J’AIME, J’AIME PAS

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J’aime pas les politiques, les valets des politiques et les valets des valets des politiques.

J’aime bien être libre, ne plus être dans la politique et passer devant des permanences politiques où je me suis fais chier et où d’autres continuent à se faire chier.

J’aime pas les maquereaux et les maquerelles qui montent des concours de miss, de missette et de mister, qui font des agences de mannequins et d’escorts et qui prennent des photos pornos dans des amphithéâtres de fac.

J’aime beaucoup Simone Veil, qui a toujours été à la fois belle et intelligente, forte et sensible, charmante et vraie.

J’aime pas les francs maçons et les loges à la con qui veulent nous donner des leçons et qui sont tout sauf francs et maçons.

J’aime la loge du concierge qu’on retrouve au fil des ans au ski en bas de sa tour au Corbier et la loge où on se retrouvait à la Comédie Française quand un prof nous emmenait voir du Molière en quatrième, où on se penchait pour voir si la copine était dans la loge d’à côté.

J’aime pas la ligue des droits de l’homme qui ne sait rien de ce qu’est l’homme et qui s’octroie tous les droits.

J’aime les fêtes où tout le monde est mélangé sans qu’on se rende compte qu’il y a du mélange.

J’aime pas ceux qui se prennent pour l’Abbé Pierre et Mère Teresa réunis et qui se font mousser de bons sentiments le temps d’un soir à la télé et d’un jour dans les journaux.

J’aime bien démolir un gitan dans une gare qui harcèle et insulte des étudiantes américaines en visite à Giverny alors que le chef de gare et tous les voyageurs tournent la tête.

J’aime pas les toubibs et chirurgiens qui incitent les grenouilles à se faire aussi grosses que les bœufs pour avoir droit à une sleeve gratuite mais très juteuse pour eux.

J’aime trop les soupes pho chez Pho Arcade en bas des tours à Nouméa.

J’aime pas les taxis de Nouméa qui se la pètent et qui laissent les gens dans la merde quand ils veulent aller à Montravel ou à Nouville et j’aime pas Nouméa qui ferme les yeux et laisse faire tout ça.

J’aime ces gens âgés navrés qui comprenaient pas quel danger redoutaient les taximen un beau vendredi midi ensolleillé.

J’aime pas les gens qui roulent comme des cons et qui gueulent à la télé parce qu’on va limiter à 90 à l’heure des routes à la vitesse tue tout le temps.

J’aime bien quand on me laisse passer à un rond point on quand on me fait un signe et un sourire quand je laisse changer de file en face du Nickel ou quand je laisse traverser un piéton.

J’aime pas la Charia des Coutumiers qui exclut la femme, les petits sujets, ceux qui sont pas chefs et tout ceux qui sont pas coutumiers.

J’aime bien me souvenir des deux maisons en terre d’Abel à Congouma, quand on n’était pas obligé d’écrire Kongouma, et des silences qu’on avait autour du feu en buvant un coup et en grillant une cigarette, sa casquette définitivement vissée sur un de ses yeux, et j’aime penser à sa petite tombe blanche et bleue sous le soleil dans le petit cimetière sablonneux, entre la mer doucement allongée et la montagne gravement dressée.

J’aime pas tous les goinfres de l’entreprise, de l’artisanat, du commerce et de l’agriculture quand on comprend pas pourquoi un truc est trois fois plus chez chez l’un, cinq fois moins cher chez l’autre et surtout quand on est obligé d’acheter leurs machins moins bon et plus cher qu’à l’extérieur.

J’aime bien ce pressing au Centre qui prend 1000 balles pour nettoyer une veste quand c’est 3000 balles ailleurs.

J’aime pas les magnats du nickel qui vendraient père et mère, France et Kanaky, pour mettre la main sur la totalité du pactole, du Nord au Sud en passant par la SLN.

J’aime bien Poum et Pam, les vestiges et le souvenir des temps durs, des temps forts.

J’aime pas le foot, les cris sinistres des tribunes vides qu’on entend le dimanche soir à la télé et en général j’aime pas ce cocktail de pognon, de corruption, de violence, de prostitution, de dopage, de drogue, de chauvinisme, d’autisme, de bêtise qu’on appelle « sport ».

J’aime bien traverser la chaîne à pied avec des amis, sans me presser, en discutant, en admirant, en rêvant.

J’aime pas les experts, missionnaires, ringards ou starlettes qui viennent nous dire à la télé qu’on a un pays merveilleux quand ils ne sont venus que pour de la thune et pour des vacances payées.

J’aime bien causer avec des gens que je connais pas en attendant à un guichet ou à un car wash.

J’aime pas la drogue, les dealers, les producteurs, la brousse qui vit de ça et Nouméa qui la pousse à vivre de ça.

J’aime bien un Chablis et des rillettes le vendredi soir avec un copain.

J’aime pas les cows boys qui se croient des cows boys parce qu’ils brûlent des vaches au fer rouge.

J’aime bien quatre ou cinq heures du soir en novembre quand la chaleur tombe et que la lumière est plus belle, quand le vent souffle plus frais et quand les oiseaux chantent plus fort.

J’aime pas les médias de la place et j’aime pas leurs intellos et chercheurs abonnés et consacrés qui disent à chaque fois la même chose, c’est à dire rien.

J’aime bien NCTV.

J’aime pas les selfies, les photos écolo, les fées, les chatons et les pensées liquoreuses et niaises sur Face Book.

J’aime bien mon Ipad.

J’aime pas le recensement ethnique et les certificats de pedigree de six ou sept générations, accompagnés des inévitables « En tant que descendant de pionnier » ou de « En tant que broussarde de souche ».

J’aime bien les gens, j’aime bien tout l’monde.