QUAND LE PATRONAT PLEURE DES RIVIÈRES

 a-privilege

« Adieu gueule d’affaires
Viens pas boire dans mon verre
Tu peux pleurer des rivières
Pleurer des rivieres »

Après le mur des lamentation de la CCI-NC, après le chagrin à grosses larmes du MEDEF d’Hochida et de la CGPME de Linossier, après le chœur des pleureuses du nickel et de l’industrie au grand cœur de la FINC qui nous fend le cœur, après la complainte du BTP sur la paille et des pharmaciens à l’agonie, après les cris déchirants des importateurs amers et des exportateur de terre, gémissant tous sur leurs marges et leur défisc perdues, leurs marchés et leurs protections disparus, leurs monopoles et leurs quotas rompus, se trouvant fort dépourvus quand la bise fut venue, j’ai voulu pleurer des rivières moi aussi, après tout…

J’ai essayé, j’ai vraiment essayé de mobiliser tous mes trésors de compassion et de me presser les yeux comme des citrons pour en extraire une larme. En vain, même pas la plus petite goutte lacrymale ! Aurais-je le cœur sec ?!

C’est que… tout en essayant sincèrement de pleurer avec eux et de partager leur détresse je ne pouvais m’empêcher de penser aux milliers de milliards qui sont tombés en pluie abondante sur la Nouvelle-Calédonie depuis quarante ans et qui ont coulé entre les doigts de tous ces malheureux aujourd’hui dans le désespoir sans y laisser beaucoup de rivières et de lacs, ni m’empêcher de penser aux cours d’eau souterrains par lesquels ils ont entraîné l’argent liquide loin du pays depuis quarante ans, ni m’empêcher de penser à la thésaurisation, à l’épargne et aux placements de ces pauvres gens, ni m’empêcher de penser à ces réserves nouméennes pour Range et Cayenne entre piscines et toits rouges de Tuband, ni m’empêcher de penser aux corruptions et malversations de ces arbres qui cachent la forêt exceptionnellement saisis les doigts dans la confiture, ni m’empêcher de penser à leurs paradis fiscaux wallisiens et vanuatais et à leurs évasions queenslandaises, ni m’empêcher de penser au ciel cadenassé et à la captivité qu’ils nous imposent depuis quarante ans pour qu’on n’aille pas verser notre argent ailleurs qu’entre leurs doigts, ni m’empêcher de penser à cette CCI qui s’est tellement gobergée et qui se goberge toujours autant avec Tontouta, ni m’empêcher de penser à ces faiseurs d’usines treize à la douzaine et après eux le déluge, ni m’empêcher de penser au choix qu’ils nous laissent de payer leur mauvais chocolat au prix fort ou du bon chocolat au prix très très très fort, ni m’empêcher de penser à leur éternel chantage à l’emploi si on n’aime pas leur chocolat et si on conteste leurs tarifs, ni m’empêcher de penser à ces épiciers qui remboursent les millions de leur boutique en trois ans quand les smicards mettent trente ans pour payer leur cabane sociale pourrie de malfaçons par nos anges du BTP, ni m’empêcher de penser à nos impôts et à nos finances publiques qui serviront à aider et engraisser davantage notre infortuné patronat si durement touché par la crise.

On devrait pas trop penser… Vraiment j’ai essayé de m’apitoyer sur le sort du MEDEF, du BTP, de la CCI, de la CGPME et de la FINC, et j’ai vraiment voulu m’émouvoir en pensant aux importateurs, aux exportateurs, aux actionnaires, aux pharmaciens et aux chocolatiers, rien à faire, je dois sans doute être socialisant, socialiste, communiste, marxiste, trotskiste, bolchévique ! Pire peut-être même : lucide…