MISSION (SALADE) IMPOSSIBLE

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 » – Va chercher de la salade. Et si tu trouves des tomates, prends aussi. Regarde aussi chez les chinois. »

Qui n’a jamais entendu cette injonction un dimanche matin, ou un lundi de Pâques, et n’a pas obtempéré sagement et prudemment, enfourchant son pick up sans trop d’illusion, en se disant que remplir sa benne de feuilles vertes et de légumes rouges serait de l’ordre du miracle et de l’esprit saint descendu au sein de la Chambre d’Agriculture.

Qu’importe, on essaie ! On démarre, on part, direction le petit supermarché le plus proche. On entre, on cherche, néant, l’ordre universel des choses de la fainéantise agricole est respecté, rien, sans CAMA on fait rien, on plante que si on est assuré d’être subventionné et indemnisé, sinon rien, et pas intérêt d’importer, compris !

Mais l’ordre de mission salade a été clair, tout essayer, les petits magasins aussi, budget illimité, 1000 ou 2000 francs le kg ça fait rien. Alors on reprend sa monture quatre quatre, on scrute l’horizon et yaaa ! on fait le tour des petits bouibouis, en se disant qu’ils ont peut-être des filières, un tomato-plan, une chinese-connection…

Première boutique, on attache son toye à la barrière, des gars traînent à l’entrée, on se glisse à l’intérieur, pénombre, allées encombrées, chaînes sur l’alcool, un type louche à la caisse, no légumes, et puis un petit recoin au fond, un couloir, un mec qui s’y engage, des fois que ce soit la vente à la sauvette de laitues au noir. Et puis non, déception, c’était juste le coin à bière fraiche de contrebande, l’homme s’est retourné et éloigné prestement, avec un air de comploteur, un sac sous le bras, la fermeture éclair cassée laisant voir des canettes.

Alors on continue, deuxième échoppe. Ambiance Hong-Kong, Susie Wong au comptoir, mignonne, un tour dans les rayons, nada, nothing, et puis un signe ! enfin ? des femmes semblant avoir mauvaise conscience, coups d’œil à gauche et à droite, vont vers un angle du magasin, on les suit ! Mauvaise pioche ! c’est le coin du pinard, interdit par des rubans rayés de chantier, ou de scènes de crime, elles ont déjà deux bouteilles à la main, la mignonne prépare un carton. On demande quand même à la petite « Salades? ». Elle vous fusille d’un regard outragé.

Mais pourquoi on nous demande pas de ramener du vin, de la bière ou du whisky les week-end et même les jours de prohibition, plutôt que de la salade et des tomates. Ce serait mission possible pour une fois…

ITINÉRAIRE PAS TOUJOURS GÂTÉ D’UNE ENFANT ALLÉE (II)

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Elle est retrouvée.
Quoi ? – L’Eternité.
C’est la mer allée
Avec le soleil.

Arthur Rimbaud

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CHRONIQUE D’UN RETOUR DES ÎLES : (BONNE) LITTÉRATURE CALÉDONIENNE D’UNE ZOREILLE (PARTIE II)
PAR Christine Allix

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« J’adore mon affaire, mais j’ai décidé de vendre. Avec les taxes annoncées sur les CDD, comment on va faire avec les saisonniers? Nous, ici, on ne travaille qu’avec les saisonniers! » Confidence désabusée de Claude, le patron de café préféré.

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Ce matin, un lever de soleil rien que pour moi. Seule sur la plage, une boule rouge sang sort tout doucement de l’horizon et s’élève inexorablement dans le ciel immaculé. Au fur et à mesure de sa progression, elle devient orange puis jaune. Au loin, un bateau de pêcheurs au dessus duquel virevoltent un ballet de mouettes criardes et affamées. Oui, décidément, la vie est belle.

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Ce matin, petit coup de mou comme à chaque fois que je reviens d’une administration et comme les retours au pays en occasionnent si naturellement… Et puis, il y eut ce message, très gentil, de losservatore calédo concernant mes écrits et me voilà repartie comme en 14! Optimiste et avide de (re)découvrir cette France que j’aime tant! Merci Losservatore Caledo!

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Ce week-end, direction l’Espagne! Très précisément Port Lligat, le village où vécut Salvador Dali de 1930 à1982. Et là, découverte d’une demeure absolument fantastique, ouverte à la lumière, à la mer, au ciel, à la nature… Avec des coins et des recoins un peu partout, des niveaux, demis-niveaux à tous les étages et un sens du beau époustouflant. Une demeure d’artiste poussée à l’extrême avec un chevalet mécanique coulissant du rez de chaussée au 1er étage « pour permettre à l’artiste de peindre des oeuvres immenses tout en restant assis ». Une ode à son épouse Gala pour qui il a fait installer un miroir inversé dans leur chambre à coucher « pour que, chaque matin, elle fut la première femme d’Espagne à assister au lever du soleil »… Un lieu dédié à la rencontre et aux échanges où le peintre n’avait pas prévu de chambre d’amis, mais tout un ensemble d’espaces où recevoir les intellectuels de l’époque… Une maison de la culture au sens général du terme avec des coins lecture un peu partout et même dans les escaliers… Magique! Merci la vie.

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On accède à la maison de Salvador Dali par un petit escalier et on y entre par une porte tout aussi petite. Rien qui ne laisse un seul instant présager l’espace intérieur qui nous attend… Ni l’atmosphère si particulière des lieux. Car l’artiste est là. Il nous accompagne dans la découverte de sa maison. Effectuées par petits groupes de 8 personnes maximum, les visites prennent très vite l’allure d’un pèlerinage. Au fur et à mesure de la progression, le silence respectueux et admiratif fait place aux commentaires étonnés face à tant de génie. Nous arrivons presque aux portes du jardin quand nous pénétrons dans le dressing de Gala, l’épouse et muse de l’artiste. Un dressing littéralement recouvert de photos du couple avec les personnalités intellectuelles et artistiques les plus remarquables de ce siècle. Et soudain, l’émotion me gagne, les larmes me montent aux yeux. Une émotion incroyable qui monte crescendo en pénétrant dans la salle ovale, un espace composé de deux immenses canapés ovales surmontés d’un dôme qui produit un écho dès lors qu’on se place au milieux de la pièce… Jamais je n’avais éprouvé pareille émotion dans un lieu. Jamais non plus je n’avais ressenti un tel amour inconditionnel d’un être pour un autre être. Salvadore aimait passionnément sa femme pour qui il a pensé l’ensemble de sa demeure, demeure qu’il a d’ailleurs quittée en l’état sans jamais jamais y revenir à la mort de celle-ci. L’amour transpire partout dans cette demeure. Aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur. Le couple n’est plus là, mais il est partout. Dans les objets de grande valeur, devant les nombreuses fenêtres ouvertes sur la mer, sur les chaises et autre bancs de lecture installés un peu partout. Bouleversant!

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Cette nuit, le ciel s’est fâché en tonnant de toutes ses forces et en envoyant de grosses giboulées (de mars bien sûr!). Pourtant, au lever, le soleil a réussi à percer à travers les nuages avant que ceux-ci, bien vite, ne reprennent l’ascendant. Mais l’orage n’était pas que dans les éléments en ce début de journée. Saison estivale approchant, les exposants arrivent en masse et se disputent les meilleures places du marché. Quand je dis les exposants, ceux qui n’ont pas jugé bon de se lever tôt car, pour les vieux briscards, pas de souci. Ils étaient là à l’aube et pendant que leurs confrères se crêpaient le chignon (ça n’est pas réservé qu’aux femmes! ), eux refaisaient le monde, évoquant tour à tour les vieux couples « qui se consacrent aux enfants et ne songent même plus à sortir à deux » ou les parents qu’ils n’ont pas pu être à cause de leur travail et les grands-parents gâteaux qu’ils espèrent être… Je ne sais pas si c’est l’afflux de clients en cette heure matinale ou l’orage, mais mon petit patron de bar avait un sourire fendu jusqu’aux oreilles ce matin et ça lui va plutôt bien!

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Inscription sur les listes électorales aujourd’hui et discussion passionnée avec l’agent administratif à cinq mois de la retraite à propos des aspirations de la jeunesse… « Mon petit fils a 15 ans, il ne fait rien à l’école, passe son temps dans la chambre, sur son ordinateur et sa seule ambition est de faire comme son cousin: vivre du RSA (revenu de solidarité active qui n’a d’actif que le nom puisqu’aucune contrepartie n’est demandée en échange de son versement!). » Consternant et surtout inquiétant pour la France de demain…

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Ils disaient: « Etudie et tu auras une bonne situation » alors, je n’ai cessé d’étudier.
Ils disaient: « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt » alors, je n’ai cessé de me lever tôt.
Ils disaient: « Crois en toi et tu réussiras » alors, j’ai n’ai cessé de croire en moi.
Ils disaient: « Bats toi et tu atteindras tes objectifs », alors, je n’ai cessé de me battre.
Ils disaient: « Cours voir le monde et tu comprendras » alors, j’ai n’ai cessé de courir.
Ils disaient: « Les voyages forment la jeunesse » alors, je n’ai cessé de voyager.
Ils disaient: « Le travail, c’est la santé » alors, je n’ai cessé de travailler.
Aujourd’hui, ils me disent: « Après 50 ans, tout est foutu » alors, je me rebelle!
Non, à 50 ans, la vie n’est pas foutue, elle commence! Et je vais le prouver!

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Il pleut ce matin. Le ciel et la mer sont tellement gris qu’ils finissent par se confondre. Le soleil, lassé de tant de morosité, n’a pas eu le coeur de percer les nuages. Tout juste a-t-il montré qu’il était toujours là par une brève lueur orangée… Quelques mouettes se baladent sur la plage à la recherche de coquillages invisibles aux yeux de l’homme. Tandis que le patron du café se lamente du temps qu’il fait et des touristes qui désertent, Mylène Farmer chante « Génération désenchantée » à la radio. Me revient alors à l’esprit cette femme de 52 ans « trop vieille » pour exercer son métier de coiffeuse et devenue charcutière pour pouvoir subvenir à ses besoins… Drôle de monde où les moins de 30 ans sont jugés trop jeunes et les plus de 50 ans trop vieux… Drôle d’époque où la seule fenêtre de tir pour fonder une famille, investir et s’épanouir professionnellement se situe entre 30 et 45 ans… Au-delà de toutes les gesticulations politiques, au-delà de toutes les lois sensées réinventer l’eau chaude, c’st surtout d’état d’esprit qu’il faut changer. On a tellement martelé aux jeunes qu’ils ne seront pas compétents avant 30 ans et aux moins jeunes qu’ils ne seront plus rien après 50 ans qu’ils ont fini par le croire! Il est grand temps de secouer le cocotier des idées reçues et des soi disantes vérités assénées par des soi disants spécialistes! Moins de 30 ans, plus de 50 ans, même combat! On veut vivre de notre travail et non d’aides qui rendent serviles, amorphes et résignés!

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Cliches du jour gare du nord….
Un chien marche en regardant son maitre qui marche en regardant en l’air les horaires de train….
Une dame frigorifiee tente de se rechauffwr en regardant un spot publicitaire de feu de bois plus vrai que nature….
Des jeunes femmes soi disant sourdes et muettes tentent de faire signer des promesses de dons pour une associaton dediee a ce public mais des qu’elles essuient un refus se mettent a insulter les recalcitrants avec de vrais mots…
Une femme croisee dans le rer

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Bon les enfants je suis de nouveau au bout du monde, enfin au bout de la metropole du moins. He oui je suis en formation en belgique et je nai que mon mob pour communiquer. Comme je deteste faire des fautes je cous raconterai ca a mon retour! Bonne semaine a tous!

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Ouf! De retour en france! Dans le train qui me ramene a lille, controle au facies. Injuste pour ceux qui n’ont rien fait mais comment faire autrement apres les derniers attentats perpetres?…..
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Bon, les enfants, c’est fait, je suis rentrée chez moi après une journée, comment dire, … pleine de rebondissements! Tout d’abord, une petite pensée pour Véronique, ma compagne de galère (toute relative!) du jour. Nous avons attendu (longtemps) le même train à Lilles, nous avons couru dans la même gare du Nord pour rejoindre la gare de Lyon, nous avons attendu le même RER 9 minutes durant et nous avons raté la même correspondance pour le Sud! Résultat, une même entrevue surréaliste avec deux guichetières SNCF du genre « porte de prison »), deux heures d’attente en gare de Lyon à observer les pigeons (dont un unijambiste!) et surtout plusieurs heures de voyage vers le Sud entre deux wagons, assises près des portes, à même le sol (très froid!) qui conduit à la sortie. Un tel périple, ça crée des liens et rien que pour ça, je suis prête à renouveler l’expérience! Bonne nuit Véronique!

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L’avantage de voyager près de la porte des toilettes, c’est qu’on voit défiler l’ensemble des occupants du wagon! De la grand-mère qui tente d’occuper son petit fils en lui racontant des histoires à la dame d’un certain âge pas très loin du lumbago qui s’excuse presque d’avoir une place assise, en passant par le voyageur au regard absent dont l’haleine ne laisse aucun doute sur sa consommation d’alcool ou la dame à la conscience perdue qui veut fumer pendant les arrêts mais dont les gestes sont tellement lents qu’elle a, à chaque fois, tout juste le temps de sortir sa cigarette sans jamais pouvoir l’allumer… Bref, largement de quoi s’occuper les yeux et l’esprit! Et puis, il y eut cette rencontre avec Hakob Melkonyan, un réalisateur arménien au sourire magnifique et au charisme impressionnant. Arrivé en France depuis deux ans, il parcourt le pays pour présenter « L’arbre », le film qu’il a réalisé sur le génocide arménien. Un film qui parle de sa grand-mère vendue comme esclave par les Turcs et dont une grande partie de la famille fut massacrée… Une belle âme, ce Monsieur! Et une belle rencontre. Merci la vie! 
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Alors que les attentats de Bruxelles sont encore dans tous les esprits, nous sommes tous surpris du peu de contrôles effectués, aussi bien bien en gare du Nord qu’en gare de Lyon. Y compris le personnel de la SCF avec qui je discute au cours du voyage. Un personnel qui s’inquiète du terrorisme sans vouloir en faire une obsession. « Je travaille à la SNCF, mon mari aussi, forcément, j’y pense et je me pose des questions », me confie une jeune femme qui s’alarme face à la progression de l’embrigadement des jeunes… « Que faire pour protéger nos enfants de toute cette folie », me demande-t-elle… Face à l’emprise qu’elle qu’elle soit, il ne faut pas baisser les bras. Jamais. Il faut parler à nos enfants, parler et encore parler. Et surtout les aimer. Même s’ils font des choses que l’on ne comprend pas ou que l’on n’accepte pas. Les aimer envers et contre tout.
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Rendez-vous à pôle emploi hier, à propos de ma future orientation professionnelle. Pendant que j’attends mon conseiller, la sonnette installée à l’entrée ne cesse de sonner.
L’agent chargé de répondre à l’interphone: « Oui, bonjour, vous avez rendez-vous? »
Le chercheur d’emploi: « Non, j’avais juste une petite chose à voir. Je peux entrer? »
L’agent: « Non, pour ça, il faut venir le matin. Nous avons changé d’organisation. Les après-midi sont désormais réservés aux rendez-vous ».
En un quart d’heure, la scène s’est ainsi répété sans discontinuer. Et je vous passe les noms d’oiseaux lancés par les demandeurs d’emploi éconduits!
Résultat, des agents sous pression car agressés verbalement et des demandeurs d’emploi frustrés et en colère de ne pouvoir mener leur recherche à terme… Vive la communication du 21e siècle!
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Ce matin, petit moral après une semaine dense en informations et en projections diverses… Je décide donc d’aller boire mon café dans mon bar habituel. Le soleil, compagnon fidèle de mes débuts de journée, avait juste attendu que j’arrive pour se lever et pour me gratifier d’une magnifique lumière. Et il ne fut pas le seul à s’inquiéter de mon moral puisqu’Alexandra Debon, musicienne et humaniste, avait aussi décidé de venir aux nouvelles. Une belle occasion de refaire le monde avec, à l’issue de nos échanges, la conviction renforcée qu’il faut rester fidèle à ce que l’on est et à ses convictions… Merci Alexandra et merci la vie!***
Pas d’anecdote réelle ce matin. Une fois n’est pas coutume, je me suis réveillée tard, entre sommeil lourd et rêves éveillés… Mes journées sont très animées, mais si je vous racontais mes nuits, ça pourrait presque vous faire peur… Cette nuit par exemple, je suis retournée dans ma ville d’origine. A vélo (Faut croire que j’ai besoin de faire du sport!). Je devais retrouver ma voiture (J’avais oublié en route où je l’avais laissée…), laquelle devait me ramener à ma maison (j’avais aussi oublié où elle se trouvait…)… Bref, un rêve angoissant où on fait des kilomètres sans jamais pouvoir retrouver sa route… Avec, quand même, au fil de cette quête infernale, une petite voix qui me glisse l’adresse d’une structure qui accompagne les personnes en fin de vie… On n’échappe pas à son destin. Quoi qu’en disent ou qu’en pensent les personnes qui me connaissent et qui m’aiment, il n’y a rien de triste à accompagner quelqu’un qui va changer de monde. Rien de triste vraiment. Au contraire. Quelle joie d’aider quelqu’un à quitter cette vie le coeur tranquille et apaisé… Pour ma part, je sais ce qu’il me reste à faire: trouver cette fameuse structure! 
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« Si tu te concentres sur le problème, tu rates la solution (…) Tâche de voir ce que personne ne voit. Vois ce que les autres choisissent de ne pas voir. Par peur, conformisme ou paresse mentale. Change ton regard sur le monde. Découvre le. » Extrait du film « Dr Patch », avec Robin Williams, qui me parle bien et qui me conforte dans mon choix du jour…. A quoi bon avoir de l’intuition si on ne l’écoute pas…
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Le marché du dimanche… Un spectacle à part entière. Surtout à l’aube, quand le jour commence juste à se lever et que les stands commencent à se mettre en place… Ou quand les exposants se retrouvent au café du coin pour parler des petits nouveaux « qui ne savent rien faire d’autre que de copier les anciens »… Ce matin, sujet récurrent, la décision du maire de transformer sa ville jusque là uniquement touristique en  » vraie ville » (?) et de supprimer une grande partie du marché qui s’étale sur des kilomètres à partir du mois d’avril. Résultat, 60% des exposants sur le carreau avec très peu de solution de remplacement… « Le maire avait déjà interdit les concerts sur le bord de mer, maintenant il supprime le marché, mais de quoi on va vivre nous? » Les politiques ont leurs raisons que la raison populaire ne peut comprendre… Ici ou à l’autre bout du monde d’ailleurs!
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CHRONIQUE D’UN RETOUR DES ÎLES : (BONNE) LITTÉRATURE CALÉDONIENNE D’UNE ZOREILLE (I)

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PAR CHRISTINE ALLIX

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J’ai rassemblé ici quelques unes des géniales petites vignettes d’une amie postées sur FB et délicieusement écrites par cette Calédonienne de France et française de Calédonie « retour des pays chauds » comme a dit Rimbaud dans Une Saison en enfer. De l’écriture authentique, poétique, drôle, touchante, vive, intelligente, comme la personne, comme on aimerait en lire en Nouvelle-Calédonie… Le nom de l’auteure est à la fin de ce petit recueil que j’ai pris la liberté de composer et que j’effacerai si elle me le demande.

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En fait, je ne quitte pas la Calédonie (On ne la quitte jamais vraiment….), je rentre juste chez moi…

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Bon, bien arrivée à Osaka. Dos en compote mais toujours aussi fascinée par la foule, là, en l’occurrence des Chinois en partance pour Changhaï tous le nez dans leur téléphone (impossible de se connecter jusqu’au départ du vol et donc des connectés en question… :)… Vous avez dit communication virtuelle?

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Une petite anecdote (je sais que ça vous manque déjà! en passant… Au départ de Nouméa, haro sur ma valise de cabine! Il semble qu’un objet inquiète les douaniers… Il s’agit en fait d’une vierge en bois très vieille qui m’accompagne dans tous mes périples déplus près de 20 ans… Le douanier, d’abord suspicieux, a littéralement fondu quand il a découvert l’objet de son inquiétude. « C’est une Vierge » a-t-il dit à ses collègues en l’emmitouflant avec beaucoup de douceur et de respect dans sa protection de tissu. Touchant…

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Un pilote qui prend le temps de faire le tour de ses passagers pour leur demander comment ils vont avant de terminer par un retentissant « Soyez forts, on tinette bon bout »… Vous y croyez, vous? Le tout avec de grands sourires et une vraie joie de vivre! De quoi vous enlever toute la fatigue du premier tronçon de voyage!

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Une petite anecdote (ou plutôt deux pour le prix d’une!) en passant quand même…
Dans l’avion, entre Osaka et Paris, belle discussion avec un jeune Calédonien parti préparer un bachelor à La Rochelle pour, m’a-t-il confié « m’ouvrir l’esprit et m’ouvrir au monde »… Bel exemple à suivre… Autre avion, autre trajet, autre discussion avec une hôtesse de l’air cette fois, sur la France qui va mal, mais qui n’a d’autre option que de se réveiller et de faire une nouvelle révolution… d’état d’esprit! Belles perspectives…

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Que la vie est belle! D’un bout du monde à l’autre, toujours cette même richesse humaine, à la différence près des repères, ceux de mon enfance… Les cafés ouverts à l’aube, les discussions des clients véritables pourvoyeurs d’informations, les petits marchés installés dans le froid du matin et les vendeurs généreux qui rajoutent qui un bouquet de coriandre « pour la soupe! », qui des bananes, qui du persil… Et ces plagesqui s’étendent à l’infini tandis que le soleil tente une timide apparition entre les nuages chargés de cette fin d’hiver… Et ces palmiers qui, inévitablement, me rappellent la Calédonie… Une partie de mon coeur est resté sur le Caillou, mais une autre a retrouvé la douceur de ses racines… Merci la vie!

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A Nouméa, je fréquentais « le bout du monde », ici, je fréquente « le France »… Si c’est pas de la cohérence, ça?…

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Décalage horaire enfin digéré! une vraie nuit avec un bon vieux réveil à 5h30 du matin! Pour parfaire le tout, j’ai trouvé un café pas loin de chez moi qui s’est calé ur mon heure de réveil! Je peux donc me connecter sur la calédonie tous les matins à l’aube tout en sirotant un bon petit café et en admirant l’arrivée du soleil… Le bonheur tient à si peu de choses…

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Au village vacances où je suis, chaque pavillon a été baptisé d’un nom synonyme de rêve… Honolulu, Tahiti, Bora Bora.. Point de Nouméa ou de Calédonie à l’horizon… ç a me rappelle mon premier voyage en Nouvelle-Zélande où, dans un parc, tout était traduit en 10 000 langues… sauf le français! Ce genre de constat a le mérite de remettre les choses à leur place et de ne plus se regarder comme le nombril du monde…

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Ce matin, à 6h, lors de mes désormais habituelles pérégrinations matinales, je suis tombée sur l’atelier d’un boulanger dont les murs étaient de vitres… De ma voiture, j’ai pu le regarder faire le pain du matin… Il ne manquait que les effluves du pain chaud pour se sentir vraiment chez lui…

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Ce matin, balade avec ma chienne sur la plage. Il fait encore nuit. Et frisquet! « En février, c’est toujours comme ça », me dit mon patron de bistrot habituel. « Il y a toujours beaucoup de vent. » Sur la plage, des traces de pas. Des pas d’homme au vu de leur dimension… Et au milieu de toutes ces empreintes de chaussures, une trace de pied nu… Que pouvait bien faire cet homme pied nu, sur la plage, en pleine nuit alors que le thermomètre affiche péniblement 7°?….

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Demande de renseignements au collège de mon fils hier. « Mais avant, vous travailliez dans quoi? » Moi, tranquille, je lui répond: « Journalisme et condition féminine. » Commentaire de mon interlocutrice: « oh la la, il faut que je trouve le code métier dans lesquels ça rentre. Le journalisme, ça va, mais la condition féminine, je ne sais pas où mettre ça… » Y’a encore du chemin à faire pour que les femmes trouvent ou prennent leur place dans nos sociétés…

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Cette semaine, démarches administratives.. Je ne vous fais pas de dessin… Beaucoup d’attente, beaucoup de papiers demandés (et on le sait, il en manque toujours un!), mais aussi un terrain de jeu idéal pour la méditative que je suis… avec au final, une discussion de plus d’une heure avec des opératrices de téléphone mobile sur la révolution à faire pour changer les choses, sur la révolution à venir, sur la valeur perdue du travail… Bref, les opératrices ont tellement accroché que chaque joie, je reçois un message me disant que je dois apporter un nouveau papier… Aujourd’hui, c’est sûr, j’y retourne mais je négocie un café! émoticône smile

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La relation humaine, finalement, c’est quoi? Chez certains, il faut juste que le nouveau venu devienne un habitué. D’abord visuellement. Puis physiquement. Je m’explique. Chaque matin, depuis mon retour en France, je vais boire mon café dans le même bar. Le patron n’est pas loin de la retraite et aussi affable qu’un gardien de prison (pardon pour eux!)! Au début, il attendait que je vienne commander. Maintenant, il m’apporte mon café avec sa petite viennoiserie sans que je lui demande rien. Et hier, oh miracle, il a pris une chaise et est venu s’assoir près de moi, enfin à distance raisonnable, pour voir à qui il sert le café tous les matins. Et nous avons ainsi discuté ainsi pendant près d’une demi-heure. Je suis certaine que si demain, je ne viens pas, il va se demander ce qui m’est arrivé! en fait, c’est l’histoire du renard du petit prince de Saint-Exupéry… Chaque personne est intéressante à rencontrer, il faut juste prendre le temps de l’apprivoiser…

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Hier, petite séance de dégustation de crevettes grises face à la mer et gros bond en arrière de près de 30 ans… quand j’avais 20 ans, je faisais 100km juste pour voir la mer et déguster 100g de crevettes grises assise sur le sable avec ma meilleure amie… Doux parfum de l’insouciance et des plaisirs simples…

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En France, les gens sont obsédés par la chasse aux points, et à l’argent, du permis de conduire menée par le gouvernement qui ne manque ni de ressources, ni d’imagination pour en récupérer… Ils ne parlent que de ça. Au café, en faisant leurs courses, à la boulangerie… Il suffit de dépasser d’1 km/h la vitesse autorisée pour se voir sanctionné illico presto. En Calédonie, si le permis à points existait, plus personne n’aurait son permis!

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Depuis que je suis rentrée et que je parle de la Calédonie, tout le monde me dit « Les Français devraient aller voir un peu ailleurs, ils verraient qu’ils ne sont pas si malheureux que ça et ça leur ouvrirait l’esprit »… Exactement le même discours que celui que j’entendais en Calédonie. D’un bout du monde à l’autre, le secret de l’évolution personnelle est d’aller à la rencontre de l’autre, de pays et donc d’univers, de cultures, d’aspirations différents. La richesse acquise lors de ces pérégrinations n’a pas de prix et vaut toutes les fortunes sonnantes et trébuchantes du monde.

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Ce matin, au détour d’une rue, une petite chapelle dédiée à la Vierge Marie.. Une de ces petites chapelles que j’affectionne particulièrement car lieu de silence et de paix propice au recueillement… Mais quelle ne fut pas ma surprise au moment d’allumer un cierge… En lieu et place de la bonne vieille bougie à la flamme tremblotante et à la lumière douce, une bougie électrique qui s’allume dès qu’on la pose sur le chandelier… Pourvu que cela ne se généralise pas! A la fois pour les artisans qui les fabriquent et pour la chaleur, physique et émotionnelle, qu’elles dégagent….

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Cadeau du matin, une petite maison aux volets bleus (enfin, quand je les aurai peints!), cosy et accueillante, à 400m d’une immense plage et des petits commerces et l’assurance d’un avenir dégagé. Une petite maison que je n’ai pas eu à chercher, qui est venue à moi à la suite d’une rencontre et surtout d »une conversation impromptue sur la condition féminine, les hommes (sujet de discussion sans fin des femmes… ), les changements de vie… Partez à la rencontre d’autrui, parlez, sentez, vibrez, il n’en ressortira toujours que du bien! Merci la vie!

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Hier, longue discussion avec une des femmes de ménage de la résidence. Elle a tenu 2 restaurants avant de fermer boutique suite à l’installation de trois restaurateurs chinois non loin d’elle. « Ils m’ont tuée. Je ne pouvais pas tenir! » Son mari, agriculteur, de génération en génération, travaille à perte. Le salaire de sa femme permet de maintenir la famille à flot. « Les agriculteurs meurent dans l’indifférence générale, me confient-elles. et pourtant, ils continuent parce que si on leur enlève la terre, ils meurent! » Quand j’évoque avec elle le comportement, irresponsable, des consommateurs, elle répond: « Mais les gens n’ont pas d’argent. Quand on vit des aides ou quand on travaille au salaire minimum, on est obligé de compter! je ne leur en veux pas à eux, mais au système qui, inéxorablement, tue ce qui fait la richesse de notre pays. »

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Ce qui me frappe depuis que je suis arrivée ici, c’est la réaction des gens face à ma foi dans la vie, ma tranquillité et mes sourires. Ils se laissent très vite contaminer, preuve à mon sens que la France peut changer car de plus en plus de Français veulent le changement. Pas le changement prôné par les politique pour gagner une élection, mais un vrai et profond changement de société qui valoriserait le travail plutôt que l’inactivité assistée. Enthousiasmant à vivre.

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Découverte du marché local: le fuet catalan, un saucisson sec agrémenté au choix de noisettes, de fromage de chèvre, de Bleu (catalan évidemment!), de figues… Un délice! « Et bon pour la ligne! dixit ma marchande du jour qui affirme, sous couvert de sa diététicienne, qu’un saucisson équivaut à une côte de porc! »

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Température douce ce matin: 13°. Et un magnifique lever de soleil qui colore le ciel de rouge et d’orange! Effleurant les vagues, des mouettes chassent le poisson tandis que dans le ciel, les nuages s’emploient à créer des messages audibles aux humain… Au café, une jeune femme court après sa cigarette du matin, ce qui me vaut une belle rencontre et une longue discussion enflammée sur le monde qui change, sur l’intérêt de s’émerveiller de tout, sur la beauté de la vie… Merci la vie!

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Démarches administratives hier et le sentiment que venant de Calédonie, je viens d’un autre monde. Ni Etrangère, ni totalement Française. Il n’existe pas de case précise pour la Calédonie, visiblement exception mondiale… Passé l’émerveillement de mme voir arrivée d’un « pays si merveilleux », toujours la même réponse: « Il faut que je vois avec mon chef si vous êtes éligible! » Et ne demande pas d’aide, juste à être répertoriée! Un court passage à la CAF me fait de nouveau penser à la cour des miracles. A une personne qui s’énerve de ne plus toucher l’aide au logement, l’agent est obligé de préciser, le plus calmement du monde: « Mais vous ne payez plus votre loyer depuis plusieurs mois, c’est normal que vous ne touchiez plus rien! » Cherchez l’erreur… Quant à EDF, il m’aura fallu une bonne partie de la matinée pour les localiser. Après moult demandes d’orientations (ici, plus personne ne sait se diriger sans GPS!) et moult fausses directions, j’ai fini par tomber dessus. En pleine zone industrielle et au fin fond de nulle part! Je me demande bien comment font les personnes âgées…

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RDV à Pôle emploi demain. Alors que je prenais rendez-vous une heure la fin supposée dudit entretien, mon interlocuteur, s’est fendu d’un large éclat de rire. « Vous me trouvez optimiste », lui dis-alors. Réponse sans l’ombre du hésitation: « Optimiste, non, plutôt totalement irréaliste! » ça promet!

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Température en chute libre, champs d’éoliennes qui clignotent de partout du fait de la tramontane, nuages en forme de soucoupes volantes, lumière étrangement mauve au sommet des montagnes… On se serait cru au « jour d’après » ce matin. Et je n’étais pas encore entrée au pôle emploi où, là, on peut carrément parler d’un monde parallèle dont la seule ambiance, anxiogène au possible, vous fait regretter d’être entrée avant même le premier entretien! Bref, une destination « vacance » à éviter au maximum!

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5 km à vélo, ça use, ça use; 5 km à vélo, ça calme le ciboulot! Surtout dans les conditions idéales de ce matin. Avec, pour m’accompagner, les montagnes à l’aller et la mer au retour. Tout ça sur une piste cyclable parfaitement plate, pas un souffle de vent et un ciel bleu à faire pâlir tous ceux qui croient que le paradis n’existe que dans le Pacifique! Merci la vie.

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6h, ce matin. En allant chercher mon pain, je tombe sur un homme d’un certain âge, en bermuda (je ne suis pas frileuse, mais là il fait quand même très frais!), qui m’ouvre la porte pour me laisser entrer dans la boulangerie. Mon pain préféré n’étant pas encore prêt, je ressors et je tombe sur la voiture du monsieur, une voiture aux couleurs de littoral FM, une radio locale. J’attends que le propriétaire sorte et j’engage la conversation. « Je suis journaliste et je viens d’arriver sur le secteur. Votre radio recrute-t-elle? » Très jovial, mon monsieur au bermuda me répond alors: « Oui, bien sûr, mais en indépendant. » Et de m’indiquer la localisation de ladite radio. « Passez lundi boire un café, on discutera de tout ça! » Hier, j’ai eu une réponse favorable pour représenter une boite spécialisée dans la mise en relation de personnes. Dans les deux cas, pas de statut « sécurisant », mais un vrai bon challenge comme je les aime. Je ne suis jamais meilleure que dans ces situations où il faut tout donner. Quand j’ai décidé de rentrer, j’ai aussi décidé que je travaillerai à la fois dans la radio et dans la relation aux personnes. « J’aurais voulu le faire, je n’aurais pas pu mieux faire » dit une expression populaire. Moi, je dirais plutôt: « J’ai voulu le faire, je l’ai fait! » Allez, c’est parti! Les vacances ont assez duré!

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Hier, je pars acheter un tournevis, nerf de la guerre pour la bricoleuse que je suis. A une rue de chez moi, je tombe sur des meubles anciens installés à même le trottoir. Une table basse, deux chaises, des tapisseries murales… Visiblement, on vide la maison qui, à ce moment, est ouverte et donc occupée. « Tiens », me dis-je, « ils déménagent. » Au retour, tout est resté à la même place, mais la maison est fermé. Cadeau! Et du boulot de customisation en vue!

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Retour du marché avec des amandes fraîches et plein de bonnes choses dans mon panier! « Nous, on produit de la pêche, m’explique une productrice locale. Mais avant de planter des pêchers, on plante d’abord des amandiers. Comme ce sont des arbres qui deviennent très haut, l’été, ils protègent les pêchers du soleil. » Le bon sens paysan n’a vraiment pas d’équivalent!

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Inscription à pole emploi: c’est fait! inscription à blablacar (covoiturage qui permet de réduire ses frais de transport): c’est fait! Repérage d’un bon bar, d’une bonne boulangerie,d’un bon poissonnier, d’un bon boucher et de bons producteurs locaux de fruits et légumes: c’est fait! J’avance, j’avance, j’avance…

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Depuis hier soir, une horloge comtoise catalane trône dans mon salon… Je n’ai pas eu le coeur de la laisser sur le trottoir où ses anciens propriétaires l’avaient abandonnée! Présence insolite, anachronique même dans mon salon meublé de façon plutôt moderne, et rassurante. Comme si elle avait toujours été là. Habitée d’une espèce de paix… Peut-être parce que, son mécanisme ayant cessé de fonctionné, elle n’est que l’image du temps qui passe sans en marquer le cycle inaltérable… Moi, ça me va bien une pendule qui ne donne pas l’heure! Elle vient d’ailleurs rejoindre une consoeur laissée par sa propriétaire et qui elle non plus ne veut plus donner l’heure. Chez moi, le temps s’est arrêté ou plutôt il se limite à l’instant présent…

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Ce matin, opération CV. Dans une radio locale tout d’abord où la réceptionniste a fait son boulot… Réceptionner mon courrier et le remettre à qui de droit. Seconde cible de la matinée, un grand quotidien local où là, la réceptionniste m’a fait un sketch digne de Florence Foresti!
Moi, gentille: « Puis-je avoir un rendez-vous avec le rédacteur en chef ».
Elle, énervée d’avance: « Pour quoi faire? »
Moi, patiente: « Hé bien, pour lui remettre un CV. »
Elle, agressive: « Un CV? Mais pour quoi faire? »
Moi, entre perplexité et amusement: « Je suis journaliste, je cherche du travail et je voulais donc proposer ma candidature, d’où mon CV. »
Elle: indignée: « Mais vous ne savez pas que le journal vient d’être racheté, que plein de journalistes ont fait valoir la clause de cession, que le mot d’ordre est de ne surtout pas recruter et de faire appel aux gens en internes! »
Je n’avais pas encore repris ma respiration qu’elle enchainait: « Je vais prendre votre CV mais n’ayez aucun espoir! » Et de finir par un « Je vous souhaite beaucoup, beaucoup de courage » digne des départs pour l’échafaud!
Si cette dame continue de recevoir les visiteurs comme ça, c’est sûr que le journal ne risque pas de se redresser. Pour ma part, si j’hésitais encore à devenir mon propre patron, c’est terminé! Entre le pôle emploi qui me laisse entendre qu’à 50 ans, ça va être difficile, et les secrétaires bien informées pour qui, vraiment, il n’y a plus d’espoir, j’ai intérêt à cultiver l’humour et à suivre mon intuition!

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Tout à l’heure, à la pharmacie, j’attends patiemment qu’on me serve. A côté, un homme, une femme et une petite fille attendent eux aussi. Ils respirent le bout du monde….
Moi: « Vous ne seriez pas du Pacifique par hasard? »
Eux, tous sourires: « Si, nous sommes de Wallis et Futuna. »
Moi: « J’arrive de Calédonie! et vous? »
Eux: « Ha oui, la Calédonie. Nous y sommes souvent allés en vacances. Nous sommes là pour six ans, suite à une mutation. »
Et de nous quitter comme si nous nous connaissions depuis toujours! Je n’aurais pas cru être ainsi émue en rencontrant des habitants de ce bout du monde que j’ai tant aimé…

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Hier matin, sur le marché. En attendant mon poulet grillé (encore une habitude héritée de la Calédonie!), mon regard tombe sur le camion d’un artisan couvreur et spécialiste en étanchéité. il est assis dans le camion, portes ouvertes, en compagnie de sa fille et il attend. Un peu interloquée par ce stand de travaux publics en plein marché plutôt dédié aux produits alimentaires, je commence à lire ses panneaux publicitaires quand nos regards se croisent.
Lui, jovial malgré le froid: « Vous avez besoin de refaire votre maison? »
Moi: « Non, je n’ai pas encore de maison, mais si un jour j’en ai une, je saurais où m’adresser! Ce n’est pas trop dur pour vous en ce moment? »
Lui, découragé: « Si, c’est dur! Aujourd’hui, avec les magasins de bricolage qui se multiplient partout, les gens veulent tout faire eux-mêmes même s’ils ne savent pas! Autrefois, on n’avait pas besoin de faire les marchés. Les gens prenaient l’annuaire et le carnet de commande ne désemplissait pas! »
Evolution d’une société en pleine mutation et détresse récurrente de ces professionnels au savoir-faire irremplaçable…

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Christine Allix​, février-mars 2016