Cette lecture sera utile à ceux qui ignorent tout de cet univers plus impitoyable que Dallas. Autant l’évocation des vertes années et des condisciples de l’auteur est attendrissante autant celle de la tambouille et des remugles des appareils politiques est fétide bien qu’authentique et authentifiée par ceux qui ont connu les cloaques du RUMP et de Calédonie Ensemble de l’intérieur, parce qu’ils se valent bien…

La transcription du dialogue entre Sonia Backes et Philippe Gomes à la page 34 est à cet égard croustillante et emblématique de l’ambiance et des mœurs de nos assemblées. Le recours à l’arnica n’est pas loin… Marrant aussi qu’on retrouve le « Pour qui tu te prends ? » tel quel dans la bouche de Gomes et plus tard dans celle de Yanno à la page 45.

Parmi les remarques « bien vu » et très justes qui parsèment la publication, j’ai relevé dans cette première partie la capacité des indépendantistes « à ne négliger aucune avancée dans leur projet et à « cranter » leurs victoires : « ce qui est à eux est à eux ; tout le reste est négociable. Ils avancent sans jamais reculer, jouant tour à tour sur les faiblesses des uns et des autres et profitant de l’opposition entre les loyalistes pour peser dans les négociations avec leurs « partenaires » du moment.

Le deuxième chapitre donne ou redonne des éléments assez bien connus sur le fantasme d’une indépendance heureuse quand la France apporte annuellement 168 milliards sur un budget de 250 milliards et sur des compétences régaliennes qui deviendraient la propriété d’incapables, de clans, de mafias, de corrompus, de tyranneaux, de puissances étrangères si elles étaient transférées. Une remarque exacte quant à ces Calédoniens et à ces jeunes générations qui « ont baissé la garde » et « minoré l’incidence des thèses indépendantistes ». Je la compléterai personnellement en pointant le sentiment général anti-métro et le lavage de cerveau perpétuel par les médias, par l’école et par la culture comme facteur de cette démission mentale, de cette mauvaise conscience, de cette acceptation d’une « indépendance molle ». La proposition inédite qui suit est une solution inspirée du Québec pour le référendum sur le maintien dans la France : un référendum local tous les 25 ans si une moitié des personnes inscrites sur les listes électorales pétitionnent pour le déclenchement de ce scrutin après une période de 25 ans (le temps d’une génération) où la question ne peut pas être posée. L’idée est intéressante, réaliste et honnête, plus réaliste, intéressante et honnête en tout cas que le délire du troisième accord et l’éclairage des comités opaques de Gomes et Christnacht.

Le chapitre suivant développe le point de vue économique souvent défendu par l’élue : esprit pionnier des entreprises, libérations des entrepreneurs esclaves de l’administration, des règlements, des impôts, des contrôles, des protections de marchés. Si on ne peut que souscrire à la dénonciation des productions locales « protégées » par le pouvoir et souvent plus chères et plus mauvaises et sur les tentations dogmatiques et même totalitaires de la majorité actuelle lors du conflit des rouleurs en face de la doctrine nickel et de celui des patrons opposés à la loi-compétitivité, on peut se lasser des lourds anathèmes pas toujours convaincants contre le gauchisme, le marxisme, les lois socialisantes, l’assistanat etc… On peut cependant adhérer sans réserve à un impôt sur le revenu pour tous, responsabilisant chacun, en fonction des moyens de chacun, et à un nettoyage des missions, structures et établissements publics inutiles, ruineux, en doublons, en triplettes (formation professionnelle par exemple).

Le quatrième et dernier chapitre commence joliment par « Il y a 30 ans nous baignons à la forêt de la Thy, derrière Saint-Louis, avec les enfants qui vivaient là, et qui s’accrochaient comme nous à la corde pour se jeter dans la rivière. Nous prenions en sortant un milk-shake à la ferme de saint-Louis, qui était encore là et pas à Saint-Michel. Il y a 20 ans, nous faisions le tour de Calédonie, en dormant dans la benne du pick-up sans craindre de nous faire agresser. Il y a 10 ans, lorsque je décrivais la Calédonie à des amis de métropole, je concluais toujours mon propos en disant que c’était un endroit idéal pour élever ses enfants : pas d’insécurité, pas de peur des actes odieux qui peuvent exister dans certaines grandes villes de Métropole… »

Et aujourd’hui ? Au moins Sonia Backes n’édulcore pas, et je suis d’accord avec elle. Aujourd’hui nous avons honte de parler de la Calédonie en métropole. Aujourd’hui le pays est au sommet en terme de délinquance, d’insécurité et de criminalité rapportées à notre minuscule population. Elle énumère ses mesures répressives souvent présentées. Elle cite à juste titre « la délinquance politique » formulée par Harold Martin. Souligner explicitement cette noire désespérance criminelle absurde et même scandaleuse au pays bleu et doré des alizés, et liée à la montée en puissance indépendantiste et au repliement autiste de l’archipel sur lui, est assez rare sous la plume des politiques. Cependant je ne souscris pas au « C’est chez moi. Je n’ai pas d’ailleurs » de la page 103″. La patrie, la culture, le patrimoine et les droits français sont les mêmes ici et ailleurs à un point tel qu’il est absurde et même suspect de parler d’un « ici » et d’un « ailleurs » sauf à emboîter le pas à ce candidat malheureux à la conscience nationale malheureuse qui, lors des dernières législatives, avait cru stupidement disqualifier son concurrent en lui affirmant qu’il ne pouvait rien comprendre puisqu’il n’était « pas d’ici ». Tous les français de Calédonie, tous les Calédoniens, ont un ailleurs, ont une patrie plus large que le lagon, c’est la France, c’est chez nous aussi. De même que tous les Français de métropole ont un ailleurs, un ailleurs plus large que l’hexagone, c’est l’outre-mer français, c’est chez eux aussi. Et même l’emploi de ce « nous » et de ce « eux » est à bannir si l’on aime la France, les Français et la Calédonie française.

Je salue donc ce livre engagé et engageant. J’aurais donc aimé pourtant, aussi, un chapitre sur cette patrie justement, sur cette France, sur ces Français exclus du pays, et pas seulement par les indépendantistes, sur ces Français de Calédonie soumis à cet apartheid et rejetés de la citoyenneté, du vote et du travail, et pas seulement par les premiers occupants. J’aurais aimé un message plus clair et plus complet adressé à ces dizaines de milliers d’électeurs non natifs bannis de tout mais pas des législatives et pouvant bientôt faire la différence entre un Dunoyer, un Yanno, un Deladrière et notre écrivain dans leur circonscription, comme ils peuvent aussi distinguer par ce vote et le classement des prétendants la future direction et les futures orientations des Républicains de Calédonie et même d’un nouveau Rassemblement loyaliste dans le pays.

Et les autres politiques ? Sont-ils assez libres, sont-ils assez passionnés pour prendre et manier une plume aussi légère et libérée, pour nous écrire aussi leurs observations, leurs analyses et leurs options pour notre pays, pour notre avenir ? Oui ? Non ?