NOUVELLE-CALÉDONIE, AVRIL 2016, ÉTAT DES LIEUX

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NOUVELLE-CALÉDONIE, AVRIL 2016, ÉTAT DES LIEUX
– On a loupé le coche de la densification de la population du pays, surtout depuis les années 60, en filtrant les arrivées, en refoulant les pieds-noirs, les métros et le tourisme populaire, en excluant les nouveaux arrivants du droit de travailler et de voter, et bientôt d’étudier et d’être soigné.
– On a loupé le coche d’une économie moderne, ouverte et libérale, émancipée du comptoir et du nickel, avec un marché intérieur important, avec une fiscalité moderne, sans chasses gardées ni monopoles tenus par les vieilles familles, sans le verrouillage du ciel et des transports, sans ce système sclérosé et sclérosant des protections, des limitations, des subventions et des indemnisations programmées.
– On a loupé le coche d’une culture ouverte sur l’universel, libérée des peurs et des superstitions, sans nombrilisme ni victimisation, sans sous-estimation ni surestimation, sans honte ni narcissisme, sans ressentiment ni auto-culpabilisation, sans rumination des péchés ni rabâchages des exigences de pardon, sans mythification du passé ni mystification de l’avenir, une culture humaniste d’homme libre et non de sujet, une culture des Lumières dans le Pacifique.
– On a loupé le coche d’une démocratie moderne, libérée des peurs féodales des chefs autocratiques, libérée de l’emprise archaïque des partis et des clans sur les habitants qui y cherchent constamment protection, prébendes et gratifications, sans cette infantilisation et cet asservissement politique du pays, sans cette gestion communautaire, collective, clanique et grégaire des individus, sans ce formatage mental perpétuel des gens sous la menace d’un sens de l’Histoire inexorable, d’un destin inéluctable et d’une fatalité politique ne laissant aucune place à l’engagement personnel et au choix citoyen.
– On a loupé le coche de l’égalité, de la liberté et de la fraternité entre tous les habitants du pays, qui n’auraient plus dû, depuis longtemps, être séparés par ces statuts civils différents, par ces régimes fonciers différents, par ces coutumes sociales et familiales différentes, par ces droits de circulation différents, par ces origines différentes, par ces langages différents, par ces droits de la femme et de l’enfant différents, l’un étant prédestiné à être chef ou sujet ou donné, l’autre étant libre et non programmé. On a loupé une couleur, une population, une Calédonie, françaises et métissées.
– On a récolté à la place une augmentation exponentielle de la xénophobie, un malthusianisme social, une chasse ouverte aux métropolitains et un ostracisme désormais largement partagé.
– On a récolté à la place une économie fermée, cadenassée, politisée, administrée, mal administrée, encore plus dépendante des transferts financiers extérieurs vu les compétences absurdement réclamées et récupérées, une économie cultivant les bons coups et les abus, la pénurie et les quotas, plutôt que de produire de la qualité et de l’abondance et de réguler les prix par la concurrence, vouée sans échappatoire possible à la décroissance et à la régression sociale.
– On a récolté à la place une sous-culture de sous-quartier, sans souffle, sans valeurs, sans idéal, hargneuse et radoteuse, plus dégradante qu’édifiante, repliée et étriquée, banale à force de se vouloir locale.
– On a récolté à la place une dépendance encore pire à force de vouloir de l’indépendance, et une démocratie confisquée par une caste d’élus médiocres mais inamovibles et sous immunité pour cause d’accords sacralisés, une démocratie confisquée par leurs revirements et les reniements constants et impunis de leurs engagements, par la falsification après coup des textes votés, par le verrouillage quasi religieux des évolutions, par les modifications arbitraires des corps électoraux, par les menaces de refus du verdict des urnes.
– On a récolté à la place des cloisonnements et des apartheids, de l’intolérance et de l’exclusion, du mensonge et de l’hypocrisie, des méfiances et des peurs, des violences extrêmes et de l’insécurité générale et constante, des dépenses infinies de temps et d’énergie en montages complexes, lourds et inefficaces pour ménager et tenter de concilier toutes ces différences inconciliables et absurdement entretenues. On a récolté le rejet entêté de la liberté, de l’égalité et de la fraternité à cause du maintien acharné des écarts insensés et des fractures séculaires.

LÂCHETÉ : LE JOUR OÙ 15 À 20 000 ZOREILLES ONT ÉTÉ VENDUS POUR QUE LES NATIFS SAUVENT LEUR INSCRIPTION D’OFFICE

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LÂCHETÉ : LE JOUR OÙ 15 À 20 000 ZOREILLES ONT ÉTÉ VENDUS POUR QUE LES NATIFS SAUVENT LEUR INSCRIPTION D’OFFICE

 
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JONC (CONGRÈS) : COMPTE RENDU INTÉGRAL DES DÉBATS
SÉANCE UNIQUE
DU JEUDI 26 MARS 2015 (MATIN ET APRÈS-MIDI)
 
Gaël Yanno (au diapason des autres lâcheurs) :  » Donc, on ne veut pas vous dire qu’on va imposer, on n’a pas cette provocation-là de vous dire : « puisque c’est cela, imposons également aux personnes relevant du statut civil coutumier, l’obligation de prouver qu’ils ont leur centre d’intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie ». On ne vous demande pas cela. Simplement, ce qu’on vous dit, c’est « appliquons un traitement qui permet effectivement de traiter de la même façon ceux qui sont de statut civil coutumier, et ceux qui sont natifs ». »
 
Ben si Yanno, fallait imposerl le même régime aux statut coutumier, question de détermination et de courage. Ben nan Yanno, fallait pas larguer les pas natifs au profit des natifs, histoire de pas les exclure dans un double apartheid, exclus par les statut coutumier, exclus pas les natifs calédo-calédoniens…
 
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Yanno :  » On peut être d’accord ou pas, mais, mon collègue Philippe Blaise a rappelé l’article 2.2.1. Je vais vous lire un extrait de cet accord politique qui date de 1998. Que dit l’accord 2.2.1 del’Accord de Nouméa ? Il dit : « Le corps électoral pour les consultations relatives à l’organisation politique de la Nouvelle-Calédonie comprend exclusivement : », il énumère certains cas notamment ceux qui ont été inscrits en 1998 et il dit également : « ceux qui, de statut civil coutumier ou nés en Nouvelle-Calédonie, ayant eu le centre de leurs intérêts matériels et moraux… » C’est-à-dire que la délégation RPCR, la délégation FLNKS et l’Etat, sur ce point-là, sont tombés strictement d’accord pour dire qu’il fallait imposer et aux personnes de statut civil coutumier et aux personnes qui étaient nées et donc cela s’adressait à celles ne relevant pas du statut civil coutumier, la même obligation, celle de démontrer qu’elles avaient l’une et l’autre des intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie. Qu’a fait le législateur organique après, en mars 1999 ? Il a déplacé la virgule. Et donc, on arrive à un article 218 d) où la virgule ayant été déplacée dans la loi organique par rapport à son emplacement, dans l’article 2.2.1 de l’Accord de Nouméa, on en arrive à une obligation de démontrer le centre de ces intérêts matériels et moraux, uniquement aux natifs, en exonérant les personnes relevant du statut civil coutumier, de cette obligation. C’est la décision du législateur organique. D’accord, mais nous qui sommes, tout de même, dépositaires de cet accord, et croyez bien, mes chers collègues, que dans l’article 2 de l’avant-projet de loi organique qui prévoit qu’il y aura un troisième référendum, vous croyez que nous qui sommes favorables au maintien de la Nouvelle-Calédonie dans la France, on va nous poser la question en 2018, mettons, nous disions ; « non », il va vous dire : « vous avez dit non, mais on va reposer la question une deuxième fois, parce que probablement que la première, vous n’avez pas compris puisque vous avez dit « non ». Et donc, on va vous reposer en 2020, une deuxième fois la question. Ça, c’est dans l’Accord de Nouméa, c’est dans la loi organique. Et puis, comme vous redites « non » en 2020, c’est que là, vous n’avez vraiment pas du tout compris la question, on va vous demander une troisième fois en 2022, la même question, ça c’est dans l’Accord de Nouméa, ce n’est pas dans la loi organique, et nous avons voté, nous, les groupes non-indépendantistes avec vous, pour dire « oui, on est d’accord », parce qu’effectivement, c’est dans l’Accord de Nouméa. Cela ne nous plaît pas, parce qu’imaginez bien que, dans notre électorat, quand on va expliquer que vous avez dit deux fois, ceux qui veulent la France, mais peu importe les deux fois, on va vous reposer la troisième fois la question, vous vous imaginez bien que cela ne va pas susciter un enthousiasme délirant, mais, comme c’était inscrit dans l’Accord de Nouméa, nous avons voté unanimement, les 29 voix loyalistes que nous avons additionné à vos voix pour dire « oui, c’est vrai », on n’est pas tout à fait d’accord, mais nous sommes en 2015. Et en 1998, il y avait des femmes, des hommes qui ont signé un accord et qui ont dit qu’effectivement, dans cet Accord de Nouméa, il y a trois référendums. Eh bien, alignons la loi organique sur l’Accord de Nouméa. Eh bien, là, ce que je vous démontre dans le 2.2.1, c’est qu’il y a bien une erreur de virgule et pourquoi ne nous ferions pas le même chemin ? Donc, on ne veut pas vous dire qu’on va imposer, on n’a pas cette provocation-là de vous dire : « puisque c’est cela, imposons également aux personnes relevant du statut civil coutumier, l’obligation de prouver qu’ils ont leur centre d’intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie ». On ne vous demande pas cela. Simplement, ce qu’on vous dit, c’est « appliquons un traitement qui permet effectivement de traiter de la même façon ceux qui sont de statut civil coutumier, et ceux qui sont natifs ». Et ce qu’on vous propose, et je rejoins mes collègues Philippe Gomès, Philippe Blaise et d’autres qui se sont exprimés, on vous propose deux possibilités : l’une, celui qui est né en Nouvelle-Calédonie et qui est citoyen, comment peut-on imaginer que quand on est né en NouvelleCalédonie à l’âge zéro, et qu’on est citoyen, c’est-à-dire qu’on a démontré qu’on était installé avant 1998, qu’on y a vécu au moins dix ans, est-ce qu’on peut dire que ceux-là n’ont pas eu, à un moment de leur vie, le centre des intérêts matériels et moraux en Nouvelle-Calédonie ?
Franchement, mes chers collègues, ce n’est pas possible. Donc, ce qu’on vous dit, c’est que dans les 55 500, puisque nous avons les chiffres précis, 87 000 sont ceux qui restent de la liste électorale de 1998 mais il y a 55 000 qui sont natifs et qui sont citoyens et donc qui figurent sur la liste spéciale. Ce qu’on dit, ni plus ni moins, c’est considérant et il y a bien évidemment que dans ces 55 500, des personnes relevant du statut civil coutumier, mais pour les autres, appliquons-leur également une inscription automatique, et ce que nous disons également c’est que toujours pour les natifs, ceux qui étaient là à l’âge zéro et qui pendant au moins deux ans, ont été sur la liste générale, donc non-citoyens, comment peut-on nier, qu’ils n’ont pas un moment de leur vie, leurs intérêts matériels et moraux. Donc, appliquons-leur également une inscription automatique. C’est cela que nous vous demandons. Alors, vous indiquez que la plus haute autorité administrative qui est le Conseil d’Etat a dit que ce n’est pas possible. C’est important de regarder précisément la réponse et précisément la question. Et quand on voit la question posée par le Gouvernement et je ne ferai pas injure devant le Secrétaire général du Haut-commissariat que la question posée par le Gouvernement socialiste était une question, à mon avis, insidieuse, qui orientait un peu la réponse. Mais en tout cas, la réponse du Conseil d’Etat, ce n’était pas du tout de dire : « Ce n’est pas possible », et je rejoins le Députe Philippe Gomès et mes autres collègues en disant que le Conseil d’Etat ne dit pas que ce n’est pas possible, monsieur le Président Wamytan. Le Conseil d’Etat dit que ce n’est pas possible si vous ne l’appliquez à aucun autre critère que la naissance. Et donc, nous ce que nous vous proposons, c’est de dire qu’être né et être sur la liste spéciale ou être né et être sur la liste générale, et donc pas spéciale sur le tableau annexe depuis au moins deux ans et là c’est un autre critère. Et si on posait cette question-là au Conseil d’Etat — mais l’Etat ne l’a pas fait et je lui en fais le reproche, — si on la posait comme cela, le Conseil d’Etat dirait « oui, c’est possible ». « 

« JUSTE UN MOT » ou LA VÉRITÉ AU COMPTE-GOUTTES

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« Juste un mot (y’en aura une centaine), pour revenir sur ma non démission. Je vous avais dit que ce poste de député quand j’étais maire me permettait de faire avancer un certain nombre de dossiers (aucun, et surtout pas la sécurité). J’en ai fait avancer un certain nombre (un nombre incertain plutôt) mais j’avais estimé au moment où je l’ai dit et peut-être que je n’ai pas dit toute la vérité (tiens une vérité, pour fois !), c’était de me dire en tant que député si je n’étais seulement que maire je n’aurais pas pu participer sur les discussions sur l’avenir institutionnel pas plus que je n’aurais participé au comité des signataires et donc j’ai gardé ce poste de député (ah bah voilà !!!), je peux vous le dire aujourd’hui (nan nan c’est pas trop tard), parce que la perspective d’être dans les discussions sur l’avenir institutionnel m’intéressait au plus haut point pour les raisons que je vous ai évoquées (mais pour y faire quoi et y dire quoi ma pauvre ???!!! d’autant plus que tu n’y es même pas). »

Sonia Lagarde, RRB, 1er/04/16 ; les commentaires entre parenthèses ne sont pas de la députée-maire.

Sans doute que la vérité continuera à être distillé au compte-gouttes et que d’ici à dans une dizaine d’années Sonia nous aura encore trouvé une bonne demi-douzaine de raisons de pas voir démissionné… La syntaxe qui devient de plus en plus hésitante est aussi révélatrice quant au degré de vérité que le nez de Pinocchio ou l’aiguille des détecteurs de mensonges…