PETIT DIALOGUE AU SOLEIL À NAUPLIE, Ναύπλιο, Péloponnèse

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Pour la Grèce, oui, les élus ont horreur du peuple comme la nature a horreur du vide. La Grèce c’est un peu une autre Calédonie, l’Histoire et la culture en plus, comême. Même ploutocratie qui a bouffé et exfiltré tout le pognon du pays. Même peuple brave et simple. Même classe politique corrompue jusqu’à l’arrivée de Tsipas et Varoufakis. Même hantise du référendum et de la parole du peuple. Même faillite du système, la Grèce attendant les rentrées fiscales au jour le jour pour payer les retraités, la Calédonie et sa Cafat attendant les cotisations au jour le jour pour régler leurs factures.

Si j’étais grec, si j’habitais à Nauplie que j’adore, pas loin de la mer, sous la citadelle, au bord d’une de ses belles voies pavées de marbre, je dirais à mon voisin qui partagerait avec moi un résiné glacé à une terrasse de la Place de la Constitution, en tournant mon komboloï entre mes doigts :

 » Mon cher Yiánnis, quittons dès demain cette Europe du pognon, des banques et des sales patrons boches. Nous avons le plus beau pays du monde. Reprenons notre drachme, reprenons notre passeport hellénique.
Serrons-nous un peu la ceinture et goûtons simplement ce que la nature et l’Histoire nous offre, l’olive et le raisin, la volaille et le poisson, le lait de chèvre et de brebis, régime crétois toute.
Nourrissons-nous de la splendeur de nos pierres et de nos paysages, de la richesse de nos lettres et de nos arts face à la mer infinie et laissons aux troupeaux abrutis des financiers et du business l’attirail asservissant des hypermarchés et le bric à brac chinois de daube à obsolescence programmée des escrocs de l’industrie et du commerce.
Faisons de notre Grèce la plus douce, la plus sereine, la plus honnête et la plus tranquille démocratie de la Terre et le monde entier viendra nous apporter ses devises plutôt que d’aller se faire enlever ou massacrer en Afrique, en Orient ou en Amérique !

– Tu parles d’or Losseravatore, me répondit Yiánnis en remplissant mon verre de vin blanc glacé et en me tendant une feuille de vigne farcie, et repoussons gentiment aussi tous les curieux albanais, bulgares, turcs et lybiens, qui n’ont pas grand chose à voir avec notre Odyssée et notre Parthénon.

– Oui ! Tu as raison Yiánnis ! Allez, Tην υγεία μας ! On commande la moussaka ? »