LA DOUBLE RACINE DU MAL CALÉDONIEN : IL FAUDRAIT UN MIRACLE, MAIS JE CROIS AUX MIRACLES

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On parle de longue et cruelle maladie à propos d’un mal qui progresse lentement à travers un corps, qui s’y dissémine progressivement et qui finit par le ruiner et l’anéantir totalement. La maladie indépendantiste est un mal de ce type pour la Nouvelle-Calédonie et le pays est en phase terminale.

La racine de ce mal est double et ancienne, et cette racine continue à puiser son aliment toxique et à diffuser le mal dans tout le corps du pays. Cette racine n’est ni économique, ni idéologique, ni politique. On n’est pas indépendantiste en Nouvelle-Calédonie pour devenir plus riche, ni pour devenir marxiste, ni pour se libérer d’une dictature. On n’est pas indépendantiste « pour », pour quelque chose, on est indépendantiste « à cause de », « par », par quelque chose, à cause de deux choses.

La racine du mal est psychologique et statutaire, les deux branches de la racine étant liées, les personnes et le pays étant atteints.

Psychologique et identitaire d’abord, car les deux principales composantes du corps social de la Nouvelle-Calédonie vivent depuis longtemps une identité malheureuse, les premiers arrivants en raison d’une culture de la tradition, de l’immuabilité, du repli, de la méfiance, de la peur, du conflit, ce qui entrave douloureusement la propension naturelle de l’homme à évoluer, les seconds arrivants en raison des facteurs historiques qui ont imposé à leur groupe une mise à l’écart extrême et violente aux antipodes de leur communauté et de leur terre d’origine et qui ont généré une acculturation, un flou identitaire, du ressentiment, de la culpabilité, de la mésestime, tout aussi douloureuses.

Cette double identité malheureuse a perduré et a imposé au pays et au gouvernement central deux choix malheureux à l’heure où la Nouvelle-Calédonie fut décolonisée après la guerre, choix affirmés et réaffirmés à trois reprises : en 1946 où elle devient un TOM, en 1956 où la loi Deferre lui confère l’autonomie, en 1958 où elle renonce à devenir un état autonome pour conserver son statut de TOM.

Choisir alors de maintenir le statut particulier coutumier de la moitié de la population calédonienne, et donc l’identité malheureuse des premiers arrivants, au lieu d’égaliser le statut de tous et de toutes les terres fut une lourde erreur qui devait inéluctablement communautariser, écarter et figer ce groupe, empêcher le brassage et l’harmonie de l’ensemble, un seul composant non intégré suffisant à faire échouer la fusion générale, à provoquer des rancœurs, de l’hostilité, des revendications communautaires, de la rébellion.

Choisir alors de refuser la départementalisation pour un statut de TOM assez proche du statut précédent a pérennisé un régime flou, inéquitable, fragile, vulnérable et instable, quasi colonial, favorable aux seconds arrivants et prolongeant la protection de leurs intérêts, impôts et lois nationales, mais aussi leur identité floue et malheureuse puisqu’ils se retrouvaient, eux aussi, encore écartés des citoyens français unifiés institutionnellement et organisés en départements.

Identités malheureuses maintenues, statuts cloisonnés et inconciliables de la population et statut absurde du pays et même « monstre juridique » d’après les spécialistes, le mauvais terreau identitaire et statutaire est toujours en place pour que la double racine du mal finisse d’y puiser de quoi épuiser et d’anéantir la Nouvelle-Calédonie.
Il faudrait un miracle, mais je crois aux miracles.