JE FAIS UN RÊVE

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Je vous le dis ici et maintenant, mes amis, bien que, oui, bien que nous ayons à faire face à des difficultés aujourd’hui et demain je fais toujours ce rêve : c’est un rêve profondément ancré dans l’idéal calédonien. Je rêve que, un jour, notre pays se lèvera et vivra pleinement la véritable réalité de son humanisme dans la République : “ Nous tenons ces vérités pour évidentes par elles-mêmes que tous les hommes sont créés égaux ”.

Je rêve qu’un jour sur les collines rousses de Calédonie les fils d’anciens colons, ceux d’anciens colonisés et ceux de métropolitains, anciens ou non, pourront s’asseoir ensemble à la table démocratique de la fraternité sans se balancer des « T’es pas d’ici toi barre-toi ! », des « Enculé de blanc ici c’est Kanaky ! » et des « Ils évolueront jamais, y’aura jamais rien à en tirer ! »

Je rêve qu’un jour, même l’Etat du Mississippi-Saint-Louis, un Etat où brûlent les feux de l’injustice et de l’oppression, sera transformé en un oasis de liberté et de justice dans la France.

Je rêve qu’un jour les enfants d’Olympie-Magenta ne seront plus les esclaves des compétitions imbéciles et de la transpiration crétine ni les esclaves de présidents corrompus et de vieux cons en short trop grand pour leurs vielles pattes d’entraîneurs et qu’ils pourront jouer, marcher, courir et nager en toute liberté et pour leur plaisir sans baver après l’or et l’argent et sans se gargariser stupidement d’écraser avec leurs Adidas et leurs Nike coûteuses les pieds nus des pauvres qui courent en claquettes.

Je rêve que mes petits-enfants vivront un jour dans notre grande nation pas compartimentée en petites nations où ils ne seront pas jugés sur le nombre idiot de générations de leur pedigree de pionnier ni sur leur priorité de premiers occupants et seuls élus exclusifs de leur terre promise, promise aux uns et interdite aux autres, mais jugés sur la valeur de leur caractère. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour les fils des bovins adorateurs du veau d’or tropical ne seront plus les esclaves de leur pognon, de leurs grosses bagnoles à la con, de leurs grosses baraques de parvenus à Tuband ou à la Baie des Citrons, de leurs gros rafiots de couillon garés devant leurs quartiers de luxe avec chiens et video-surveillance défendus aux loqueteux.

Je rêve qu’un jour l’indifférence des bons ne laissera plus le champ libre à l’oppression des méchants, que le silence de nos amis ne sera plus le complice des mots de nos ennemis et que les discours des élus, des clercs, des artistes et des médias, des politiciens hypocrites et menteurs, du quotidien niais, de la télé bête, des radios muettes et de l’Internet pas net, ne seront plus cette soupe fade et débile pour nos enfants qui ne seront plus pris pour des enfants.

Je rêve qu’un jour, même en Alabama-Canala, avec ses violences, avec son gouverneur à la bouche pleine des mots “ opposition ” et “ annulation ” des lois fédérales, ou plutôt républicaines, que là même en Alabama-Canala, un jour les petits garçons noirs et les petites filles blanches pourront se donner la main, comme frères et sœurs, sans qu’une charte féodale de ségrégation regarde les uns différemment des autres, traite les uns comme elle ne traite pas les autres, interdise aux uns ce qu’elle commande aux autres. Je fais aujourd’hui un rêve !

Je rêve qu’un jour les femmes et les filles ne seront plus les esclaves de ces vieux pourris qui les exploitent et les vendent, qui les déshabillent et les griment pour les exhiber et les faire déambuler sur des tréteaux et des scènes comme des choses et des animaux de foire en échange de ces couronnes de miss qui rappellent la verroterie qu’on donnait aux indigènes en échange de leurs biens, de leurs œuvres, de leur soumission, de leur conversion, de leurs pantomimes et de leurs terres. Pauvres miss des fêtes et des foires en tous genres, nouveaux jeux du cirque abrutissants, armes de destruction intellectuelle massives, éternels opiums du peuple. Et je rêve aussi qu’un jour les filles et les femmes ne soient plus les esclaves de ces coutumes de l’âge de pierre et de ces hommes au cœur de pierre qui ne leur reconnaissent qu’une place, la place de n’avoir pas de place dans leur société de gros bœufs mâles et guerriers, ne leur laissant ni le droit à la terre, à l’héritage, à la parole, aux études et au travail, ni le choix du mari et du renoncement au mari, ni le droit au refus de la distribution de leurs propres enfants en don préhistorique et inhumain.

Je rêve qu’un jour toute la vallée sera relevée, toute colline et toute montagne seront rabaissées, les endroits escarpés seront aplanis et les chemins tortueux redressés, la gloire de l’humain sera révélée à tout être fait de chair. Telle est notre espérance. C’est la foi avec laquelle je retourne dans le Sud et dans le Nord. Avec cette foi, nous serons capables de distinguer dans la montagne de l’angoisse, de la peur et de la haine, une pierre d’espérance. Avec cette foi, nous serons capables de transformer les discordes criardes de notre grande nation, celle de Hugo, de Camus et de tous les humanistes, en une superbe symphonie de fraternité. Avec cette foi, foi éclairée en l’homme et en la femme et non superstition et soumission terrifiées face aux mystères de la terre et de la nuit, nous serons capables de travailler ensemble, de prier ensemble, de lutter ensemble, d’aller en prison ensemble, de défendre la cause de la liberté ensemble, en sachant qu’un jour, nous serons des humains dignes et des Français libres.