DÉRIVES DES PARTIS OU LA TECTONIQUE DES CENT PLAQUES…

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La formation des partis politiques, en Nouvelle-Calédonie comme ailleurs, leurs séparations, leurs frictions, leurs réunions, c’est un peu la dérive des continents et la techtoniques des plaques. Les partis c’est la partie visible, émergée, comme les continents. Comme les continents, ces partis reposent aussi sur des plaques profondes, souterraines, secrètes, massives, puissantes, en mouvement perpétuel, qui s’écartent, qui se heurtent. Ce sont les quelques gigantesques plaques financières et industrielles qui portent cette « surface politique », et qui lui impriment ses déplacements.

Que les plaques financières, en profondeur, s’unissent, s’écartent, se séparent, plongent l’une sous l’autre, s’écrasent, provoquent des rifts, des séismes ou des éruptions, les continents politiques suivent et « répliquent », en surface, et s’unissent, s’écartent, se séparent, plongent l’une sous l’autre, s’écrasent, provoquent des rifts ou des éruptions.

Aucune indépendance des mouvements dans le cas de la physique du globe terrestre. Pas beaucoup plus de marge de liberté dans celui des acteurs politiques…

Les successives rivalités, complicités, concurrences, ruptures et scissions des grands réseaux affairo-financiers de NC ont généré et conditionnés les successives rivalités, complicités, concurrences, ruptures et scissions du monde politique (cf. Un exemple parmi d’autres : la titanesque naissance aux forceps du premier hypermarché « Euromarché » en NC, qui gênait bien du monde, et qui influa sur le positionnement politique d’un Pentecost et du maire de Dumbéa).

ET FROGIER DANS TOUT ÇA ?

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Le Rassemblement ne s’en est pas trop mal tiré dans toute cette histoire. Il aurait pu finir comme a fini le résidu de RPCR de Lafleur en 2009 sous l’appellation RPC. Il aurait pu n’avoir que 3 ou 4 sièges, au mieux, à la Province. Or il sauve les meubles et reste le second parti de la Province Sud, bien implanté dans les villes du Grand Nouméa. La présence d’Harold Martin, contrairement aux prévisions, ne lui a pas fait de tort. Mais il y a fort à parier que l’absence de Frogier lui a fait un bien fou !…

En effet, tous les électeurs de la Province et du pays tout entier, à commencer par les fidèles du Rassemblement savent bien à qui revient la faute de la destruction de l’Entente républicaine en 2010 : à Frogier seul.

Ils savent bien à qui revient la faute de l’adoption ahurissante du drapeau FLNKS : à Frogier seul.

Ils savent bien à qui revient la faute de remplacer l’habitat social par les squats, et les relations humanistes et laïques par la Coutume à tous les étages. : à Frogier seul.

Ils savent bien à qui revient la faute du double échec aux législatives : à Frogier seul.

Ils savent bien à qui revient la faute de l’autoritarisme intolérant et autiste ayant mené à l’exclusion de Yanno et Backès et à la scission du parti : à Frogier seul.

Ils savent bien à qui revient la faute de la perte du label UMP par le Rassemblement : à Frogier seul.

Ils savent bien qui est allé sauver sa peau au Sénat en laissant un champ de ruines derrière lui : Frogier seul, Frogier tout seul !

Ils savent aussi que les résultats honorables de ces Provinciales ils ne les doivent pas à Frogier, au contraire, mais aux nouveaux qui ont mené la campagne, Santa, Bernut, Ligeard, Ruffenach, Saliga, Bolo, Le Goff, Naturel…

Qu’est-ce qu’ils attendent alors pour faire ce que Frogier a fait à Lafleur en 2005, pour le virer de la tête du parti et de toutes ses instances ?

Si les intentions déclarées de Ligeard d’œuvrer avec CE et l’UCF pour le maintien de la Calédonie dans la France sont effectives et sincères, le FPU peut retrouver une place maîtresse dans ce dispositif mais pas avec Frogier, qui ne pourra que saboter maladivement cette union et finir de liquider son parti.

MODESTIE POLITIQUE ET OBSERVATION POPULAIRE OBLIGÉES

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Que ce soit dans le camp indépendantiste ou dans l’espace loyaliste, les résultats de ces élections dans les provinces et au Congrès ont ceci d’intéressant qu’ils ne confèrent aux partis et aux candidats élus ni une puissance insolente ni même un confort opulent, qui pourraient les inciter à l’arrogance, aux excès, à l’autisme et aux attitudes impériales.

Ces élections risquant d’être les dernières dans ce format démocratique-là, on aurait pu en effet craindre que que des victoires écrasantes ne poussent les vainqueurs ainsi couronnés à se détourner des électeurs et à estimer qu’ils avaient les coudées franches pour décider seuls de tout, déconnectés de leur base et de manière autoritaire. Le peuple et les observateurs ont un champ d’observation passionnant à partir de ce matin car les mouvements et les alliances qui vont animer les différents partis des assemblées vont être bien plus riches que dans les cas de majorité absolue et parce que les formations élues se savent de taille modeste, contraintes aux unions tolérantes, donc sous l’œil de tous les électeurs de tous les partis et obligées à rendre des comptes.

Les élus sont l’émanation du peuple, les élus sont « le produit » du peuple, le peuple en est en quelque sorte « propriétaire » et non l’inverse ! Les premières questions que le peuple doit se poser ce matin et les constats et observations qu’il doit effectuer à partir de maintenant sont les suivantes :

ÉLECTIONS ET LEÇONS

1) Les quelque 6000 votes blancs + FN + Convergence sont des votes de rejet et de contestation à l’égard des 3 grands partis loyalistes, un « signal » différent de l’abstentionnisme. En tiendront-ils compte ?

2) La résurgence du loyalisme dans le monde mélanésien est significative et puissante. Les 3 partis loyalistes sauront-ils répondre à ce « renouveau », l’encourager et ne pas le décevoir ?

3) Le succès de CE est très large et incontestable, basé sur une confiance persistante en son progressisme social, en sa démocratie humaniste et transparente ainsi qu’en son implantation trans-provinciale et en ses valeurs transversales. Cette ligne sera-t-elle poursuivie, retrouvée ?

ALLIANCES :

1) Les 3 partis loyalistes vont-ils demeurer équidistants entre eux ou l’union entre 2 d’entre eux va-t-il rendre le troisième frustré et donc dangereux ?

2 ) Les 4 élus loyalistes du Nord vont-ils soutenir l’UC ou le Palika ? Euriboa et Poadja vont-ils diverger dans cette démarche ?

CONGRÈS :

1) Avec 29 loyalistes et 25 indépendantistes au Congrès, le spectre du « basculement » s’éloigne.

2) Avec cette configuration la possibilité de réunir 3 cinquièmes de cette assemblée pour modifier le déroulé de l’Accord sans consulter le peuple s’éloigne aussi.

3) Des « transfuges » peuvent-ils modifier cette configuration du Congrès ?