LES VRAIES, LES SEULES VICTIMES DE L’HISTOIRE

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Enfin une bonne page dans Les Nouvelles Calédoniennes. Et même une très bonne page, mais juste le samedi, et juste en pages 8 et 9, parfois 10 et 11. Le page « Destin de familles », mais seulement quand c’est la saga d’un vieux déporté et de sa famille. L’histoire des gardiens et autres marins ou militaires ne me parle pas, les Gaveau et autres Terrier, la vie était facile pour eux, et elle le fut pour leur progéniture.

Mais le destin des vieux bagnards, des Louis-Just Chevrier, Pierre Chenevier, Julien Dolbeau, Pascal Colomina, est fabuleux, et bouleversant, même si le sort des communards comme Dolbeau fut moins dur. Ceux qui n’ont pas eu le choix, ni celui de venir ou non, ni celui de repartir ou jamais.

Et bien écrit, et avec de belles et fortes images. De quoi réunir et publier tout cela en un beau livre. De quoi inspirer autre chose à nos écrivains que des histoires de colons mythifiés et de kanak martyrisés.

Ces gens ont eu la double peine, la terrible condition de bagnard et surtout la condamnation à ne plus jamais jamais revenir en arrière, au pays, auprès des leurs, le bannissement, l’exil, la mère patrie qui jette ses enfants au plus loin, au plus dur, au plus vide, au plus sec, pour toujours, sans pitié.

Et ces types se refont, se reconstruisent, s’en sortent, travaillent, construisent, fondent famille, famille nombreuse souvent, parfois réussissent, sous les yeux méfiants et accusateurs de la population libre. Et sans haine apparente de cette France, de cette société et de cette culture qui les a anéantis. Très fort quand même…

Superbe histoire que celle des époux Marie et Pascal Colomina. Qui l’écrira ? Incroyable parcours que celui de Louis-Just Chevrier, 1861-1948, qui en une seule génération, 90 ans, aura vécu pratiquement toute l’histoire de la Nouvelle-Calédonie.

Très frappé par la proximité de ces hommes, par la brièveté de l’Histoire de la Calédonie qu’ils incarnent. Ce sont souvent les arrières-grands pères de nos contemporains. Ils étaient profondément français, leurs enfants seront patriotes et défendront la France lors des deux guerres.

Le destin de Vico et de sa descendance est peu commun, et encore plus touchant. On peut le toucher, le sentir, d’abord parce qu’il est proche dans le temps, ensuite parce qu’on peut aisément les cerner, les situer dans l’espace puisque lui et les siens n’ont jamais bougé de ce Ouégoa fascinant que l’Histoire avait choisi pour eux.

Deux ou trois générations de Français, on ne change pas de culture et de valeurs en deux ou trois générations. La Calédonie est française.