RECENSEMENT ETHNIQUE, FICHAGE RACIAL, RACISME (2009)

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Non content d’avoir fait souscrire les Calédoniens à l’horreur du seul recensement racial français, on leur instille maintenant dans la tête que tous les chiffres du recensement sont faux et qu’il faut tout casser et tout refaire. Certains sont en effet extrêmement déçus de ne pas trouver les dizaines et les dizaines de milliers d’immigrés métropolitains que leur ostracisme et leur haine quasi raciale inventaient ou fantasmaient pour justifier leur volonté de fermeture du pays aux Français de métropole et d’enfermement dans une chasse gardée calédo-canaque.

Alors que le Président Chirac avait trouvé en 2004 le recensement ethnique calédonien «totalement scandaleux » voilà qu’en 2009 ce dernier est de nouveau d’actualité en Nouvelle-Calédonie.

On est donc venu benoîtement chez vous pour vous demander si vous apparteniez à la race charolaise, limousine ou Hereford. Si vous étiez tatoué labrador, teckel ou Chihuahua.

Je vomis, comme Chirac en son temps, cette démarche qui nous ravale au rang des animaux. Tout ça pour ça, en Calédonie ! Pour revenir au racisme le plus imbécile et anti-humaniste. C’est pathétique. Je n’ai pas répondu à cette odieuse question de la race, car je ne suis ni un bétail ni un chien, car il n’y pas de race chez les humains. Où alors il aurait fallu que les agents recenseurs fournissent le nuancier chromatomètrique, à joindre à notre feuille de recensement, pour nous permettre de savoir dans quelle race notre peau nous enferme…

Quelques demeurés ont prétendu qu’il n’était pas question de race mais de communauté à laquelle la personne estimait appartenir. Hypocrisie (et je suis généreux car je pense que c’est plutôt de la bêtise à l’état pur, genre diamant de stupidité), souvent rabâchée : mais on parle pas de race ! On parle d’ethnie, de communauté, de culture, et gnagnagna, et gnagnagna… Faut pas trop prendre les gens pour des cons quand même… un peu mais pas trop… Ça rassurerait sûrement les Juifs de savoir qu’on les a pas catalogués pour leur race, mais pour leur «ethnie », « communauté », «culture » etc… Ah ouais !!!!

D’autres sous-doués ont allégué que les mélanésiens (« ce ne sont bien évidement pas les seuls, mais ils sont sans doute les plus nombreux » disaient-ils) n’étaient pas particulièrement à envier sur Nouméa (logements sociaux, habitat précaire, squats, etc…) et que pour pouvoir changer cette situation il fallait des chiffres.

Donc, grâce au nombre magique de peaux de telle ou telle couleur dans les squats, les cabanes vont disparaître par enchantement !

Génial ! Les gens en difficulté, les gens pauvres, les gens sans toit, tous les gens dans la souffrance, j’veux bien qu’on les compte et qu’on mette en place des plans et des opérations adaptés à leur nombre, mais j’vois pas trop l’intérêt d’analyser la couleur de leur épiderme et le lien entre la race des malheureux et l’efficacité de l’aide qu’on doit leur apporter.

Cette instrumentalisation de la misère pour légitimer ce recensement raciste est, entre parenthèses, assez pourrie.

Si le simple comptage de la race des pauvres suffisait à résorber la pauvreté ça se saurait et il n’y aurait plus de misère depuis belle lurette. C’est particulièrement pourri d’essayer de distinguer les bons pauvres des autres (et ils sont très divers évidemment) et d’instrumentaliser le malheur et les malheureux pour légitimer le décompte racial des gens. Vraiment pourri et glauque ! J’espère que ce n’est que de la niaiserie.

Le simple fait d’évoquer la race, de proposer une grille de races (masquée derrière le faux-nez des « ethnies », « cultures » et autres hypocrites « communautés »), le simple fait d’énoncer les races, d’envisager une distinction raciale, c’est accréditer le racisme, c’est lui dérouler le tapis rouge, c’est lui fournir tout le terreau et toutes les semences nécessaires à son épanouissement. Le recensement racial est le fait le plus odieux depuis de nombreuses années en Nouvelle-Calédonie, et le signe le plus sinistre dans les cieux de notre avenir.

Anne, ma soeur Anne,/ Si j’ te disais c’ que j’ vois v’nir/ Anne, ma soeur Anne,/ J’arrive pas à y croire, c’est comme un cauchemar/ Sale cafard …

Ni les autorités, ni les élus, ni les intellectuels, ni les philosophes auto- proclamés, d’habitude si prolixes, ni les artistes, ni les abonnés des Droits de l’Homme, ni les people, , ni les médias, ni les religieux n’ont trouvé à redire à cette scélératesse du recensement racial. Honte sur eux. Honte sur cette collaboration avec le pire.

À côté de ce racisme institutionnel et institué, tout le reste n’est rien, les débilités du « syndika », le cannabis, la délinquance, l’acide dans les rivière, les escroqueries etc… etc… Tout ça n’est rien à côté du racisme ordinaire légitimé par ce recensement et peint en toile de fond omniprésente de la Calédonie de demain.

Les fonctionnaires ont un droit et un devoir de désobéissance quand leurs autorités leur demande des choses contraires à leur conscience et à la dignité humaine. Certains l’ont fait dans un sombre passé national pas si lointain et ce fut tout à leur honneur. Si j’avais été un fonctionnaire en charge de ce recensement racial, j’aurais évidemment ouvertement désobéi et refusé de collaborer à une telle forfaiture. Honte sur ces fonctionnaires.

SOS Racisme qui s’est dressé contre le fichage « ethno-racial » pratiqué par des bailleurs et des sociétés françaises (http://www.lemonde.fr/societe/article/2009/11/04/le-ficha…) et qui a dénoncé le laxisme des autorités face au fichage éthnique (http://www.20minutes.fr/article/360889/France-SOS-Racisme…) aurait du pain sur la planche et du boulot à faire ici. Là, on doit avoir été pas loin de 250 000 victimes de classement racial, de fichage ethno-racial et de discrimination etnique …

Certains Calédoniens démocrates et humanistes, et révulsés par le racisme, ont placé un temps leurs espoirs dans des recours juridiques contre cette question scélérate. C’était désespéré d’avance. Ça fait belle lurette que le droit on lui tord le cou en NC et que les magistrats assistent benoîtement à son écartèlement par les quatre chevaux de la peur, du racisme, de l’opportunisme et de la bêtise.

Par contre, on aurait pu espérer que les gens, les citoyens de cette terre ainsi que les vrais-faux vieux sages et les spécialistes auto-proclamés de l’humanisme, tels les belles âmes de la Ligue des Droits de l’Homme, se révoltent contre cette ignominie digne de Vichy. Mais leur humanisme se limite souvent simplement à quelques réunions fraternelles où chacun amène une excellente bouteille que la pension mensuelle de nos petits retraités CAFAT ne suffirait pas à financer, pour des dégustations entre belles âmes, entre deux conversations fines. C’est bien toujours comme ça ? Hein ? … Les ligueurs de l’œnologie se reconnaîtront…

Cette focalisation ethnique sur la population calédonienne et cet encouragement pervers du recensement à perpétuer le cloisonnement racial des gens est une insulte à l’homme et un crachat sur l’humanisme, sacralisant le germe de tous les maux du pays. Et bien sûr notre Ligue des Droits de l’Homme si diserte sur tout et n’importe quoi, si bavarde et si donneuse de leçons n’a rien à dire sur le sujet. Pour une fois qu’elle aurait pu servir à quelque chose !…

Un certificat d’humain authentique à celui ou celle qui a refusé l’étiquette raciale que le recenseur, qui l’avait pris pour une bête parmi d’autres, s’apprêtait à agrafer à son oreille. Si chaque calédonien raisonnait ainsi, il n’y aurait plus aucun problème dans ce pays, aucun. Si chaque calédonien refusait ainsi le racisme et le communautarisme, qui n’est que la face «présentable » du racisme, il n’y aurait plus aucun problème dans ce pays, aucun.

Si chaque calédonien avait refusé ainsi ce recensement racial, il n’y aurait plus eu aucun problème dans ce pays, aucun.

2009

UN DRÔLE DE RAPPORT À L’AUTRE : COUTUME, ALIÉNATION ET RELIGIOSITÉ (2010)

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On entend souvent les donneurs de leçons patentés sortir comme objections et arguments à ceux qui sont un peu réticents à l’idée de remettre tous les pouvoirs et tout l’espace à leurs amis indépendantistes « Es-tu déjà allé en tribu ? », « Raisonnes-tu pays ? », « Es- tu déjà entré sous la case ? », « As-tu déjà parlé avec les vieux ? », « As-tu déjà fait une coutume ? », « T’as-t-on déjà fait une coutume ? ».

Répondre « non » à plus d’une de ces questions est éminemment suspect…

Je ne conteste pas que ces discours valent quand même mieux que les injures basiquement et strictement racistes de certains, fort répétitives au demeurant, que l’on entend ou lit ça et là, parmi les commentaires du site de lnc.nc par exemple, sous un article sur le sénat coutumier, ou sur la lecture à Saint-Louis, ou sur Unia etc…

Cependant… Cependant, le « rapport aux Mélanésiens » des premiers m’interroge aussi. À deux niveaux.

D’abord, au niveau de cette projection mécanique et aliénante (au sens de l’aliénation marxiste par le travail) que cette approche de l’humain mélanésien opère, transformant des hommes comme tous les hommes en « aliens » à ménager comme des extraterrestres, dans une démarche finalement tout aussi raciste.

Ensuite, au niveau de cette étrange religiosité imposée par nos gardiens du temple kanak, de nos spécialistes auto proclamés de la chose tribale, de nos grands prêtres du monde mélanésien, bien souvent eux-mêmes athées et anticléricaux, qui semblent vouloir nous prescrire des « messes », de nouvelles messes anthropologiques, le culte de la case et de la coutume, la parole, le geste, les symboles, l’archétype du vieux, les imprudents « nonpratiquants » risquant fort d’être considérés comme renégats, impies, scélérats sans foi ni respect.

Je n’ai personnellement ni besoin de travestir mentalement mes amis mélanésiens en aliens coutumiers ni besoin de processionner à la messe autour d’un Mwakaa ou sur une natte sous la case pour rencontrer, fréquenter, goûter et apprécier des hommes et des femmes comme tous les hommes et toutes les femmes, avec les mêmes désirs, les mêmes joies et les mêmes souffrances.

Et je me considère plus humaniste et respectueux à leur égard en évitant tout ce cinéma et ce bric à bac politico-touristico-sociologique dénaturant des relations et des échanges sains, francs et sincères entre des cœurs et des esprits.

Le racisme et l’humanisme ne sont pas forcément là où le pense…

2010

MAIS SOUS LA PLAGE, LES PAVÉS … (2011)

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Ils se seraient serré la main il paraît, ils se seraient parlés et embrassés, ils auraient pardonné et partagé, ils construiraient un avenir en commun, ils auraient les yeux tournés ensemble vers demain, ils auraient retrouvé et conjugué les racines et les cimes de l’humain, sur une terre bienveillante, sous un soleil généreux, les enfants, les filles, les hommes, les anciens, petit peuple, grande famille, vers un bonheur pour chacun, aisé à cueillir, évident, certain.

Fort bien ! Je veux bien !… Mais… Mais sous la plage, les pavés aussi, parfois. Mais derrière la vitrine outremer, les déchets, aussi, des fois, et devant, si souvent, des affamés.

Mais dans le fumet des grillades, les fumées de la drogue, toujours, partout, horriblement, tragiquement, impunément, et le brouillard désespérant des horizons bouchés et des rêves juvéniles confisqués.

Mais dans les mains tendues, les doigts crochus de l’avidité et les griffes corrompues de la cupidité et les cadenas des chasses bien gardées, le mépris, la peur, le rejet.

Mais après les feux de la fête, après les sourires des banquets, le retour de la nuit, de la haine, et le rassemblement des meutes, la rancœur des troupeaux.

Mais après l’ivresse de la force et du sport magnifique et le fier défilé des plastiques et des peaux dénudées, le viol des faibles, l’abus des corps, horriblement, tragiquement, impunément.

Mais sous la façade des rires et le vernis des paroles, la soumission des sujets, la brutalité des groupes et l’écrasement des libertés et des choix.

Mais derrière les générosités de parade, la misère quotidienne des vieillards oubliés et la détresse ordinaire des mères rejetées, esseulées.

Mais derrière les discours et les jeux d’opinions, l’or tout puissant et le pouvoir pour l’argent, effrénés, impudents, partout, impunément, et, toujours, les rivalités terre-à-terre et les luttes suicidaires de ces aînés-là qui, s’ils n’ont pas totalement failli, n’ont pas non plus réellement réussi.

Mais sous les mots et les palabres, les incantations et les invocations perpétuelles de l’Humain, l’obsession des terrains, des cousins, ni naturels, ni sains, et celles des affaires, des frères, ni francs, ni maçons.

Mais sous les liens solidaires et les respects silencieux, la rage révoltée des sans mots, sans langage, et la violence infinie des sans nom, sans visage.

Mais derrière la proximité des voisins et l’immédiat des sympathies personnelles, la tyrannie des appartenances et le déni des destins pas communs.

Mais sous les bons sentiments et les coups d’émotion, l’indifférence fataliste à ces morts, si banales, et la distance résignée aux souffrances de chacun, si fatales.

Oui sous la plage, les pavés aussi, parfois… aussi tristes et sinistres que le bitume maquillé des sables d’un Paris-plage !…

Mais aussi, dans la foule de tous ces jeunes, dans le chœur de tous ces enfants du pays, dernier espoir d’idéal, dernier espoir de cœur, ultime recours, combien d’indignés sur la Puerta del Sol des Cocotiers ? Combien de passionnés, combien de jeunes poitrines prêtes à crier et à s’indigner de tous ces pavés sous le sable, de tous ces égoïsmes, de toutes ces lâchetés, de tous ces vieux égoïstes, de tous ces vieux bouffeurs d’espoir et de jeunesse ? Combien de jeunes folies pures prêtes à réclamer et à aller chercher, passionnément, sous la plage, ce qui s’y trouve, aussi, toujours … un peu plus d’amour ? Un peu plus d’amour que d’ordinaire .

2011