JAPONAIS DE CALÉDONIE (NC1 23/08/16) : UNE CERTAINE CONCEPTION DU DOCUMENTAIRE EN CALÉDONIE

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C’est toujours pareil, et le documentaire sur l’histoire douloureuse des Japonais de Calédonie diffusé par NC1 (Itinéraires) ce mardi soir ne fait pas exception. Que ce soit sur les Japonais, sur l’école, sur la mine, sur les Américains en NC, sur la femme calédonienne, sur la délinquance etc… que le docu émane de NC1, de NCTV, d’institutions ou de réalisateurs et producteurs privés, on considère qu’un documentaire est un amoncellement de documents, photos anciennes, films vintage, papiers, vieux journaux, interview de personnes âgées, gros plans de coupe sur des fleurs, des oiseaux ou des vieilles pierres, qu’on enfile comme des perles sur un fil, sans problématique, sans thèse, sans construction, sans architecture, sans colonne vertébrale, sans démonstration, sans point de vue, sans perspective, sans conviction. On raconte une petite histoire aux spectateurs qui s’écoule au fil de l’eau, en mode commode chronologique, comme on raconterait un conte à des enfants pour les endormir.

Le drame fort et terrible vécu par les hommes japonais en NC, arrachés pour toujours à leurs familles, spoliés et volés, laissant des femmes et des enfants dans la misère, a donné lieu encore une fois à ce genre de fabulette insipide sans queue ni tête, alors que les véritables diamants que constituaient les très puissants témoignages des très belles vieilles personnes interrogées auraient dû être enchâssés dans un discours de qualité et dans une problématique lucide, intelligente et courageuse. Le contraste entre la profondeur de ces paroles de vieillards et de leurs regards éloquents tournés en dedans pendants les moments de silence, revoyant des souvenirs, des visages, des scènes d’il y a près de 80 ans et la fade et superficielle insignifiance des longs coups de caméra bouche-trou du réalisateur sur la rivière, les radeaux et les fleurs et de cette niaise conclusion tarte à la crème sur « ces descendants de Japonais qui font le destin commun » est pathétique.

On a entendu dans la bouche de ces anciens le rappel des vols, des confiscations, des bannissements, des mensonges, de la misère, on les a entendu évoquer des Devillers, des Dubois, des Philippon, accompagnant des gendarmes, ne payant pas les enfants ramasseurs de café, faisant la loi, pas toujours tendres, pas toujours solidaires… Les auteurs ont-ils soulevés la question de la relation de ces métisses japonais avec ces pionniers, avec les mélanésiens ? La question des spoliations, des enquêtes après la guerre, des réparations ? La question du non-dit et de l’omerta ? Et beaucoup d’autres problématiques auraient pu être élaborées pour structurer et rendre utile ce documentaire, au lieu d’en faire une simple vidéo d’amateurs laissant tourner le caméscope devant les grands parents de la famille.

Et tous les documentaires en Calédonie sont ainsi, du boulot d’amateurs, peu ou pas formés, vite fait mal fait, insouciant de l’intelligence et des attentes des spectateurs, ne sachant pas « écrire » leur film, leur reportage, bouchant trente minutes ou une heure de temps de télé avec un feuilleté incohérent de documents empilés, incapables de mener une démonstration et d’exposer des idées, par incompétence ou par peur, ou plus probablement par incompétence et par peur, le documentaire calédonien étant toujours un pays du non-dit.