LE SALAIRE DE LA PEUR AU MONT-DORE

VANEL

Je roulais hier soir au Mont-Dore derrière un taxi, direction Nouméa, passage à Saint-Louis. Je sentais le chauffeur nerveux. Il accélérait, ralentissait, freinait, faisait des écarts. Il avait dû ramener un client à Mont-Dore Sud, maintenant il fallait rentrer, traverser, parvenir à Saint-Michel, la nuit était déjà bien avancée…

Ambiance un peu « David Vincent les a vus. Pour lui, tout a commencé par une nuit sombre, le long d’une route solitaire de campagne, alors qu’il cherchait un raccourci qu’il ne trouva jamais. Cela a commencé par une auberge abandonnée, et par un homme que le manque de sommeil avait rendu trop las pour continuer sa route. « 

Ou plutôt scénario à la Clouzot dans Le salaire de la peur, avec un Vanel ou un Montand taximan du cru, à défaut d’être convoyeur d’un vieux bahut et transporteur de dynamite. Même angoisse, mêmes dangers d’exploser. Même salaire ? C’est combien la prime de risque des taxis pour traverser Saint-Louis ?

IL Y A 30 ANS ou LE RETOUR DU MÊME

NC

Il faut acheter les Nouvelles Calédoniennes le samedi, pour se rendre compte… qu’il ne faut pas acheter les Nouvelles !

Je m’explique. Ce n’est pas que ce journal, ses propriétaires et ses journalistes manqueraient à leur devoir professionnel ! Pas du tout ! La haute teneur culturelle, morale et déontologique est toujours au rendez-vous ! Mais comme il ne se passe jamais rien de nouveau en Nouvelle-Calédonie, il n’y a rien à dire et donc rien à lire ! C’est pas de leur faute !

Je m’explique. Le samedi c’est le jour de La rétro, « il y a 30 ans », et chacun aura pu constater chaque semaine que c’est l’éternel retour du même, très nietzschéen, l’éternel retour des marronniers bien connus dans la presse, l’éternel retour des baleines à Prony, des anchois au port, des mandarines à Canala, des reçus au bac, des déçus du foot, des fêtes du bœuf, du cerf, du beauf, de la fête de l’avocat, de l’omelette, de l’apéro, de la fête de la minette, de la roussette, de la crevette, des foires de Koumac, de Thio, de Koumac etc… etc…

Ça c’est pour les événements et les trucs saisonniers. Mais pour les dossiers de fond c’est pareil.

Je m’explique. Y’a trente ans comme aujourd’hui, si vous lisez le journal le samedi vous verrez que Nihil novi sub sole, rien de nouveau sous le cagnard, tout pareil, rien ne change, rien n’avance, la vie calédonienne n’est pas un long fleuve tranquille c’est juste un creek immobile, un courant figé. Today comme y’a 30 ans la vie chère et l’île aux 40 voleurs, today comme y’a 30 ans les crimes et la violence, today comme y’a 30 ans la pénurie organisée et entretenue, today comme y’a 30 ans des prises de gueules politiques stériles, today comme y’a 30 ans la crise du logement, today comme y’a 30 ans les agressions et la violence today comme y’a 30 ans un record mondial d’accidents mortels, today comme y’a 30 ans un archipel compartimenté et cloisonné, today comme y’a 30 ans les feux et la pollution, today comme y’a 30 ans la sécheresse et les inondations avec les indemnisations publiques comme seule solution, today comme y’a 30 ans un enseignement en échec, today comme y’a 30 ans les écarts obscènes entre misère et luxe indécent, today comme y’a 30 ans la politique qui s’infiltre partout jusque dans la culture, today comme y’a 30 ans des partis de copains et de coquins, today comme y’a 30 ans que du blabla et du cinéma à La Foa et partout, today comme y’a 30 ans drogues et alcoolisme, today comme y’a 30 ans coutume et police impuissantes, today comme y’a 30 ans détournements et corruption etc.. etc…

Finalement, il suffisait d’acheter tous les journaux en 1984 et de les ressortir dans l’ordre chaque jour tous les ans !… Éternel retour : les journaux de 84 marcheraient encore parfaitement en 2014, 30 years after. Quelle économie !

PARTIRA PARTIRA PAS ?

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Le cumul de deux mandats n’est pas gênant si l’élu assume et a les compétences. La députation et la magistrature municipale se complètent bien. Les positions de CE sur le cumul m’importent peu, ce n’est q’un « détail de l’Histoire » parmi tous ses revirements et ses lapins posés à l’Histoire. C’est la personnalité de Sonia qui m’importe.

Et je le dis d’autant plus librement que je trouve sa liste de conseillers à Nouméa très déficiente et boiteuse, entre un architecte prêt à transformer un hôpital désaffecté en nouveau resort, une reine des abeilles du patronat et la pondeuse de la feinte de la bouffe à 18 000 balles mensuels (et oui !…) et que je sais qu’elle ne fera pas grand chose à part satisfaire quelques lobbies. Mais on sait qu’il existe une fracture au sein de CE depuis les législatives, d’un côté des Gomèsiens, de l’autre les Lagardiens, un peu comme le clan du Mont-Dore et celui de Nouméa avant l’explosion du RUMP. On sait la disparition de Sonia des réunions CE avant les municipales, les sarcasmes des éléphants du parti à son égard, le peu de soutien de CE pour sa campagne dans la capitale et sa belle victoire pratiquement « malgré le parti ».

C’est cette force, cette indépendance et cette distance prise avec le soviétisme de CE qui m’intéresse, c’est cette possibilité quasiment apolitique de rassemblement qu’elle a démontrée aux municipales qui est prometteuse pour les échéances à venir qui compte davantage que son équipe improbable à Nouméa. C’est la Calédonie de demain qui compte. Elle a su et elle a pu tenir sa ligne et tenir tête aux opportunistes, à un Didier, à un Harold. Pourquoi ne tiendrait-elle pas tête aujourd’hui aussi à des Philippe ?

De toute façon, avec tout ça, si elle démissionnait, la campagne CE d’un Dunoyer est ruinée d’avance.