DOXA FRANÇAISE ET CALÉDOXA, du politiquement correct ici et là-bas

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DOXA FRANÇAISE ET CALÉDOXA,
de la bien-pensance et du politiquement correct ici et là-bas

C’est vrai qu’il est courant aujourd’hui et de bon ton de dénoncer la bien-pensance et le politiquement correct de tout le monde et n’importe qui. Les clichés, les idées reçues et les idéologies fournies en kit pullulent, doxa conservatrice, doxa progressiste, doxa de gauche, doxa de droite. De même qu’on était toujours le con ou le facho de quelqu’un hier, on est aujourd’hui forcément le bien-pensant de plein de… bien-pensants.

La notion est-elle donc creuse et vide ? L’ampleur, la puissance et la violence des attaques contre des esprits libres comme Michel Onfray en métropole et la force homogène, massive, efficace et même tyrannique de l’idéologie indépendantiste de l’Accords de Nouméa en Nouvelle-Calédonie attestent, s’il ne fallait que ces deux exemples, de la réalité de la force coercitive de la pensée unique dans l’ensemble français.

En France métropolitaine, la doxa a ses grands prêtres agréés, les humoristes, les journalistes, les artistes, les écrivains, les politiciens de cette bande des quatre qui s’est un peu divisée depuis Giscard mais qui reste néanmoins bien soudée. On peut retrouver les thématiques de leur doxa à travers les coups de griffes de vedettes bien en cour comme Sophia Aram, Ardisson, Hanouna, Ruquier, Stéphane Guillon, Pascale Clark, Léa Salamé, Yann Barthes, Jamel Debbouze, BHL, Jean-Michel Ribes… Les églises sont Touche pas à mon poste ou Le petit journal ou Les Guignols ou Les Enfoirés, entre autres. On doit se payer à chaque minute de micro au moins une fois Marine Le Pen ou Christine Boutin ou Jean-Pierre Pernaut. Les thèmes obligés et les figures imposées, qui sont finalement communes à la gauche et à la droite et à la fois socialistes et conservatrices, sont l’antiracisme, l’antifrontisme, l’antisionisme, l’islamophilie, la défense des acquis, le refus des réformes et des sélections, le rejet des interdits, de la répression et des morales, le droit-de-l’hommisme mondialiste et interventionniste, le relativisme artistique et intellectuel, le culte de la nature et du corps, la tolérance illimitée et la permissivité totale, le mépris du patrimoine national, l’anticléricalisme, l’antimilitarisme… Une doxa donc actuellement globalement anti-nationale. Les démons à abattre, menaces fatales pour le système de la doxa, qui possède ses propres mécanismes quasiment autonomes d’invasion et de défense, sont les esprits libres et originaux, inclassables et ingérables, hostiles aux groupes et aux cases et opposés à leur rangement dans ces cases et ces groupes, Onfray, Zemmour, Houellebecq…

En Nouvelle-Calédonie, l’irruption et le règne de la doxa est un phénomène relativement récent liée à l’écriture et au vote de l’Accord de Nouméa, document touffu mais globalement et souterrainement indépendantiste, dont la forme et la vocation supposait génétiquement et structurellement sa traduction en texte et en pensée quasiment sacralisée vu la méfiance initiale de la majorité loyaliste. Les périodes antérieures aux « événements » de 84-88 ont généré des idéologies assez coloniales et paternalistes imposées par des partis et des hommes puissants comme Lafleur et son RPCR mais cette idéologie autoritaire supposant crainte et omerta n’était pas intégrée et appropriée par la population, juste subie. C’était comme ça, on n’avait pas le choix. Alors qu’après la période de 10 ans des accords de Matignon (88-98), assez floue chez les Calédoniens au niveau de leur psychologie sociale, s’est ouvert le déroulement sur vingt ans d’un calendrier liturgique voté très majoritairement par les Calédoniens dont le déroulement les conduisait non pas à subir mais à aimer, désirer, vouloir, accomplir et construire eux-mêmes un certain nombre de démarches, de réformes et d’évolutions dont le « sel » indépendantiste devait être compensé par le « sucre » humaniste et chrétien, cette doxa devenant alors de fait indépendantiste mais… sucrée-salée.

À partir de 1998 on va donc vers l’indépendance, qui n’est pas forcément « très très bien » à priori, mais on le fait librement, volontairement, parce-que « c’est bien de le faire », parce-qu’on « est bien, on se sent bien quand on le fait », parce qu’on le fait pour « le vivre ensemble », pour « l’avenir partagé », pour « le destin commun », pour « le pays à construire », pour « la citoyenneté » et « l’identité », pour « les racines » et « la reconnaissance de l’autre », pour « la démarche de décolonisation », pour le pardon, autant de mots qui ne sont que des formules mais de belles formules, autant de notions judéo-chrétiennes de générosité et d’altruisme, consolante et apaisantes, et même nimbées de repentance bienfaisante, sous-entendant que dans la France il ne pouvait y avoir de vie ensemble, de destin, de partage, de construction, d’identité, de citoyenneté, de reconnaissance. En effet l’adepte de la doxa n’est pas obligatoirement un hypocrite et un menteur. Suivre et répandre la doxa lui procure une sécurité mentale, un confort intellectuel, le bien-être du collectif et la fierté d’un savoir dominant et d’une conviction respectée.

La doxa calédonienne de l’Accord 98-2018 s’est répandue par le haut, du sommet de la pyramide politique vers les tenants de la parole publique que sont les journalistes, les médias, les artistes, les intellectuels, les écrivains, les juristes. Tous. L’école aura été la dernière caisse de résonance de la doxa indépendantiste à entrer en action et ce n’est qu’en 2015 que cette institution se sera à son tour portée librement volontaire pour axer prioritairement toutes ses opérations sur les thèmes précités, du vivre ensemble à la reconnaissance de l’autre et de l’identité particulière du pays, se mettant au service de sa construction au moins autant que de l’Instruction, désormais davantage éducation calédonienne qu’Éducation nationale.

On voit donc comment la doxa de France et la doxa de Calédonie se rejoignent dans l’écart qu’elles prennent et font prendre par rapport à la nation, à l’unité nationale, à la réalisation des valeurs au sein de la nation. Jusqu’où ces trajectoires de dérive conduiront-elles ces deux territoires ? Sur quelles orbites ? Combien de Zemmour, de Houellebeq ou de Michel Onfray pour corriger le « correct », pour proposer d’autres pensées, d’autres orientations ?