LYNCHAGE DE CHAUCHAT ET VINDICTE POPULAIRE : ÇA PUE !

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I. Quoi qu’on puisse penser de M. Chauchat, de l’UC, du FLNKS et de l’actuelle action pour radier des électeurs en Nouvelle-Calédonie, cette dénonciation publique, placardée dans le blog le plus lu de NC, a quelque chose de dérangeant, de malodorant et d’inquiétant.

Le déballage de son salaire et de sa situation privée, le discrédit jeté sur son travail, l’appel populaire fait à son employeur pour qu’il le renvoie, son exposition à la vindicte publique et son lynchage rageur évoquent ces temps sombres où des universitaires, des juges, des avocats, des médecins, des chirurgiens… devaient quitter leur travail et leur pays sous la pression révolutionnaire ou totalitaire.

Si cette tentation de marquer d’infamie la porte de Chauchat et de recourir à nouveau à « l’épuration des collabos » était isolée, ce ne serait pas grave. Mais on entend très souvent ce discours et des responsables politiques, à défaut d’idées et d’arguments pertinents, ne se privent pas de le relayer et de lancer un remake de cette diabolisation des européens qui, comme Declerc ou Jodar entre autres, ont épousé la cause indépendantiste des mélanésiens.

II. Il n’est pas question d’exonérer de quoi que ce soit M. Chauchat, ni de prendre parti pour ou contre la recherche juridique de filtrage du corps électoral. Il s’agit juste de dire que M. Chauchat n’est qu’un des éléments et un des acteurs de cette opération, aussi actif pour obtenir ce résultat que Régnier, que d’autres et que des milliers d’indépendantistes, leur lutte et leur quête étant axées dès le départ sur un rééquilibrage ethnique et culturel que l’on trouve à tous les niveaux des 2 accords, des études sur la réussite scolaire, des formations 400 cadres, du foncier, des filtrages à l’emploi etc… Mais c’est plus facile de se payer un Chauchat que tout le FLN…

Soutenir et guider les exclus, répondre juridiquement et politiquement à cette démarche qui est celle du FLNKS dans son ensemble est parfaitement légitime. Hurler la bave aux lèvres contre Mathias Chauchat, sur le mode des foule populacières qui voulaient couper la tête de tel petit nobliaux de province ou raser la tête de telle femme ayant couché avec un occupant, est typique de la haine rageuse d’une certaine plèbe inculte et même sauvage dans ces situations-là, qui, pour assouvir sa frustration, sa jalousie et son ressentiment impuissant, focalise sa rage sur quelques proies faciles, charge ces victimes expiatoires de tous les maux de la terre et, au choix, les tond, les expulse, les enferme, les lynche, les coupe en morceaux à la machette en Afrique.

PROVINCIALES : TACTIQUE OU SINCÉRITÉ ?

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En politique, si la sincérité ça rapportait ça se saurait, prétendent certains. La tactique pure la plus cynique paie-t-elle davantage ? En politique, en tout cas, l’autosatisfaction systématique et la congratulation permanente ne sont pas des outils efficaces, pas plus que la diabolisation mécanique et la sous-estimation chronique des adversaires. Agiter des pompons aux carrefours en criant « On est les meilleurs » ou ânonner des éléments de langage imposés sur le Net ne sont pas les méthodes les plus utiles pour convaincre le peuple et les électeurs et leur exprimer un respect dont il perçoivent très bien la présence ou l’absence.

Le peuple justement, qu’est-ce qu’il a dit lors de ces municipales en Nouvelle-Calédonie ? Il faut l’écouter attentivement et humblement. Voilà une attitude digne et intelligente pour des politiques :

– Le peuple indépendantiste ne bouge pas beaucoup en nombre, mais qualitativement il évolue, il s’ouvre à autre chose : des résurgences loyalistes se produisent ça et là, des listes d’ouverture et d’alliance se font, la société civile entre dans le monde partisan, le radicalisme se tasse, du débat concurrentiel politique et même politicien se crée au sein des grands partis indépendantistes.

– Un peuple calédonien a encore besoin et envie des figures du lafleurisme traditionnel et n’a pas tourné la page du RPCR, revisité en RUMP, lui-même revisité en Rassemblement. Même les élus les plus discutables et les moins modernes trouvent encore preneur, par milliers d’électeurs, dans les grosses et moyennes communes du pays. Mais l’hypercentre, plus intellectuel et branché, ne veut plus du vieux parti. Ces deux faits sont incontestables.

– Un peuple citadin a adhéré à la démarche rénovatrice et sécessionniste de Yanno et Backès. 12 000 puis 16 500 voix aux deux tours à Nouméa attestent quand même d’un succès et d’une réponse apportée à une population urbaine qui ne veut pas de CE et qui ne  se contente pas du Rassemblement.

– Un peuple très hétérogène, socialement et culturellement, désire toujours Calédonie Ensemble, et en quantité non négligeable, mais un clivage net s’est effectué depuis les législatives 2012, où la victoire fut double et éclatante pour CE : d’une part, dynamique, progrès, rassemblement et success-story prolongée grâce à la personnalité de Sonia Lagarde à Nouméa ; d’autre part, déception, repliement, tassement et échecs ailleurs, en intensité variable.

– Les possibilités de retrouvailles, d’alliances et sans doute de réunion entre le FPU et l’UCF ont été démontrées par le pacte et les reports entre Yanno et Briault. La force de séduction de Sonia Lagarde, sa puissance fédératrice et sa capacité d’intégrer en masse des électeurs nouveaux et certainement étrangers, voire hostiles à son parti et/ou à son fondateur, ont été magistralement démontrées pour la seconde fois, dans la circonscription puis dans la capitale.

Voilà à peu près les données à oser regarder et à prendre en considération par les adhérents, les militants et les cadres des partis. Il est intéressant aussi de se mettre dans la peau, dans la tête et dans le cœur des leaders des différentes formations et de se poser les questions qu’ils doivent se poser si ils veulent gagner :

– L’UCF progressera-t-elle davantage, en particulier aux Provinciales, en remplaçant Yanno par Backès ?

– Le FPU doit-il ou non écarter ou tout au moins éloigner un peu les anciennes figures historiques du parti (Frogier, Briault…) et promouvoir réellement les nouveaux (Liegeard, Santa…) pour consolider son succès dans l’agglo et récupérer sur Nouméa des électeurs déçus par Yanno ?

– L’UCF et le FPU, dont les écarts idéologiques sont infimes, doivent -ils se réunir avant les Provinciales et se présenter unis ou doivent-ils faire des listes séparées pour ratisser plus large et s’unir dans une majorité après les Provinciales ?

– Qui doit « prendre en charge » Harold Martin, toujours « vivant » et vivace, qui est au FPU actuellement, mais dont on connaît la distance avec Leroux et la proximité avec Backès ? Quelle solution serait la moins houleuse et la plus rentable électoralement pour cette UCF-FPU qui s’est plus ou moins déjà dessinée lors de ces municipales ?

– Pour la législative partielle de la première circonscription, choix hautement symbolique et révélateur, surtout s’il est annoncé avant les Provinciales, quel candidat va choisir CE ? Hélène Iékawé, choix logique. Ou pas ? Le FPU et l’UCF, rapprochés,  vont-ils désigner un seul candidat ? Ou plus ?! Un choix dangereux pour eux, risquant de faire éclater un corps fraîchement recousu.

– Comment Calédonie Ensemble peut-elle d’une part remobiliser ses troupes et son électorat en dehors de Nouméa et d’autre part convaincre son fondateur et sa députée-maire, encore plus exclusivement concentrée désormais sur sa ville, que la promotion de Sonia Lagarde dans le cœur nucléaire et décisionnel du parti pour les Provinciales et au niveau de toute la Calédonie serait un atout pour le parti et pour son avenir ainsi qu’un accroissement de son potentiel de rassemblement et de leadership dans la sphère non indépendantiste, voire au-delà ?