LE LYRISME BIBLIQUE DU PRÉAMBULE DE L’ACCORD

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J’ai toujours trouvé le Préambule plutôt ampoulé, déclamatoire, solennel, sentencieux, enflé, boursouflé, lyrique, grandiloquent, emphatique, ronflant. En deux mots, bavard et con, un peu comme la saga des Nibelungen, mais en version tropicalisée genre Téâ Kanaké. Mais je me demandais souvent aussi à quoi ce machin me faisait penser. Quelle était donc cette sauce pompeuse qu’on avait rajoutée à ces salades indépendantistes pour les faire avaler à ces entêtés républicains de Calédoniens ?

Euréka !  En fait quand on relit le Préambule de l’Accord de Nouméa, on ne peut s’empêcher d’être saisi d’une immense crainte religieuse et d’une infinie vénération sacrée, la même émotion qui nous envahit à la lecture de la Genèse. À tel point qu’il est légitime de se demander si le co-rédacteur Christnacht n’aurait pas aussi participé à l’écriture de la Bible ou si Dieu n’aurait pas lui-même dicté les formules grandiose du Préambule. Imaginons ce qu’aurait pu être le destin commun d’une co-rédaction de la Genèse et de l’Accord par Alain et l’Éternel !

1:1 Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre.

1:2 La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l’abîme, et l’esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux.

1:3 Dieu dit : Que la lumière soit ! Et la lumière fut.

1:4 Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d’avec les ténèbres.

1:5 Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le premier jour.

1:6 Or ce territoire n’était pas vide.

1:7 La Grande Terre et les îles étaient habitées par des hommes et des femmes qui ont été dénommés KANAK.

1:8 Ils avaient développé une civilisation propre, avec ses traditions, ses langues, la coutume qui organisait le champ social et politique.

1:9 Leur culture et leur imaginaire s’exprimaient dans diverses formes de création.

1:10 Dieu s’excusa donc auprès de Téâ Kanaké, lui laissa la place, reprit son bateau et rentra chez lui. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin : ce fut le second jour de Kanaky.

ÉTAT FÉDÉRÉ, LE PROJET SECRET POUR LA NOUVELLE-CALÉDONIE

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« On » en parle, de plus en plus, le projet est dans les tuyaux, on consulte. « On » dit : « Et chez vous alors, dans votre parti, ça vous dirait pas un p’tit état fédéré dans un grand état fédéral ? ». « On » prend les leaders par les sentiments, on leur passe la main dans le dos. « Bah oui, ça serait joli, ça ferait bien, ça serait bien assorti avec votre petite nation dans une grande nation. » « On » promet des choses, on plisse les yeux, on fait des petits sourires entendus, on chuchote : « Paris verrait ça d’un très bon œil vous savez… Le Président vous en serait reconnaissant, pensez-y, on me dit de vous dire d’y penser. » Ben ouais, on n’attire pas les mouches avec du vinaigre, et certains se laissent déjà appâter par le miel des paroles, des promesses et des rêves de Hawaii et autre Queensland fédérés. « Viens viens me voir dans mon beau palais du gouverneur, je te ferai voir mon bel état fédéré… » siffle Kaa l’hypnotiseur. Un serpent kaanakyste le gouverneur ?

La mission qui va arriver de Paris y pense aussi… Les lascars ne vont pas arriver avec une mallette vide. Un état calédonien fédéré, ça rentre pile poil dedans, une mallette de missionnaire parisien sur-mesure ! Déjà que le grand chef de mission historique dessine sur des bouts de feuille à qui veut le lire le portrait robot du futur état fédéré : drapeau, ça c’est fait ; nom, bah Nouvelle-Calédone-Kanaky ; finances, à définir à l’ONU entre l’état NCK et l’état français. Et oui ! Même que ça rentrera à l’aise aussi dans la valise des invités au prochain comité des signataires, et même que Valls le fera rentrer un peu de force s’il le faut dans leur sac aux élus l’état fédéré, au cas où ça coince un peu.

Sauf que, sauf que, sauf que… Sauf que les accros aux modèles anglo-saxons n’ont peut-être pas pensé que « l’état fédéral » c’est tout bon chez les Poken mais que ça s’peut pas et que ça s’pourra jamais dans le système français, dans la république française, dans la constitution française, dans le centralisme français, dans la mentalité nationale française. En France, on est dans la France, ou bien on est en dehors de la France. On est in ou bien on est out. Et donc l’état calédonien fédéré dans une France qui ne peut pas et ne veut pas être fédérale, ben ça sera un état point barre, un état à l’ONU, un état indépendant, l’état KNC.

Fallait bien trouver une feinte comme d’habitude pour vendre de la daube aux Calédoniens, pour leur faire avaler la salade, la marchandise avariée, le poisson pourri, le poison, pour les faire voter pour l’indépendance de l’état KNC sans qu’il s’en rendent compte. « Comment faire ?! », qu’ils se sont dit à Paris. » Ah bah y’a qu’à leur dire qu’on va faire un état fédéré, on leur dit de voter oui ou non pour un tout beau tout neuf état fédéré dans la République, certifié français, garanti pur porc, 10 ans de carburant gratuit, à la fois zore et kanaky, à voile et à vapeur, chauffage au gaz et au fuel, mixte, métisse, comme une miss !!! Ils peuvent pas dire non ! Ils ont le beurre, l’argent (un peu, pas longtemps, faut pas déconner quand même) et la crémière ! »

En voilà une solution éclairée qu’elle est bonne ! Un peu maquillée bien sûr mais bon… sous les éclairages un peu trop forts, il faut du fard. Maintenant, avant de fourguer l’arnaque de l’état-fédéré-qui-n’est-qu’un-état-indépendant à nous autres, Paris doit écouler sa came auprès des élus et leaders politiques de la place, les grossistes. Certains, pour qui seul compte le pouvoir absolu et personne d’autre au-dessus de leur tronche, et quelques petits avantages aussi, seront preneurs quoi qu’il arrive,  puisqu’ils sont preneurs de tout et n’importe quoi et n’importe qui pour gagner, puisqu’ils ont déjà donné et trahi tout et n’importe quoi et n’importe qui pour l’emporter, et ils dealeront sans aucun état d’âme la sale marchandise de Paris…

La question peut en tout cas être posée légitimement : Messieurs Gomès, Frogier et Yanno, au nom de vos partis, de vos soutiens et de vos électeurs respectifs, quand Paris vous proposera la Kolossale feinte de l’état fédéré KNC, sans état fédéral français, vous direz quoi ? Vous répondrez quoi ?

À moins que vous n’ayez déjà répondu…